La FNSEA veut la TVA Emploi « pour gagner en compétitivité »
Le syndicat majoritaire peut pour le moins se réjouir de voir son cheval de bataille pour 2012 en tête des sujets abordés par la droite dans la course à la présidentielle. - © S. Leitenberger
Malgré les annonces réitérées du gouvernement sur l’instauration d’une TVA sociale avant la présidentielle, la FNSEA garde la tête froide. « Nous avançons avec confiance et méfiance », a déclaré, jeudi 5 janvier, Xavier Beulin, président de la FNSEA, lors de ses vœux à la presse. « Souvenons-nous que le 23 décembre, Bruno Le Maire nous disait : “TVA Emploi ? Rien à espérer”, tandis que quelques jours plus tard, le président de la République déclarait le contraire... Nous notons simplement que les positions évoluent et nous nous en félicitons. »
Malgré l’incertitude, le syndicat majoritaire peut pour le moins se réjouir de voir son cheval de bataille pour 2012 en tête des sujets abordés par la droite dans la course à la présidentielle. Un appel du pied à la profession ? « Nous ne sommes pas dans le secret des dieux », a indiqué Xavier Beulin, rappelant également l’intérêt de « tous les secteurs » pour la mesure. Reste que pour l’agriculture, « au premier rang des concernés avec ses 3 millions de salariés », la TVA emploi est « un enjeu majeur ». C’est en effet « le seul moyen d’alléger le coût du travail et de gagner en compétitivité », a insisté Xavier Beulin.
Et pour y parvenir, le patron de la centrale agricole a sa méthode. D’un côté, il propose d’augmenter les deux principaux taux de TVA à hauteur de 3 %, l’objectif étant de dégager 32 à 35 milliards d’euros pour les recettes de l’État, afin de compenser la baisse de 5,40 % de la part patronale des cotisations familiales. De l’autre côté – le versant « salariés » –, « nous serons actifs pour une compensation du pouvoir d’achat pour les salaires les plus bas ». Et de proposer d’augmenter de 30 € par mois les 10 millions de feuilles de paye – tous secteurs confondus – comprises entre 1 et 1,6 fois le Smic. Soit un surcoût de 3 milliards d’euros, représentant moins de 10 % du gain dégagé par les entreprises par la baisse de leurs charges sociales.
« Nous serons très vigilants sur l’usage de cette ressource »
Pour le président de la FNSEA, il faut désormais « agir vite ». « Dans la filière fruits et légumes – où la main d’œuvre représente 60 % du coût de revient –, nous avons perdu en France ce que l’Allemagne a gagné. Nous devons nous mettre en capacité de résister aux importations et de regagner ces parts de marché perdues. » Mais gare à « l’effet d’affichage, a prévenu Xavier Beulin, si cette mesure cherche à satisfaire les agences de notation, ça ne sert à rien. Nous serons très vigilants sur l’usage de cette ressource. »
Même si elle n’a finalement pas été conviée au Sommet social qui se tiendra le 18 janvier à l’Élysée, la FNSEA entend tout de même profiter de l’occasion pour faire entendre sa position : il est en effet question qu’une rencontre ait lieu entre Nicolas Sarkozy et Xavier Beulin
avant le Sommet.
Pour peser, le syndicat s’est même allié préalablement à ses pairs patronaux : une tribune ouverte doit d’ailleurs paraître incessamment, regroupant le Medef, la CGPME, l’UPA et la FNSEA, en passe de s’accorder sur les thèmes de la compétitivité, du coût du travail et de la réindustrialisation.
Autre rendez-vous important dans le contexte de la présidentielle : le 20 janvier, la plateforme de revendications de la FNSEA sera rendue publique, « sous la forme d’un journal » où figureront « toutes nos revendications économiques, sur l’installation des jeunes, les retraites et la place des femmes dans l’agriculture notamment ».
Mise en place d’un plan de communication
Autre plan d’action pour 2012 : la Fédération ambitionne de rendre la profession « plus audible », « avant avril », et place ainsi l’année à venir sous le thème du « faire savoir ». « Nous allons montrer aux citoyens français ce que représente réellement l’agriculture, qu’elle est un pôle d’excellence, de plein emploi, qu’elle exporte, etc. », a déclaré Xavier Beulin. Aucun plan média n’a cependant été dévoilé, si ce n’est l’usage de « moyens actuels » comme les réseaux sociaux.
Le Salon de l’Agriculture, du 25 février au 4 mars, concourra sans nul doute à atteindre ce dessein auprès du public, mais aussi des personnalités politiques qui devraient se montrer particulièrement assidues cette année, selon le président de la FNSEA. « Nous profiterons bien évidemment de l’événement pour faire passer nos messages. Auprès des pouvoirs publics, nous voulons inscrire notre activité dans un mouvement durable – alliant à la fois performance économique et environnementale ». Xavier Beulin a cependant dénoncé « certains excès de zèle dans ce pays sur l’activité environnementale, incompatibles avec l’activité agricole », en dénonçant notamment les exigences du Grenelle 2 en matière de bassin de captage.
Le congrès de la FNSEA à Montpellier en mars sera aussi l’un des rendez-vous marquants de 2012. Plusieurs thèmes sont déjà inscrits à l’ordre du jour, dont deux phares : le financement et le statut fiscal des entreprises agricoles, avec pour objectif de renforcer l’attractivité du métier.
Enfin, dernière échéance et non des moindres : la préparation des élections aux Chambres d’agriculture, programmées fin janvier 2013. « Nous irons durant toute l’année à la rencontre des agriculteurs. » Mais le président de la FNSEA a d’ores et déjà mis en garde : la Fédération maintiendra son cap, quelle que soit l’échéance, en termes de co-responsabilité : « Nous ne voulons pas tout renvoyer aux Pouvoirs publics. Nous ne devons pas oublier que nous avons une part de responsabilité à assumer. »
Zoom sur... 2011 : sécheresse et solidarité
L’année 2011 aura surtout été marquée par la forte sécheresse du printemps et du début d’été. Des « moments difficiles » pour l’ensemble de la profession, mais qui auront aussi permis de constater « sa forte solidarité » et « sa forte mobilisation », a expliqué Xavier Beulin, à travers notamment la réussite de l’opération « paille », qui a rendu possible la distribution de plus de 1 million de tonnes de paille.
Les productions n’ont pas toutes connu le même sort durant cette année : si la filière fruits et légumes a vécu « des moments très difficiles » avec la crise de l’E. Coli, la production animale a mieux terminé l’année au regard « de débuts tendus » en raison des marchés financiers. Deux accords importants ont été conclus en mai et juin dans la filière. Le premier « donne la possibilité, fonction de l’évolution du cours des matières premières, de rouvrir les négociations en cours d’exercice », a expliqué le président de la FNSEA. Un accord interfilière a par ailleurs été signé entre le secteur animal et végétal en vue de pondérer les excès de volatilité du marché.
Xavier Beulin a fait part dans ce sens du regret de la profession : « On s’attendait à un interventionnisme plus efficace sur le marché financier en 2011 ». Et de pointer du doigt « Londres, qui a été particulièrement actif pour qu’il ne se passe rien en la matière ».
En revanche, parmi les points positifs, le syndicaliste a noté la nécessité reconnue par les Pouvoirs publics d’investir dans l’innovation et la recherche dans le secteur, notamment pour améliorer les rendements.
Autre avancée : les grands rendez-vous du G20 qui ont ponctué l’année ont notamment permis de mettre sur pied (en juin) un système d’information sur les marchés agricoles. « Il sera bientôt en place à Rome, et nous espérons que la Chine et l’Inde nous rejoindront bientôt, afin d’améliorer la fluidité de nos échanges ».
UE : un 2e semestre attendu
Un point sur l’Union européenne sera fait avant le Salon de l’Agriculture, a indiqué le président de la FNSEA. « Nous aurons besoin d’être très actifs sur le 2e semestre 2012. D’ici là, nous doutons qu’il se passe quelque chose en raison des gros problèmes et des incertitudes de la zone euro. » La Fédération a prévenu qu’elle se tenait particulièrement attentive au budget – « Si la copie faite en juin 2011, lors du G20, est remise en cause, nous nous y opposerons » –, ainsi qu’aux nouveaux entrants, aux propositions faites concernant la régulation du marché, et aux mesures proposées par le commissaire, notamment en matière de verdissement. « Viendra ensuite le temps national pour décliner à la française la PAC 2014-2020. Mais personne en Europe n’a intérêt à détricoter la PAC. D’autant que l’on a pu se rendre compte par le passé que, si la PAC a toujours connu des moments difficiles en phase de négociation, une fois les décisions arrêtées, son fonctionnement est plutôt remarquable. » La FNSEA devait réunir les 11 et 12 janvier au moins 260 membres de sa structure pour plancher sur la PAC durant un séminaire exceptionnel.
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