Le Syndicat Agricole 11 septembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Événement - « C’est par l’entreprise que l’on va créer de la richesse et relancer le dynamisme »

Entretien avec Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui fait le point sur les principaux sujets de cette rentrée syndicale.

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Pour Xavier Beulin, l’agriculture peut être source de solution concernant la transition énergétique. © G. Omnès « Les agriculteurs associés dans toute forme sociétaire – notamment les exploitations agricoles à responsabilité limitée, les EARL entre époux ­– pourront se transformer en Gaec ». © N. Debot-Ducloyer

En cette rentrée agitée, Xavier Beulin, président de la FNSEA, revient sur les différents dossiers qui animent le monde agricole : nitrates, embargo russe, transition énergétique, autant de sujets sur lesquels le nouveau gouvernement aura à travailler.

Quel est votre sentiment face à la nouvelle sanction de la France par la Commission européenne au sujet de la directive Nitrates ?
Il faut analyser clairement l’arrêt rendu par la Commission européenne et rappeler qu’il n’y a pas eu de sanctions financières dans un premier temps. C’est à la France de démontrer que son plan d’action se met en conformité. Un certain nombre de griefs portent sur la période 2009-2011, et des adaptations ont déjà été mises en œuvre depuis. J’aurais donc tendance à dire qu’il ne faut pas paniquer outre mesure. Ce qui est important c’est, à court terme, de trouver les bonnes solutions et les moyens financiers pour renforcer les mises aux normes, et ce, également pour les quelque 3 800 nouvelles communes concernées par la nouvelle carte. À moyen terme, c’est ce que j’ai dit à Ségolène Royal la semaine dernière, il faut revisiter les fondements de la directive Nitrates. Un critère nous pose problème en particulier, celui de l’eutrophisation, à nos yeux fort contestable puisqu’il s’appuie sur des analyses datées sans qu’il y ait jamais eu de contre-expertise. Karl Falkenberk, directeur général de la DG environnement de la Commission européenne, viendra en France le 23 septembre. Nous allons lui montrer comment travaillent les agriculteurs, et que ce n’est pas par des mesures normatives et punitives que l’on retrouvera une meilleure qualité de l’eau. Il faut une adaptation au terrain, une discussion de fond, même si on continue en parallèle à travailler sur la mise aux normes. Quoiqu’il en soit, les paysans n’en peuvent plus de ces empilements de contraintes.

Quelles sont vos revendications concernant la nouvelle carte des zones vulnérables ?
Il peut être admis que de nouveaux territoires entrent en zone vulnérable quand la qualité de l’eau s’est dégradée, mais ce qui est contestable au niveau de la Commission, c’est qu’il n’y a pas de déclassement : un territoire qui a restauré la qualité de son eau reste en zone vulnérable. Il y a toujours des sanctions mais rarement des récompenses. J’ai déjà porté cette revendication à Bruxelles, je vais la porter à nouveau auprès de Karl Falkenberk, directeur général à la Commission européenne.Pour beaucoup d’agriculteurs, qu’ils soient éleveurs ou en polyculture, on touche désormais aux limites de l’exercice du métier, ce n’est plus acceptable. C’est même une remise en cause de l’un de nos atouts et de la qualité de nos produits.

Les producteurs français ont rencontré le 3 septembre le ministre de l’Agriculture pour faire le point sur l’embargo russe. Quelles suites donner à ces discussions ?
On continue sur la même ligne, sachant qu’il y a deux choses à prendre en compte : la mesure des pertes directes et, deuxièmement, les coûts indirects, sur lesquels on commence à voir plus clair. Je prends l’exemple du porc qui a été donné lors de cette réunion : côté français, on exporte pour 160 millions d’euros (M€). Mais en réalité, l’impact est quatre fois supérieur, car le repli sur le marché intérieur a fait chuter les cours de 20 centimes d’euros. Quand on multiplie par le nombre de porcs élevés en France, on atteint 500 M€ de pertes. Pour l’instant, on a utilisé le reliquat des années précédentes et le fonds de gestion de crise, mais dans cette spirale où les coûts indirects dépassent de loin les coûts directs, le budget de la PAC ne sera pas suffisant. D’ailleurs, cette crise dont l’origine est politique et géopolitique ne peut être supportée par le seul budget PAC. Parallèlement, il faut inciter nos propres consommateurs à manger français, en demandant aux GMS, aux grossistes, à la restauration hors domicile de faire des efforts, favoriser aussi la pénétration vers des marchés ciblés comme l’Asie, mais aussi d’autres marchés comme la Chine, avec des restitutions à l’exportation. Au niveau des indemnisations, il faudrait également revoir les coûts de revient aujourd’hui calculés à l’échelle européenne, ce qui ne reflète pas la réalité de chaque pays.

Autre sujet d’actualité avec le projet de Ségolène Royal pour la croissance verte : comment l’agriculture peut-elle contribuer à la transition énergétique ?
Il y a deux approches complémentaires à mettre en œuvre. D’abord, celle qui vise à contribuer de manière active à la réduction des émissions. C’est une ambition et même une exigence que nous devons porter. Mais il ne suffit pas de le décréter : il faut pour cela s’appuyer sur la recherche, l’innovation, la technologie, faire la démonstration que l’agriculture est performante sur le plan énergétique et le dire haut et fort, car on considère trop souvent qu’elle n’est qu’énergétivore. La deuxième approche, c’est la contribution de l’agriculture à la production énergétique elle-même. On parle régulièrement des biocarburants, mais il y a aussi les biomatériaux, le biogaz qui connaît un élan d’attention en France. Ces productions nécessitent les modèles économiques les plus efficients possibles et un cadre réglementaire stabilisé. Nous sommes par exemple convaincus qu’on fera demain des biocarburants de deuxième génération, à condition de continuer à produire ceux de première génération, sinon aucun agriculteur ni industriel n’osera se lancer. Dans ce domaine qui permet la démonstration d’une réelle économie circulaire, créatrice de valeur ajoutée, d’emploi, de sous-produits, nous avons des potentialités. Le gisement biomasse est notamment trop peu exploité. Autre dossier que nous soutenons même s’il a été mal piloté ces dernières années, c’est le solaire. Avec une surface de bâtiments agricoles aussi importante, ne pourrait-on pas reprendre un plan ambitieux ? Je suis plutôt optimiste car l’agriculture est vraiment source de solution.

La réforme de la PAC étant actée et la loi d’avenir en passe d’être adoptée, qu’attendez-vous principalement du nouveau gouvernement ?
Si je fais référence aux deux derniers discours de Manuel Valls, devant le Medef et aux Terres de Jim, au niveau des engagements verbaux, on va dans la bonne direction. Le message de fond est que c’est par l’entreprise que l’on va créer de la richesse et relancer le dynamisme. Ce discours convient aux agriculteurs qui sont des chefs d’entreprises. On n’est pas uniquement dans la revendication, nous avons un projet défini pour l’essentiel dans les trois chapitres des États généraux de l’agriculture. Ce qu’on attend, au niveau de la FNSEA, c’est une appréhension globale et systémique des problématiques agricoles. On ne peut pas le lundi parler d’économie, le mardi d’écologie, le mercredi des normes. Nous avons besoin de simplification, d’éviter les distorsions, en nous mettant ni plus ni moins dans une norme européenne. Si on veut redonner le goût d’entreprendre, il faut retrouver la confiance et surtout ne pas opposer les agricultures entre elles. Ce qui fait la richesse de l’agriculture française, c’est la diversité de ses productions, et son savoir-faire, qu’il faut préserver. Il ne faut pas non plus être en retard sur les nouvelles technologies qui se préfigurent et que d’autres pays adoptent avant nous. L’innovation, l’investissement, et l’installation restent les moteurs du dynamisme. Je me bats aussi pour adosser au principe de précaution dans la Constitution un principe d’innovation et d’entreprenariat. On a du potentiel dans ce pays, on peut le développer de manière intelligente mais il faut une ambition économique et si jusque-là, on ne peut pas dire que nous ayons été dans ce schéma, il semblerait qu’une prise de conscience soit en cours.

Zoom sur... Toutes les EARL pourront se transformer en Gaec sans restriction

« Les agriculteurs associés dans toute forme sociétaire – notamment les exploitations agricoles à responsabilité limitée, les EARL entre époux – pourront se transformer en Gaec », a annoncé le Premier ministre lors de son premier rendez-vous avec le monde agricole aux Terres de Jim en Gironde, le 6 septembre. La France attendait la décision depuis longtemps mais la transparence a été seulement actée en août par une lettre de la Commission européenne. Pour toucher les aides PAC, il faudra démontrer que chaque associé contribue au « renforcement économique » de la société. « Chaque agriculteur membre d’un Gaec bénéficiera des aides de la PAC au même titre qu’un agriculteur individuel », précise le ministère de l’Agriculture. La notion de « renforcement économique » prendra en compte la diversité des productions. En d’autres termes, ce n’est plus l’apport d’une surface minimum (SMI) qui sera considéré mais le fait de contribuer à l’activité agricole. 20 000 EARL entre époux seraient concernées.

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