Le Syndicat Agricole 23 décembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Bovins lait : « Étudier la durabilité des élevages laitiers régionaux »

Le lancement du projet EuroDairy Hauts-de-France s’est déroulé le 15 décembre à Fleurbaix (62).

Abonnez-vous Réagir Imprimer
EuroDairy vise à accélérer le transfert d’innovations autour de quatre grandes thématiques : l’utilisation efficiente des ressources, la biodiversité, le bien-être et la santé animale, ainsi que la durabilité des élevages laitiers européens.
De gauche à droite : Jean-Marc Burette, Jocelyne Machefer, Michel Dubrulle, Élisabeth Burette et Élisabeth Castellan.
EuroDairy vise à accélérer le transfert d’innovations autour de quatre grandes thématiques : l’utilisation efficiente des ressources, la biodiversité, le bien-être et la santé animale, ainsi que la durabilité des élevages laitiers européens. De gauche à droite : Jean-Marc Burette, Jocelyne Machefer, Michel Dubrulle, Élisabeth Burette et Élisabeth Castellan. - © DR

Les Chambres d’agriculture des Hauts-de-France se sont engagées dans la démarche EuroDairy.
Il s’agit d’un projet européen sur trois ans (2016-2018) regroupant les principaux pays laitiers de l’Union européenne et une vingtaine de partenaires. En France, cinq régions sont impliquées : la Normandie, la Bretagne, les Pays de la Loire, Rhône-Alpes-­Auvergne et les Hauts-de-France. Financé dans le cadre du programme pour la recherche et l’innovation (Horizon 2020), EuroDairy vise à accélérer le transfert d’innovations autour de quatre grandes thématiques : l’utilisation efficiente des ressources, la biodiversité, le bien-être et la santé animale, ainsi que la durabilité des élevages laitiers européens. « Ce programme, qui bénéficie aussi d’un financement du Conseil régional (une subvention pluriannuelle d’un montant de 270 000 € sur trois ans), permettra d’étudier la résilience socio-économique des exploitations laitières régionales, de développer l’attractivité du métier et d’échanger sur les pratiques innovantes », indique Michel Dubrulle, président de la Maison de l’élevage du Nord.

Un réseau régional de huit fermes pilotes
Les Chambres d’agriculture des Hauts-de-France sont chargées de l’organisation du programme à l’échelle régionale, avec notamment la création d’un groupe opérationnel qui réunit plusieurs structures : Idèle, le Criel, le BTPL, les laiteries, Avenir conseil élevage, les Chambres d’agriculture, ainsi que l’enseignement agricole. L’objectif est de favoriser la dissémination des connaissances entre éleveurs, organismes de conseil et le monde de la recherche et de l’enseignement. Le projet s’appuie par ailleurs sur le suivi de huit fermes pilotes innovantes. « Celles-ci représentent à la fois la diversité de l’élevage régional mais aussi les différentes stratégies mises en œuvre pour maintenir l’élevage laitier sur l’exploitation », précise Élisabeth Castellan de la Chambre d’agriculture du Nord-Pas de Calais. « Les critères retenus pour constituer ce réseau régional sont multiples : spécialisé lait ou polyculteur-­éleveur, embauchant sur leur ferme de la main-d’œuvre salariée ou familiale ; des références laitières et des niveaux de productivité variables, des systèmes plus ou moins autonomes en fourrages », complète Jocelyne Machefer de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Le travail d’animation et de suivi du réseau régional est conduit par les conseillers des Chambres d’agriculture et fera l’objet de présentations partagées au sein du groupe opérationnel. Plus largement, il s’adossera à celui des 41 autres groupes opérationnels français et européens, afin d’échanger sur les avancées du projet, les résultats d’études, les pratiques mises en place. « L’idée est de mettre en place, dans un premier temps, un vrai partage d’expériences entre éleveurs mais aussi avec les experts et scientifiques des différents pays, insiste Michel Dubrulle. Cela permettra ensuite de communiquer les résultats auprès du plus grand nombre d’éleveurs laitiers des Hauts-de-France ».

MDS

Témoignage : « Notre objectif est de concilier qualité de vie et l’intensif écologique »

Située aux portes de la Métropole européenne de Lille, sur la commune de Fleurbaix, l’exploitation laitière de Jean-Marc et Elisabeth Burette a intégré le réseau régional de huit fermes pilotes du projet EuroDairy Hauts-de-France. « Notre objectif est de concilier qualité de vie et l’intensif écologique, indique le couple d’éleveurs. En résumé, nous visons les “4P” : profit, performance nourricière, protection de l’environnement et production énergétique ».

Simplicité et efficacité du système
Chez les Burette, l’organisation du travail rime avec simplicité et efficacité (474 000 l/UMO lait). « Pour faire face à la réduction de la main-d’œuvre bénévole sur la ferme, nous avons fait le choix de simplifier au maximum notre système tant pour les cultures que pour l’alimentation (ration simplifiée) et la gestion du troupeau (vêlage groupé et entraide) », explique Jean-Marc Burette. L’éleveur s’est ainsi spécialisé sur l’atelier lait en déléguant les travaux des champs à des entreprises de travaux agricoles (travail du sol et ensilage), et a également réduit au strict minimum son parc matériel (Cuma et copropriété). « Le fait de déléguer les cultures m’a notamment permis de passer plus de temps avec les vaches et de voir plus de choses, souligne-t-il. Cela permet d’anticiper davantage avec à la clé une amélioration de l’état sanitaire du troupeau et une baisse des frais vétérinaires ». Afin de préparer l’installation à terme d’un ou de plusieurs de ses enfants, le couple souhaite trouver des solutions pour réduire encore la pénibilité physique. « On peut envisager un passage en traite robotisée, confie Jean-Marc Burette. Il faudra qu’on en discute lorsqu’ils élaboreront leurs projets. D’autant que cela implique pas mal de changements par rapport au système actuel ».

Innovations
Toujours sur le plan technique, le fil rouge reste l’autonomie fourragère et la sécurisation du système (rotation triennale). À noter que l’éleveur a opté pour le non-labour depuis 2006, et consacre un budget de 4 000 à 5 000 € par an pour la recherche et le développement : « Je fais des essais sur une parcelle pour trouver de nouvelles méthodes de travail adaptées à mes terres et tester certaines pratiques plus respectueuses des sols », précise-t-il. La réduction de l’empreinte carbone de l’exploitation et de l’impact sur l’environnement est pour Jean-Marc Burette de véritables enjeux. Dans le cadre du programme Carbon Dairy, il a installé un récupérateur de chaleur sur son tank à lait et a nettement réduit l’utilisation des engrais azotés chimiques. Il récupère ainsi chaque année jusqu’à 450 tonnes de déchets verts de trois communes (Fleurbaix, Laventie et Sailly-sur-la-Lys) et de paysagistes locaux pour les composter et les réutiliser comme engrais verts : « Les végétaux sont broyés et réintégrés dans le fumier puis compostés et désodorisés, explique-t-il. Cela me permet d’augmenter mes surfaces d’épandage de 30 % ». Par ailleurs, les eaux blanches de la salle de traite sont retraitées via un filtre à roseaux. « J’aimerais boucler le cercle en produisant aussi de l’énergie, affirme-t-il. Mais, nous allons attendre encore quelques années avant de nous lancer dans la méthanisation. Le temps que la technologie évolue suffisamment pour réduire les coûts ». Le couple d’éleveurs se veut également à l’écoute des attentes sociétales : « On essaye de rester ouvert sur l’extérieur en accueillant du public, indique Jean-Marc Burette. Cela permet d’améliorer l’image du métier et de faire passer des messages par rapport à nos pratiques ».

MDS

La Ferme des pâquerettes à Fleurbaix (62)

Main-d’œuvre : 1,5 UMO dont 0,5 salarié.
SAU : 68 ha dont 30,7 ha de maïs ensilage, 5,4 ha de pâtures, 22,5 ha de céréales, 2,7 ha d’oléoprotéagineux.
Système de culture sans labour avec échange parcellaire pour allonger les rotations.
Troupeau : 72 VL qui produisent en moyenne environ 9 000 l/an/VL (valorisés).
Taux de renouvellement entre 25 et 30 % par an.
Référence laitière de 655 000 l livrés à la laiterie Danone.
Logement en logettes pour les VL et aire paillée pour les génisses.
Système d’alimentation simple avec ensilage de maïs et tourteau de colza toute l’année (1 400 kg éq. soja/an), pour un coût alimentaire de 100 €/1 000 l.

Le programme EuroDairy en chiffres

- 14 pays européens, dont la France, participent au projet.
- 42 groupes opérationnels.
- 120 fermes pilote innovantes, dont 8 dans la région.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3703 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3703 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui