Le Syndicat Agricole 09 octobre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Energie - Un grand pas en avant pour la méthanisation ?

Le Nord-Pas de Calais ambitionne de devenir la région pionnière de la 3e révolution industrielle et la 1re région européenne en matière de méthanisation.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Philippe Vasseur, président de la Chambre du commerce et de l'industrie régionale, Jean-Jacques Dubois, directeur GrDF Nord Ouest et Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d'agriculture.
Philippe Vasseur, président de la Chambre du commerce et de l'industrie régionale, Jean-Jacques Dubois, directeur GrDF Nord Ouest et Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d'agriculture. - © DR

Nous avons déjà évoqué dans ces pages la création de quelques unités de méthanisation, projets collectifs ou non, agricoles notamment, à travers la région. Cette fois-ci, la méthanisation semble connaître un véritable bond en avant. C'est en tout cas l'ambition des Chambres d'agriculture et du commerce, aux côtés de GrDF, qui souhaitent propulser le Nord-Pas de Calais au premier rang des régions européennes productrice de biométhane. En rassemblant plus de 200 personnes dans les bâtiments de la CCI à Lille, porteurs de projets, entreprises, représentants de l'État et même Éducation nationale, la journée du vendredi 3 octobre l'a montré : la méthanisation intéresse, et attire.
Verte, créatrice d'emplois, elle a tout pour plaire et Philippe Vasseur, président de la Chambre de commerce et d'industrie de région, parle d'une « une grande aventure ». « La méthanisation, c'est de l'énergie renouvelable et de l'économie circulaire, les deux piliers de la troisième révolution industrielle », rappelle-t-il, avant d'en énumérer ses autres atouts : « Continue et locale, elle présente un coût intéressant et permet la valorisation des déchets. » « Nous avons l'opportunité de créer une filière complète, ajoute-t-il. Il faut que les grandes et petites entreprises puissent trouver de nouveaux débouchés. »


« Méthane Europe »
Forte présence de l'industrie agroalimentaire, une agriculture productive et dense... le Nord-Pas de Calais dispose de tous les éléments nécessaires à la bonne implantation de la méthanisation sur son territoire. Et Philippe Vasseur de révéler le grand projet qui se cache derrière cet enthousiasme : « Notre région compte un grand nombre de friches industrielles que nous pouvons valoriser ». Le projet de reconquête de ces terres abandonnées pourrait s'appeler, d'après lui, « Méthane Europe » (ou « Methaneurop » ?). On imagine bien alors qu'il s'agira de revaloriser les terres autour de l'ancienne usine Metaleurop Nord à Noyelles-Godault (62), tristement célèbre pour être l'une des plus polluantes de France, et dont l'activité a cessé en 2003. Les différents porteurs de ce projet doivent tout de même attendre l'aval du gouvernement, la reconversion des friches industrielles étant aujourd'hui strictement encadrée.
Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d'agriculture, insiste sur le rôle à donner au secteur agricole dans « ce projet collectif » : « Les agriculteurs sont obligés d'avoir un couvert végétal permanent, qui est ensuite enfoui dans le sol. Pourquoi ne pas implanter une production qui pourrait répondre aux besoins de la méthanisation ? », interroge-t-il, avant d'ajouter que « ce projet doit être un projet de développement au niveau du territoire. Il y a une filière à créer. » Hervé Pignon, directeur de l'Ademe Nord-Pas de Calais, est optimiste : « La production de biométhane représentera, d'après nos estimations, 5 % des énergies renouvelables en 2030. Cette part devrait être de 11 % en 2050 ». Et d'ajouter : « La région Nord-Pas de Calais compte aujourd'hui 3 à 4 installations par an. Nous pourrions tripler voire multiplier ce chiffre par 4. C'est possible et nous pouvons le faire ! » Une quarantaine de projets sont, d'ailleurs, déjà lancés dans la région.


Lourdeur administrative
Mais tout n'est pas rose et les différents intervenants de cette journée ont su pointer du doigt les travers de la méthanisation. Jacques Wyckaert, agriculteur en Gaec à Renescure (59), qui se dit « énergieculteur » et a mis en route son unité de méthanisation début septembre, n'a pas manqué de souligner la lourdeur administrative française. « Si nous voulons faire de la méthanisation dans le Nord-Pas de Calais, il va falloir alléger la partie administrative. Il faut 2 ans pour constituer dossier et 1 an pour être raccordé, c'est inadmissible ! », s'insurge-t-il. Claude Pruvot, directeur du service énergie de la société AES Dana, souligne d'autres points noirs : « Les partenaires administratifs et les institutions ne sont pas assez formés à ce sujet. De plus, il faudrait davantage de matériel issu de notre région : nous devons parfois aller chercher des éléments de construction de l'autre côté de la frontière. »
Roman Bordier, chef du service énergie-climat-logement de la Dreal Nord-Pas de Calais, a répondu aux porteurs de projets en justifiant tout d'abord cette lenteur administrative : « Un cadre n'est pas simplement réglementaire et contraignant, il permet aussi un tarif de rachat garantit par l'État ». Puis a tenté de rassurer sur les efforts réalisés en la matière : « Il y a eu des améliorations. Nous avons également créé le dossier unique qui permet d'éviter la multiplicité des démarches. » « Nous allons être davantage à l'écoute des porteurs de projets », a-t-il promis. Cela suffira-t-il pour faire du Nord-Pas de Calais la première région productrice de biométhane ? Du côté de GrDF, on se veut confiant : « Nous avons toutes les raisons d'y croire », a assuré Bruno Waterlot, directeur GrDF du Pas-de-Calais.

Laura Béheulière

Zoom sur... Biogaz Pévèle : un méthaniseur familial et collectif

La journée méthanisation du 3 octobre s'est poursuivie par des visites de terrain. Au Gaec des Acacias, à Wannehain (59), les travaux s'achèvent. L'unité de méthanisation lancée par Pierre Pollet et ses 2 associés, sa mère et son cousin, devrait entrer en fonctionnement d'ici un petit mois. Au sein de cette exploitation familiale de 55 vaches Holstein et d'une surface de 120 ha, des réflexions sur le bilan carbone de la ferme commencent dès 2010... Pierre Pollet, ingénieur des Arts et métiers, spécialisé en mécanique, succède à son père en 2011. « Nous nous sommes rapidement orientés vers GrDF pour une injection du gaz dans le réseau », explique-t-il. Au bout de 4 ans, le projet voit le jour. L'exploitation est maintenant associée à 6 autres fermes du voisinage dont elle va récupérer le fumier, et à quatre autres qui fourniront des surfaces d'épandage : un projet collectif qui devrait permettre de produire 1 050 000 m3 de biométhane, l'équivalent de la consommation de gaz pour les 3 usages (chauffage, eau chaude et cuisson), de près de 1 000 logements. L'investissement de 2,5 millions d'euros devrait être rentable d'ici 7 à 8 ans. Le Gaec a en outre signé un contrat de 15 ans avec GrDF qui lui assurera un revenu même si le biométhane souhaité n'est pas au rendez-vous. « Nous allons représenter 10 % de la consommation de 7 villages alentours », se félicite Pierre Pollet. L'exploitant devrait, de plus, réaliser des économies d'engrais et son projet devrait permettre aux fermes associées de développer leurs activités d'élevage.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui