Une affaire de sensibilité et d’économie
Philippe Courtin a opté pour la mixité dans son troupeau en choisissant Holstein et Montbéliardes. - © Le Syndicat Agricole
« C’est sûr, il faut accepter de produire moins. Rien qu’en céréales, mes rendements ont été divisés par deux. » Converti à l’agriculture biologique depuis une douzaine d’année, Philippe Courtin n’est pourtant pas près de revenir sur la conversion de son exploitation en agriculture biologique. « J’y suis allé tout doucement », explique tout de go l’agriculteur et producteur laitier. Adepte de la vente directe, il confesse être passé en agriculture bio, « d’abord pour améliorer la qualité des produits, mais également parce que la demande pour les produits bios existe bien. Il y a aussi le côté environnemental qui vient s’ajouter. »
Des plus-values pour de la valeur ajoutée
Bien entendu, pour que la conversion soit réussie, « il faut avoir une structure adaptée et en avoir envie » assure-t-il. L’agriculteur est installé sur une exploitation de 65 hectares, répartis entre des prairies permanentes (40 ha), des cultures céréalières et de protéagineux (13 ha) et des prairies temporaires (12 ha). La totalité de l’exploitation est aujourd’hui en bio pour permettre aux prairies temporaires de s’intégrer à la rotation.
En termes économiques, le producteur laitier bénéficie d’une plus-value sur le prix du lait qui peut atteindre 100 euros/1000 litres, « même si la différence n’a pas toujours été à ce niveau » constate-t-il. « Le concentré est plus cher, c’est vrai, mais la plus-value permet de compenser. »
En viande bovine, « la différence est entre 30 et 40 centimes au kilo, selon les saisons. » Quant à de supposées difficultés d’approvisionnement en fourrage, « on arrive toujours à s’en sortir, même s’il faut le chercher un peu plus loin » affirme M. Courtin. D’autre part, « on a réussi à maintenir notre chiffre d’affaires, avec un EBE compris entre 40 et 50 % ».
Une meilleure image vis-à-vis du public
Les inconvénients - parce qu’ils existent tout de même - n’ont pas freiné la motivation du producteur. « Il faut plus de vaches pour produire la même quantité de lait et donc on passe plus de temps pour la traite, explique-t-il. Mais j’ai aussi moins de problèmes sanitaires, puisqu’on insiste beaucoup sur le préventif. »
Et les critiques ? « J’ai d’abord pu être perçu comme un opportuniste, de la part des producteurs bios, comme des conventionnels. J’ai dû répondre à pas mal de questions, mais je n’ai pas eu de critiques. On doit pouvoir travailler autrement, sans pour autant critiquer les autres. » Ni renier ce que l’on a pu faire auparavant.
« Il faut savoir que c’est un engagement sur le long terme. Il faut avoir suffisamment de recul pour juger de l’intérêt ou pas pour son exploitation. » Une chose est néanmoins sûre, pour M. Courtin, « c’est que l’on a une meilleure considération de la société en général ».
Une exploitation plus autonome
La conversion en bio de son exploitation a conduit Philippe Courtin à tirer un trait sur une part (conséquente) des aides PAC qu’il touchait auparavant. En effet, « on touche moins d’aides dans le sens où les prairies temporaires ont remplacé le maïs que l’on mettait avant ou les autres cultures commerciales. On a ainsi perdu quasiment la moitié de nos DPU. Aujourd’hui, je suis moins dépendant des aides publiques et je produis plus de valeur ajoutée sur mon exploitation. »
Depuis qu’il s’est converti à l’agriculture bio, Philippe Courtin a complètement banni la culture de maïs.
Quant aux autres céréales produites sur l’exploitation, elles entrent dans la composition des rations destinées à l’élevage bovin.
« J’utilise des variétés différentes, je ne mets plus d’engrais, ni de phytos. Ce sont des choses que je n’ai donc plus à acheter à l’extérieur. Et les céréales et protéagineux que je produis sur l’exploitation entrent dans la composition des rations destinées au troupeau. Au final, j’ai aussi un meilleur étalement du travail sur l’année. »
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