L’Allemagne laitière : une production plurielle et réactive
Capacité d’adaptation et diversité pleinement assumée : tels sont les deux principaux traits allemands selon Philippe Vinçon. - © F. Mechekour
À l’occasion du congrès de la Fédération nationale des producteurs de lait (qui avait lieu les 16 et 17 mars à Aurillac), Philippe Vinçon, en poste depuis 6 mois à l’ambassade de France à Berlin, a peint un tableau de la production laitière allemande, certes à l’avantage de cette dernière, mais où les nuances tendent à s’accentuer entre länder.
Aussi, loin de l’image d’une locomotive laitière intensive et homogène, c’est bien un triptyque qui fait aujourd’hui la réalité allemande : avec, au premier rang, un Sud agricole, riche, montagneux et diversifié qui fournit à lui seul 40 % de la collecte. Plus grand land agricole, la Bavière – autoproclamée « État libre » – concentre sur son territoire plus de la moitié des producteurs de lait et 27,1 % de la production. La taille moyenne des exploitations y est de 25 ha et le prix du foncier flirte avec les 25 000 € à l’hectare !
Concentration en montagne
Vient ensuite l’Ouest, avec notamment la Basse Saxe (18 % de la collecte), qui « a mis le cap sur la compétitivité », a relevé Philippe Vinçon. Taille moyenne des élevages laitiers : 50 ha pour un prix à l’hectare plus proche des 15 000 €.
L’Est enfin, celui des « nouveaux länder », la Saxe et le Brandebourg, qui fournissent les 20 % de la collecte restant sur la base d’exploitations plus proches des 150 et 200 ha. Et contrairement à la croyance – ou aux craintes c’est selon –, au moment de la réunification, « le dynamisme laitier allemand n’est pas le fait de ces nouveaux länder », a souligné l’intervenant.
Une Allemagne laitière aux trois visages et dynamique – un peu à l’inverse du schéma français –, qui a vu entre 1999 et 2006 ses bastions laitiers se renforcer du fait d’une certaine mobilité des quotas, notamment vers les zones herbagères (montagne et zones humides) au détriment des régions où la production laitière a été concurrencée par l’élevage porcin et les cultures céréalières (comme dans la Saxe ou la Sarre). Les nouveaux länder ont ainsi vu leur production chuter de 10 % depuis leur intégration.
Un phénomène que le gouvernement outre-Rhin a tenté de limiter (en maintenant 2 zones) malgré la demande de la profession allemande de supprimer les restrictions aux échanges de volumes afin d’apporter une plus grande souplesse au dispositif. Si au final « l’objectif a été atteint », selon P. Vinçon, à savoir une forte diminution du prix des quotas (qui sont passés de 50 à 7 centimes d'euro par litre environ), il n’y a cependant pas eu de rupture de tendances.
Au contraire, on a assisté au basculement des quotas vers le Nord (aux frontières danoise et hollandaise) et vers l’extrême sud de la Bavière. Et l’observateur français de prédire d’ici 2013 – et la fin des quotas – une accentuation de la concentration des volumes dans le Nord, la poursuite du déclin au Sud, (à l’exception des zones de montagne) et une progression assez mesurée dans les länder de l’Est.
Sérénité face à la fin des quotas
Quid après 2013 ? Les Allemands ne semblent pas inquiets de cette échéance. « Pour eux, il faut laisser le marché s’équilibrer, analyse Philippe Vinçon. Ils sont conscients qu’au Sud, les produits de qualité trouveront un débouché dans l’Italie voisine. Par contre au Nord, ils savent qu’ils vont devoir s’adapter en équilibrant leur exploitation, notamment avec la production de bioénergie. » Capacité d’adaptation et diversité pleinement assumée : tels sont les deux principaux traits allemands qui ont frappé le Français au cours de ses 6 premiers mois de présence à Berlin. Ce dernier voit dans le fédéralisme allemand un autre atout, tout comme l’importance du second pilier de la PAC et une densité de population élevée. « Avec 250 habitants par km2 et un taux de chômage nul en Bavière, il n’y a pas vraiment de problématique d’aménagement du territoire », pour Philippe Vinçon.
« Les producteurs allemands ont eux-mêmes un discours très libéral et une approche beaucoup plus pragmatique, tout en considérant qu’il faut un certain nombre de garde-fous », expose Philippe Vinçon, sans pour autant laisser entendre qu’il s’agissait là de la voie à suivre.
P. Olivieri
Pièces jointes :
Vous pouvez facilement intégrer un lien vers celui-ci sur votre site en copiant ce code :
Retrouvez, chaque semaine, toute l'information dans votre journal Le Syndicat Agricole.
Ne passez plus à côté de l'info : » Abonnez-vous
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Copyright 2012 -
Le Syndicat Agricole.
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de
droits d'usage,
en accepter et en respecter les dispositions.




