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Anticiper pour mieux gérer

Les éleveurs doivent être de plus en plus réactifs. Quels leviers actionner pour cela ? Quelques pistes avec le Contrôle laitier…

02 avril 2009 Jean-François DELATTRE, Franck LEROY - Contrôle Laitier du Nord Vu 871 fois

Depuis 2 ans, le marché des produits laitiers connaît de sérieux à-coups. Par ailleurs, la nature même de ce marché évolue et au-delà de la quantité globale à produire, la demande des transformateurs s’élargit vers de nouveaux critères tels que la saisonnalité ou la production de laits particuliers (bio ou enrichis en Oméga 3).
Ce contexte, combiné à la fin programmée des quotas laitiers en 2015, indique que les éleveurs devront être de plus en plus réactifs. Il sera primordial de se définir des objectifs réalistes et des stratégies rentables. En guise de pistes, le Contrôle laitier du Nord a analysé la capacité des éleveurs à réagir à la forte demande de la campagne 2007-2008.

Quelles pistes privilégier ?
Comme le montre le tableau ci-dessous, sur la campagne 2007/2008, près d’1 éleveur sur 2 a réussi à produire 5 % de lait en plus et seulement 1 éleveur sur 4 a réussi à produire + de 15 %.
Dans le même temps, près de 15 % des éleveurs ont produit entre 15 et 5 % en moins par rapport à la campagne précédente. Quels leviers ont-ils actionné pour être réactifs ?

La productivité par VL
Pour les éleveurs qui ont réussi à produire plus, l’augmentation du lait/VL/jour de traite est minime (entre 0 et 0,5 litre/VL/j).
Ainsi, même si les éleveurs ont choisi en nombre cette stratégie, son efficacité technique reste limitée quand son impact sur les coûts de production est bien réel…

Le nombre de vaches traites
On observe que les élevages performants sont ceux qui ont réussi à augmenter leur effectif. Au global, 50 % des éleveurs ont augmenté l’effectif d’au moins 8 % du nombre de vaches présentes par rapport à l’année précédente. A contrario, 17 % d’éleveurs ont connu une baisse de 5 % de leur effectif alors qu’il fallait produire plus ; en cause : la pression de réforme (cellules, réformes, sanitaire, FCO) et le manque crucial de renouvellement !

Quel impact économique ?
Nous voyons dans le « Zoom sur » de la page 15 que pour être réactif et savoir « en garder sous la pédale », il faut travailler sur l’effectif et le pourcentage de revêlage.
Au-delà de l’aspect volume à produire, et dans un contexte de prix moins porteurs, l’impact économique a été évalué au travers des résultats Marges brutes départementaux.

Des animaux « de compagnie »
Sur le graphique ci-contre, nous observons que chez les éleveurs ayant produit davantage, la proportion de vaches à moins de 100 jours est plus importante de 4 % par rapport à ceux qui ont le moins bien réussi.
Plus marquante encore, la proportion de vaches à plus de 300 jours de lactation est moins importante de près de 10 %. Autrement dit, les éleveurs les moins performants ont chez eux près d’1 vache sur 3 à plus de 300 jours de lactation qui coûte à nourrir sans rapporter…

Le coût alimentaire à la loupe
Par ailleurs, la marge sur coût alimentaire de chaque troupeau en tenant compte de l’effet taux (TB, TP, cellules) a été calculée. Les résultats parlent d’eux-mêmes : la marge sur coût alimentaire est de 205 €/1 000 litres pour les plus performants, alors qu’elle n’est que de 186 €/1 000 l pour les moins performants, soit un écart de 19 €/1 000 l.
Cela fait un manque à gagner de plus de 8 200 € pour une exploitation moyenne du département, sans tenir compte de la capacité de production supplémentaire. Cette différence s’explique par une meilleure efficacité alimentaire des vaches en début de lactation, aussi bien en termes de fourrages que de concentrés.

En conclusion
Dans un contexte incertain, l’efficacité technico-économique est au centre de la réflexion. En élevage laitier les marges de progrès restent réelles, d’autant plus que l’agrandissement des troupeaux et les campagnes « yoyo » ont perturbé, souvent de façon insidieuse ou inaperçue, les fonctionnements des troupeaux.
Il convient donc de prendre du recul sur son propre schéma de production avec des critères objectifs et d’identifier ses points forts et ses points faibles.
Ensuite vient le temps de se projeter et de définir des objectifs réalisables pour avoir une stratégie durable… dont les maîtres mots seront anticipés, maîtriser et assurer (voir l’encadré ci-dessous).

 

:: 3 moyens pour augmenter son effectif

1. Conserver plus longtemps les réformes.
Tous les éleveurs ont utilisé cette méthode, et cela se traduit par une augmentation du stade de lactation dans près de 80 % des élevages. Au niveau économique, son efficacité est limitée : depuis quelques années ce levier a déjà été bien utilisé pour répondre aux augmentations de quota liées au mécanisme de redistribution (attribution gratuite, TSST, Transfert Vache allaitante). Difficile alors d’avoir de la ressource par ce biais…

2. Améliorer le pourcentage de vaches qui révèlent.
C’est l’un des critères les plus importants à maîtriser pour être réactif. En moyenne, ce pourcentage est de 58 % pour le Nord, soit plus de 4 vaches sur 10 qui ne révèlent pas l’année suivante. Il y a donc matière à travailler ! On peut aussi remarquer qu’il s’améliore de près de 10 % dans les élevages qui ont réussi à produire plus.

3. Acheter !
À volume à produire constant ou faiblement supérieur (de l’ordre de 5 %), ce levier ne devrait pas être utilisé, sauf cas exceptionnel (manque de renouvellement/problème sanitaire). Prioritairement, il est conseillé d’acheter des animaux à vêler qui assureront une partie du quota grâce à des débuts de lactation efficaces et dont le veau assurera une partie du renouvellement des années futures. Cependant, l’achat n’a pas que des avantages d’un point de vue sanitaire, il nécessite une adaptation des animaux au troupeau et a un impact sur la trésorerie de l’éleveur.

 

:: Un outil pour prévoir


Afin d’aider les éleveurs dans le suivi de leur quota, les conseillers du Contrôle laitier du Nord disposent d’un outil « Prévision de production ».
À l’aide des informations connues (quantité de lait produit par animal, persistance de production de l’élevage, pic de lactation, etc.) et de celles fournies par l’éleveur (prévision des réformes, constats de gestation, vente directe, lait aux veaux, etc.), le Contrôle laitier réalise des prévisions de production dans les élevages adhérents depuis plusieurs années.
Cet outil permet de prévoir la production de lait du troupeau sur une campagne, d’anticiper les dépassements ou les sous réalisations de quota.
Il est alors possible d’agir sur les achats ou les ventes d’animaux, dans le but de produire la quantité de lait adaptée à la demande des organismes de collecte.

 

:: Une stratégie en 3 temps

Anticiper
- Faire une prévision de quota en début de campagne (nombre vêlages potentiels, répartition des vêlages, nombre de génisses).
- Suivre la prévision au cours de l’année, confirmer les gestations.

Maîtriser
- Les causes de réformes (cellules, sanitaire, boiterie et reproduction).
- L’élevage des génisses (% de mortalité, développement corporel, âge de mise à la reproduction.

Assurer
- Optimiser la reproduction : alimentation, détection, délai de mise à la reproduction, confirmation de gestation.
- Optimiser le renouvellement (nombre de génisses à faire vêler, si insuffisant prévoir des achats).

 

 

 
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