Concilier transition, rendement et valeur alimentaire
Une mise à l’herbe réussie intègre un temps de repos suffisant pour concilier rendement de la prairies et valeur alimentaire de l’herbe. - © Le Syndicat Agricole
Moment charnière entre deux grands régimes alimentaires de la vache laitière, la mise à l’herbe se joue ces jours-ci. Quels points convient-il de surveiller ? Quel impact une bonne ou une mauvaise maîtrise peut-elle avoir ? Voici quelques éléments de réponse.
Du côté des animaux : la transition idéale
Chaque changement de régime alimentaire nécessite une période d’adaptation de la flore ruminale. Elle se fera en douceur, sur 3 semaines, avec une substitution progressive des fourrages conservés par l’herbe pâturée. Dans un premier temps, afin de limiter les quantités d’herbe ingérées, il est conseillé de sortir les vaches l’après-midi lorsque leur panse est pleine. Ensuite, diminuer progressivement la quantité de maïs en adaptant la correction azotée : 5- 8 %/kg brut (exemple : 25 kg de maïs = 1,6 kg de soja).
La nature fait bien les choses !
Dans la réalité, les conditions idéales de mise à l’herbe ne sont pas toujours réunies. Comment des allers/retours au pâturage peuvent-ils impacter la production laitière ? C’est la question que se sont posée des chercheurs de l’INRA à travers une étude réalisée en 2002 sur les effets et arrières effets d’une mise à l’herbe classique, simplifiée ou perturbée. Pour cela, ils ont testé 3 lots de vaches avec des transitions différentes :
- classique : lot avec une transition de 3 semaines et diminution progressive du maïs ;
- transition courte : lot sorti 2 semaines plus tard avec un accès au pâturage la nuit et une diminution rapide de maïs (1 semaine) ;
- transition perturbée : lot avec 2 semaines de transition, puis retour en stabulation intégrale durant 1 semaine (retour au régime hivernal). Après ces trois semaines, les 3 lots pâturent ensemble jour et nuit sans apport d’ensilage. Pendant la période de transition, la quantité de lait produite a évolué sensiblement (+ ou – 1 litre), le TP est resté stable et le TB a connu des variations plus importantes. Ensuite, les 3 lots ont produit une même quantité de lait et de composition identique en MG et TP.
La conclusion de l’expérience était : « Les vaches laitières semblent capables de s’adapter sans dommages persistants aux perturbations induites par des conditions difficiles de mise à l’herbe ».
Il apparaît donc qu’une certaine souplesse dans la transition peut être admise.
Qu’en est-il au niveau des parcelles d’herbe ?
Du côté des prairies : qualité et quantité
La mise à l’herbe est une étape essentielle qui conditionne la réussite de toute la saison de pâturage autour de 2 objectifs :
- enclencher une rotation dans les parcelles afin de faire pâturer une herbe de bonne qualité et en quantité suffisante ;
- maîtriser la montée en épiaison des graminées prairiales.
Pour obtenir cela, l’important est de faire pâturer les parcelles au stade optimum. En effet, la qualité, autrement dit la valeur alimentaire de l’herbe, est proportionnelle au ratio feuille/tige. Plus la hauteur d’herbe est faible, plus la partie consommée de l’herbe est feuillue et donc riche. Au fur et à mesure que la hauteur d’herbe augmente, le ratio diminue et provoque donc une légère diminution de la valeur alimentaire. Celle-ci s’effondre dès l’apparition des premiers épis.
Parallèlement, la croissance de l’herbe est fonction de la photosynthèse (capacité de la plante à transformer l’énergie solaire en sucres). Celle-ci augmente en même temps que la surface foliaire et atteint son maximum lorsque l’herbe atteint 8-10 cm de hauteur à l’herbomètre. Par contre, lorsque celle-ci dépasse 15 cm, la croissance nette tend à stagner. À partir de ce stade, l’apparition des nouvelles feuilles est contrebalancée par la mort des plus vieilles feuilles. Au vu de tous ces mécanismes, le stade optimum pour faire pâturer une parcelle est obtenu lorsque la hauteur est de 13 à 15 cm herbomètre, soit après un temps de repos de 20 à 30 jours au printemps, et de 40 à 60 jours en moyenne l’été. Une mise à l’herbe réussie permettra donc un temps de repos suffisant pour concilier rendement des prairies et valeur alimentaire de l’herbe.
Maîtrise de l’épiaison
Tout ceci se complexifie au 1er passage du fait de l’épiaison des graminées. Celle-ci n’est pas forcément dépendante de la pousse de l’herbe, mais plutôt des types de graminées et du cumul de températures. Pour maîtriser l’épiaison, il s’agit de faire consommer l’épi par les animaux lorsqu’il est dans la tige. Pour ce faire, il est important de repérer 2 stades :
- stade épi à 5 cm du sol (aux environs du 15 avril). Il est alors consommable par les animaux ;
- stade épi à 20 cm : il est sur le point de sortir de la gaine (aux environs du 5/10 mai). À ce stade, les risques de refus et de gaspillage sont importants.
Pour réussir la maîtrise de l’épiaison, il faudra donc faire pâturer ras chaque parcelle entre ces 2 stades. Selon la surface à faire pâturer, il est souvent nécessaire d’adapter la quantité d’ensilage rapidement dès le début de cette période pour être sûr de faire pâturer correctement chaque parcelle avant l’épiaison.
En conclusion
Le pâturage est une conduite alimentaire qui nécessite une grande réactivité et de la technicité de la part de l’éleveur.
André Voisin, spécialiste de l’herbe, dit assez justement de celui-ci : « L’éleveur herbager est un artiste qui maîtrise l’art de se faire rencontrer l’herbe et la vache ».
Cette rencontre se fait bien sûr au bon vouloir des conditions extérieures qui ne sont pas toujours optimales, comme chacun le sait bien. Aussi, si une transition classique est bien sûr préférable, des écarts sont possibles sans conséquences graves au niveau de la vache.
L’objectif est donc de privilégier la conduite du pâturage pour optimiser la parcelle sans la dégrader (piétinement) plutôt que de vouloir absolument une transition sur 3 semaines.
:: À surveiller également : la tétanie d’herbage
L’herbe jeune, plus laxative, riche en azote et potassium, faible en sodium induit une diminution de l’absorption de magnésium (Mg) par l’animal. Parallèlement, un bilan énergétique négatif (pour les fortes productrices : + 35 kg), des conditions climatiques défavorables (vent, froid et pluie…) entraînent une lipomobilisation consommatrice de Mg. La combinaison de ces deux phénomènes entraîne des risques de tétanie.
Si les conditions de mise à l’herbe sont plutôt favorables (transition, climat), le niveau de production modéré (inférieur à 30 kg), et si l’aliment minéral/vitamines mis dans le maïs contient du Mg (et qu’il a comporté du Mg durant le régime hivernal), les risques sont faibles. Il est alors possible d’éviter un apport complémentaire de magnésium. Dans le cas contraire, une complémentation de 50 g de Mg 15 jours avant la mise à l’herbe et durant la transition est nécessaire. Il faut éviter l’apport de Mg sous forme de chlorure dans l’eau de boisson car elle la rend amère et induit une baisse de consommation. Prévoir du sel dans tous les cas.
:: Pour ou contre le déprimage ?
Pour répondre à cette question, il faut en rappeler la définition littérale : le déprimage est le pâturage précoce des parcelles destinées à la fauche par des animaux. Son objectif est de nettoyer les parcelles de l’herbe résiduelle de l’automne/hiver, dans le but de favoriser le tallage des graminées.
Il démarre dès que le sol porte et se termine juste avant que l’épi soit consommable (stade épi à 5 cm du sol). Le déprimage améliore la qualité de la récolte et détériore très peu le rendement (sauf dans le cas d’un déprimage trop tardif). Le choix d’un déprimage ou non des parcelles dépend donc de 2 facteurs : voir le graphique ci-dessous.
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