« Il existe une véritable ambiance laitière dans la région »
Pour Henri Leleux : « La production laitière régionale est dans un environnement plus favorable par rapport à d’autres régions européennes ». - © DR
Quels enseignements sur l’élevage laitier régional peut-on tirer de l’étude Dairyman, à laquelle participe le Nord-Pas de Calais ?
L’intérêt de cette étude est de comparer les résultats techniques et économiques des exploitations laitières de 13 grandes régions de production en Europe de l’Ouest. Nous savons aujourd’hui que notre élevage laitier est aussi performant que ceux de ces « poids lourds » laitiers européens avec lesquels nous travaillons.
Les conditions de l’exercice de l’élevage laitier chez nous présentent certes des inconvénients, comme la proximité de 4,2 millions d’habitants. Mais nous possédons aussi de gros atouts : cette même proximité avec un énorme bassin de consommateurs, la présence d’entreprises de transformation du lait dans le secteur et un maillage dense de vendeurs en direct. La production laitière régionale est dans un environnement plus favorable par rapport à d’autres régions européennes.
Quels sont ses atouts et ses faiblesses ?
La force de l’élevage laitier dans le Nord-Pas de Calais tient dans la modeste pression animale sur le territoire régional : 70 bovins au km2. C’est ridicule par rapport à certaines zones des Pays-Bas. Globalement, on peut se réjouir de la bonne coordination ou adaptation entre le territoire, la surface de culture, et l’élevage. Nous ne devons pas faire face à une pression exagérée, qui bloquerait l’évolution et le maintien d’une production laitière importante.
Quant à sa principale faiblesse, elle reste la proximité des zones fortement urbanisées. Celles-ci compliquent les projets de création ou de rénovation de bâtiments d’élevages, du fait de la lourdeur des procédures administratives. Les perspectives d’accroissement du cheptel sont donc plus limitées.
Comment expliquer le phénomène de concentration de la production dans certains secteurs ?
On a, situés aux extrémités Ouest (Boulonnais, Haut pays d’Artois) et Est (Thiérache et Hainaut) de la région, des secteurs qui ont l’habitude de faire du lait, où la production laitière se maintient, voire progresse légèrement. Mais surtout se concentre dans des exploitations plus grandes. Tandis que dans une zone centrale plus peuplée, traditionnellement orientée davantage vers la culture, il est plus difficile de développer des élevages. La concurrence au niveau du travail y est également plus forte entre la production laitière et des productions moins astreignantes (grandes cultures). On touche à l’aspect sociétal du phénomène : l’astreinte de la traite apparaît dans ce contexte comme une contrainte encore plus visible, par rapport aux populations non rurales. Si la question d’abandonner le lait pour la culture se pose rarement chez les exploitants déjà en place, celle-ci se pose davantage chez les plus jeunes. C’est au niveau du changement de génération que la fracture se fait.
De quelle manière évoluent les élevages laitiers de la région ?
Le nombre d’élevages laitiers baisse, le nombre de vaches laitières diminue, mais le quota reste stable. Certains élevages de taille modeste s’arrêtent, et il existe des zones dans lesquelles on observe une certaine déprise. La production laitière se concentre dans des exploitations modernisées et prêtes pour relever les défis de demain.
Il existe une véritable ambiance laitière dans la région, où la tradition de faire du lait est loin d’être perdue comme dans l’Oise par exemple. Lancé il y a une dizaine d’années, le PMPOA a eu un effet levier en permettant la modernisation et la mise aux normes des exploitations laitières. On a choisi d’en faire un atout et non une contrainte pour garder une dynamique laitière importante, avec des élevages performants qui bénéficient d’un bon encadrement technique. La question se serait posée différemment si le parc de bâtiments était ancien et délabré. On a un outil exceptionnel, la production de lait restera dans le Nord-Pas de Calais.
Quel(s) défi(s) attend(ent) demain les éleveurs de la région ?
Le plus grand défi sera l’adaptation à la nouvelle donne économique, avec la contractualisation et l’après quota à partir de 2015. L’outil de travail est prêt, reste à adapter les systèmes d’exploitations et les conduites d’élevages, afin de pouvoir travailler dans des contextes économiques plus variables pour les producteurs laitiers.
Propos recueilis par MDS
Zoom sur... La production laitière dans la région en chiffres
Le Nord-Pas de Calais se hisse à la 5e position en terme de production de lait sur le plan national. La région compte 4 048 exploitations laitières, qui détiennent 185 000 vaches laitières et génèrent 9 500 emplois directs. La collecte totale s’élève à 1,262 milliard de litres, représentant 50 % de la production du nouveau bassin laitier Nord-Pas de Calais-Picardie-Ardennes (5,5 %), qui produit 10 % du lait français.
La production laitière occupe la 2e place en valeur, avec un chiffre d’affaires de 463 millions d’euros, soit 17 % du chiffre d’affaires total de l’agriculture régionale. Avec comme spécificité : la vente directe. 1 producteurs sur 5 a un atelier de vente directe de produits laitiers (900 au total, dont 90 vendent en direct exclusivement).
Quant à la production biologique dans le Nord-Pas de Calais, celle-ci a été multipliée par 2 depuis 2009, avec 13,8 millions de litres, soit 1,1 % du lait régional. 56 exploitations, converties ou en cours de conversion, fournissent 50 % des besoins de la région. 3 usines certifiées bio transforment 40 millions de litres de lait en « grande région ».
Portrait robot d’une exploitation laitière moyenne du Nord-Pas de Calais
- Main d’œuvre : 2,1 unité de main d’œuvre (UTA).
- Surface : 90 ha, dont 25 ha de prairies, 17 ha de maïs et 48 ha de cultures.
- Cheptel : 46 vaches laitières (VL), 124 bovins.
- Production : 315 000 l de quotas, 6 950 l de lait produit/VL et 1 500 kg de concentrés.
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