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Des pommes de terre au menu des bovins cet hiver

Les rendements records, l’effondrement des prix, les écarts de triage importants vont donner des disponibilités importantes de pommes de terre.

28 octobre 2011 Le Syndicat Agricole Vu 1014 fois
15 kg de pommes de terre par tête en complément du fourrage habituel est un maximum pour éviter les risques nutritionnels.
Une barre au garrot permet d’éviter aux animaux de releverla tête en mangeant et de limiter les risques d’étranglement.

15 kg de pommes de terre par tête en complément du fourrage habituel est un maximum pour éviter les risques nutritionnels. Une barre au garrot permet d’éviter aux animaux de releverla tête en mangeant et de limiter les risques d’étranglement. - © DR

La pomme de terre a de l’énergie à revendre ! Elle contient 70 % d’amidon,  ce qui explique sa richesse en énergie. Cette particularité en fait un aliment d’exception pour l’engraissement en accélérant les croissances. De plus, cet amidon se dégrade lentement dans l’intestin, ce qui permet une bonne assimilation. Il suffit de voir, en plein après-midi, les lots de taurillons couchés et transpirant pour deviner qu’ils mettent à profit leur ration. Riche en potassium comme toutes les racines (betteraves et endives), la pomme de terre est laxative et il faudra veiller à compenser cela avec un apport de sel de l’ordre de 50 gr par tête et augmenter le paillage. Elle est aussi riche en fer, iode et vitamine C.


Une valorisation facile
• En engraissement : l’association pulpe surpressée-pommes de terre est parfaite puisque la pulpe, même si elle est riche en énergie, est totalement démunie d’amidon. Dans ce cas, les pommes de terre permettent d’améliorer la qualité de la ration et de gagner facilement 100 gr de croissance, l’équivalent de 20 jours de présence.
Avec le maïs ensilage déjà riche en amidon (30 %), l’apport de pommes de terre contribue à augmenter encore cette concentration. Les recommandations de l’Inra conseillent de ne pas dépasser les 40 % d’amidon. Plus on dépasse ce seuil, plus l’acidose s’installera facilement si l’apport de fibres et l’équilibre PDIN/PDIE ne sont pas respectés. Une quantité de 15 à 20 kg de pommes de terre est un maximum pour éviter les troubles métaboliques.
• Pour les femelles : la pomme de terre trouvera aussi sa place, à condition de limiter son apport et de respecter les préconisations de rationnement. Lors de la lactation, les vaches ont tendance à maigrir, mais avec la pomme de terre l’état des animaux sera maintenu sans problème. Dans tous les cas, il faudra veiller à un apport de paille alimentaire conséquent.


La conservation
Ce n’est pas forcément un problème car l’offre se fait généralement au fur et à mesure du triage, qui s’échelonne d’octobre à juin selon les cas. Le stockage à l’abri du gel et de la lumière sur une plateforme bétonnée facilitera la reprise. Il faut éviter de couvrir les tubercules avec une bâche. De la paille sera préférable pour éviter le verdissement. En dessous de 15 °, le stockage peut durer de 1 à 3 mois. La présence de produit anti-germe à dose normale n’a pas d’incidence sur les animaux.
Par contre, l’absence de marché ou le refus de marchandises peut parfois libérer des quantités importantes impossibles à utiliser rapidement. Dans ce cas, des solutions existent, mais c’est plus compliqué et risqué. L’idéal est d’ensiler les pommes de terre avec du maïs (mais c’est trop tard !), de la pulpe surpressée ou de l’ensilage d’herbe, ou des cultures dérobées. Dans ce cas, il faut veiller à ce que les pommes de terre soient bien en contact avec le fourrage pour avoir une bonne montée en température et une sorte de cuisson du tubercule, qui diminuera à l’avenir les étouffements.
Selon l’Institut de l’élevage, on pourrait aussi ensiler seule la pomme de terre. Il faut l’écraser avec les roues du tracteur ou hacher grossièrement avec un rotavator. Le produit sera stocké dans un silo avec des parois latérales pour éviter l’étalement du tas. Il est impossible de tasser le silo, et il faut bâcher et lester la bâche avec du sable, du fumier ou autre. La marchandise va perdre 30 % à 50 % de son jus, un liquide de bonne qualité nutritive, mais qui sera perdu dans la fosse de réception selon la réglementation.
Plus cohérent, il serait possible de mélanger les pommes de terre avec de la paille ou du foin à raison de 10 %. L’aide d’une mélangeuse défibreuse peut alors assurer un mélange grossier, qui peut être tassé au fur et à mesure de l’opération. La densité du mélange avoisine les 900 à 1 000 kg/m3 et, au bout de 3 semaines, le silo aura perdu un tiers de sa hauteur.


Quel intérêt économique ?
Parce que l’élimination des écarts de triage est coûteuse et polluante, la destination en alimentation animale est intéressante pour celui qui en est encombré. Parce que la marchandise est propre et saine, l’éleveur peut y trouver un intérêt. La faible teneur en matière sèche (20 %) réduit la valeur alimentaire et augmente le coût de transport. L’irrégularité de l’offre oblige les éleveurs à se couvrir pour affourager leurs animaux sans risque de pénurie. L’offre de pommes de terre vient donc souvent se substituer à un fourrage déjà en stock, et ne peut par conséquent s’imposer en force. Au final, l’intérêt peut se situer entre 10 € et 15 € au départ de la ferme selon l’éloignement de l’élevage.

Daniel Platel

 

zoom sur...Quelques points à maîtriser

Le verdissement et les germes ne posent pas de problème en petite quantité mélangée à l’ensemble de la ration. Cependant, le verdissement correspond à la présence d’alcaloïdes toxiques pour les animaux.
Les étranglements : à quoi bon diminuer le coût alimentaire si les pertes d’animaux augmentent ? C’est bien un des freins importants à l’utilisation des pommes de terre crues. Ce risque est minimisé en plaçant les pommes de terre aux pieds des animaux, et surtout avec des mangeoires conçues de manière à ce que les animaux gardent la tête baissée en mangeant. Il est préférable aussi que tous les animaux aient une place à l’auge, car ils en sont très friands et trientla ration pour les manger en priorité, d’où l’intérêt de les broyer.
Les cailloux et la terre : les cailloux endommagent le matériel de distribution ou le « grugeoire ». Quant à la terre, elle ne pose pas de problème pour l’alimentation si elle est présente modérément. Par contre, c’est à proscrire pour la conservation en ensilage. Bien entendu, pour des vaches laitières, la terre est source de butyriques dans le lait.
Les transitions alimentaires : comme toute transition, il faut 3 semaines pour habituer les animaux et surtout créer la flore intestinale adéquate à la digestion de cet aliment. C’est pourquoi il faut s’assurer d’une régularité de l’approvisionnement,  sinon c’est une catastrophe pour assurer une croissance normale.
L’acidose : avec 70 % d’amidon, c’est de la dynamite quand le troupeau a des problèmes de boiterie ou des bouses liquides. C’est le haut de l’iceberg, l’acidose chronique est déjà présente depuis un bon moment. D’ailleurs, seule la pesée régulière des animaux permet de réagir rapidement et d’anticiper sur une crise aiguë d’acidose. Réagir, cela veut dire : paille à volonté et renouvelée chaque jour comme si c’était un foin. Respecter l’équilibre azote énergie, ne pas oublier l’apport d’un complément minéral adapté et l’apport de sel en vrac et en bloc. Dans certains cas, notamment avec des rations à plus d’un UF/kg de matière sèche et dans les 3 derniers mois d’engraissement, il faudra soulager le foie engorgé. Imaginez-vous faire chaque jour un repas de communion...
Une ou deux cures d’hépato- protecteur sera nécessaire pour faire repartir l’appétit
et la croissance.

 

 

 
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