Le Syndicat Agricole 19 septembre 2013 à 12h24 | Par Le Syndicat Agricole

ÉLEVAGE - Dacian Ciolos mise sur l’organisation des producteurs et des filières

Un renforcement de l’organisation des éleveurs et des filières est le principal soutien que peuvent attendre de la Pac réformée les secteurs du lait, de la volaille, des œufs et de la viande bovine.

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Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture.
Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture. - © E. Ansotte

Selon Dacian Ciolos dans un entretien accordé à Agra à l’occasion du Salon international de la production animale, le Space, qui s’est tenu du 10 au 13 septembre à Rennes (Bretagne), les restitutions à l’exportation « ne sont pas le bon outil pour régler un problème de compétitivité lié à des stratégies d’entreprises individuelles ».

Vous organisez une conférence sur l’après quotas laitiers le 24 septembre à Bruxelles. Excluez-vous toute forme de régulation de la production, à l’image, par exemple, des propositions du rapporteur parlementaire ?
Avec cette conférence, il s’agit de faire le point sur la situation actuelle du secteur lait. C’est une étape de plus d’un travail engagé depuis maintenant 3 ans. En 2010, j’ai proposé le paquet lait. Il est entré en vigueur en octobre 2012, avec un objectif : rétablir l’équilibre dans les relations au sein de la filière lait en donnant la possibilité aux producteurs de s’organiser davantage et, ainsi, de mieux négocier avec leurs partenaires. Par ailleurs, juste avant l’été, nous sommes parvenus à un accord sur la réforme de la Politique agricole commune. Là encore, avec des mesures importantes pour le secteur du lait : des mécanismes de gestion des crises plus efficaces et plus réactifs et des paiements directs mieux répartis, notamment pour les territoires les plus fragiles. C’est dans ce contexte qu’intervient la conférence du 24 septembre. Nous allons mettre l’ensemble de ces éléments sur la table, confronter les points de vue. Il ne s’agit pas d’exclure ou d’imposer telle ou telle idée, mais, étape par étape, de renforcer la filière.

La fixation à zéro de la ligne budgétaire pour les restitutions à l’exportation dans la nouvelle PAC sonne-t-elle le glas de cette forme de soutien pour le secteur de la volaille dès début 2014 ? La filière française avait compris que l’échéance serait fin 2014.
J’ai fait en sorte que la baisse des restitutions à l’exportation soit progressive, depuis l’année dernière, et je sais que les professionnels en ont conscience. Donc, en aucun cas, je n’accepte l’idée que cette suppression était brutale. Dans un contexte de prix élevés au niveau européen, de coût des céréales qui a diminué de façon non négligeable et de consommation solide, il n’était pas possible de les maintenir plus longtemps sans affecter la crédibilité de cet outil, et plus généralement la crédibilité d’une gestion efficace du budget de la PAC. Une PAC crédible est une PAC avec des outils de marchés efficaces, utilisés à bon escient. D’ailleurs, les États membres et le Parlement européen ont très clairement décidé de limiter l’usage des restitutions à l’exportation aux situations exceptionnelles, dans le cadre de la réforme de la PAC. Les restitutions ne sont pas le bon outil pour régler un problème de compétitivité lié à des stratégies d’entreprises individuelles. Ceci dit, il y a d’autres outils, y compris au sein de la PAC – et encore plus avec la nouvelle PAC, pour traiter le problème de compétitivité structurelle. Je prends un exemple : dès 2014 les États membres auront la possibilité de créer des « sous-programmes » de développement rural ciblés sur une filière en difficulté. Ces programmes peuvent aider à retrouver de la compétitivité, investir, valoriser, innover, s’adapter aux marchés en évolution, aussi. Il me semble que le plus important est de mettre en place ce type de stratégie collective sur quatre ou cinq ans – et je connais suffisamment bien la Bretagne pour savoir qu’elle a tous les atouts pour y parvenir.

Les producteurs français d’œufs estiment vivre une crise. La faute à une organisation professionnelle insuffisante et à leur faible poids face à la grande distribution ?
Le prix des œufs a fortement augmenté en 2012. Ces derniers mois, les prix sont revenus dans la moyenne des 5 dernières années suite à la reprise de la production. Je suis de près l’évolution de la situation. D’ailleurs, des mesures ont été prises par les professionnels, notamment en diminuant le placement de poules pondeuses, ce qui devrait aider à améliorer la situation. Mais, effectivement, comme pour la plupart des secteurs agricoles, le poids des producteurs au sein de la chaîne alimentaire est trop faible – et je sais que les autorités françaises ont engagé un travail dans ce domaine.

Concrètement, quel soutien le secteur de la viande bovine peut-il attendre de la nouvelle PAC ?
D’abord, le secteur bovin devrait bénéficier de l’effet redistributif assez conséquent de la nouvelle répartition des aides directes et en sortir renforcé. Il est également concerné très directement par une mesure comme l’aide à l’installation des jeunes étant donné le défi démographique particulièrement fort dans ce secteur. Mais je pense que le plus grand chantier pour le secteur bovin, ouvert par cette réforme, est celui de l’organisation. C’est un sujet qui a été peu débattu, peu visible, pendant le travail de préparation de la réforme. Il s’agit d’un dossier complexe. Mais il ne faut pas négliger les pistes ouvertes en la matière. Les organisations de producteurs dans le secteur bovin vont pouvoir négocier collectivement. Des aides supplémentaires seront disponibles pour créer des organisations de producteurs, des associations d’organisation de producteurs et des interprofessions. J’ajoute que les outils de crise ont été renforcés pour la viande bovine, avec une augmentation du prix de déclenchement de l’intervention à 85 % du prix de référence contre 70 % aujourd’hui.

Les nouvelles mesures de verdissement ne risquent-elles pas, notamment pour les secteurs fragiles comme l’élevage, d’être un frein à la compétitivité de l’UE sur le marché international ?
Le verdissement n’est pas un frein, au contraire. Il va mettre en valeur les apports bénéfiques de l’élevage pour l’ensemble de la société. Les prairies sont des réservoirs de biodiversité, des lieux de stockage du carbone. À travers le verdissement – c’est-à-dire, l’aide ciblée de 30 % des paiements directs pour soutenir des pratiques agricoles bénéfiques pour l’environnement –, l’élevage voit son rôle reconnu et encouragé. Plus concrètement, les éléments de flexibilité dans la mise en œuvre du verdissement prennent en compte beaucoup d’éléments de spécificité du système polyculture-élevage.

Les négociations sur la réforme de la PAC entre les institutions européennes sont-elles réellement terminées ? Y a-t-il encore des risques de dérapage ?
Un accord politique est intervenu, le 26 juin dernier, entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne – personne ne le remet en cause. Cet accord est intervenu avant que l’ensemble des éléments du budget 2014-2020 n’aient été fixés. Il est naturel que nous procédions aux ajustements techniques nécessaires pour finaliser le paquet législatif. Maintenant, cela doit se faire rapidement faute de quoi, effectivement, cela peut poser des problèmes, en particulier pour les programmes de développement rural et l’adoption de la base juridique pour les paiements en 2014.

Quels sont les dossiers qui rendent délicate la négociation sur les règles de transition de la nouvelle PAC ?
Il n’y a pas de raison de rendre cette négociation délicate. Il y a un accord sur la réforme de la PAC, qui fixe un cadre très clair. Il reste un nombre limité de points à régler – notamment quelques mesures de développement rural sur lesquelles nous devons affiner le texte – les mesures agroenvironnementales par exemple. Cela doit être fait avant la fin de l’année.

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