Comment gérer les volumes et les prix du lait ?
Près de 90 producteurs de la région Nord-Pas de Calais vont prendre l’aide à la cessation d’activité laitière, fin mars 2009. - © Le Syndicat Agricole
Voilà la grande question que se posent depuis quelques mois les producteurs en France et dans la région en particulier. On croyait avoir résolu les problèmes depuis qu’en 1984 étaient arrivés les quotas. On produisait en fonction de la demande. Les stocks coûteux avaient disparu. Les prix se stabilisaient grâce à un système d’intervention. Mais l’Europe a trouvé que ce système d’intervention devait aussi être contenu en baissant les prix et en compensant par une aide directe. En même temps, une augmentation progressive des quotas était programmée pour 2006, 2007 et 2008.
Toute cette belle construction s’est déréglée en 2007 quand les matières premières ont flambé. Les cours du beurre et de la poudre de lait se sont envolés alors qu’ils avaient baissé les années précédentes malgré une production en-dessous des quotas. Du coup, la matière première de la poudre et du beurre a manqué. La production a donc augmenté de 4 % en France, soit un milliard de litres entre le 1er octobre 2007 et le 30 septembre 2008. Les accords de vente de lait entre les producteurs et les usines, signés en 2006 pour 2007 n’ont pas permis de répercuter tout de suite la hausse des cours. Elle n’a donc pu se faire qu’en 2008 : + 80 € par 1 000 litres de lait au premier semestre. Mais les usines ont remis en cause cet accord au quatrième trimestre 2008, arguant de baisse des prix de vente, ce que contestent les producteurs. « Ce qui a baissé, dit ainsi Armel Lesaffre, producteur dans le Ternois, membre du Conseil d’administration de la Fédération régionale des producteurs de lait (FRPL) de Nord-Pas de Calais-Picardie et membre du bureau de l’ADPL, ce sont les prix des produits industriels (beurre et poudre). Or, ceux-ci ne représentent que 20 % de la transformation. Les 80 % restants vont aux produits de grande consommation et ne sont pas affectés par une baisse des prix.
« En 2008, continue Armel Lesaffre, il faut donc que les producteurs s’investissent dans la filière et que la régulation se fasse au niveau, non pas régional mais français et même européen. Les producteurs doivent mieux s’organiser devant la grande distribution. Ayons le mérite de nous mettre autour d’une même table, producteurs et transformateurs, industriels et coopératives, et travaillons dès maintenant à d’autres systèmes de régulation pour l’après-quotas. »
Cela peut passer par une contractualisation collective, une gestion collective des volumes. L’idéal serait de lisser la production sur douze mois. « Si l’Europe se désengage avec la fin des quotas et la fin des restitutions, c’est à nous de trouver au niveau de toute la filière de nouveaux schémas. Si les prix descendent au deuxième trimestre 2009 de 300 € à 240-250 € les 1 000 litres, la rentabilité sera difficile à trouver. Des producteurs arrêteront et ce sera définitif. Près de 50 producteurs vont prendre l’aide à la cessation d’activité laitière, fin mars 2009. C’était trois fois plus en 2008 ainsi qu’en 2007, mais cela sera encore plus en 2010 si le prix du lait continue de baisser et avec la date butoir des mises aux normes des bâtiments d’élevage. À l’heure actuelle, les deux tiers des installations se font dans le lait, mais les jeunes veulent maintenant moins d’astreintes et plus de revenus. Or, la valeur ajoutée est confisquée par la grande distribution. Il faut aller chercher cette valeur ajoutée. L’observatoire des marges doit s’accompagner de systèmes de sanctions. »
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