Le Syndicat Agricole 25 novembre 2016 à 11h00 | Par Le Syndicat Agricole

Ecophyto 2 passe à la vitesse supérieure

En 2017, le plan Ecophyto entre dans une phase décisive avec le lancement effectif des certificats d'économie. Les professionnels des Hauts-de-France s'y préparent.

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Plus 200 personnes ont assité à la table-ronde réunissant plusieurs acteurs engagés dans le programme Ecophyto régional. © DR Christian Huyghe, directeur scientifique de l'Inra et membre du groupe de création de CEPP. © DR Franck Guiard pratique la protection intégrée depuis 2005. © DR Damien Bricout, agriculteur du Ternois, vient de rejoindre le groupe « 30 000 ». © DR

Fermes Dephy, Certiphyto, appels à projets... Depuis 2008, le plan Ecophyto a engagé irréversiblement la profession agricole vers la réduction de la consommation de produits phytosanitaires. Opérationnelle depuis avril dernier, la version 2 du dispositif ambitionne de diminuer l'utilisation d'intrants de 25 % d'ici à 2020 et de 50 % en 2025. Pour atteindre ces objectifs, l'État change d'angle d'attaque. Auprès des agriculteurs, ce sont désormais les distributeurs de produits, notamment les coopératives, qui devront promouvoir des pratiques plus économes et réduire leurs ventes dans les cinq prochaines années. De nouvelles dispositions qui ont suscité de vifs débats lors de la journée régionale dédiée au programme Ecophyto Hauts-de-France le 16 novembre à Arras.

Les certificats d'économie, quèsaco ?
Le ministre de l'Agriculture a créé les certificats d'économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP), inspirés des certificats d'économie d'énergie. « Ils seront obtenus par les distributeurs en échange de la mise en place d'actions respectueuses de l'environnement », explique Christian Huyghe, directeur scientifique de l'Inra et membre du groupe de création de CEPP. Chaque vendeur va se voir ainsi fixer, dès la fin de l'année 2016, un objectif de certificats (et donc de réduction des ventes) à atteindre en 2021. Une mesure qui pourrait, dans certains cas, s'avérer périlleuse à mettre en place dans la région. « L'agriculteur évolue dans un écosystème régi par des contraintes (cahier des charges, marché, aléas...), rappelle Christian Durlin, président du pôle légumes région Nord. Si les expérimentations avancent, certaines pratiques ne sont pas encore transposables efficacement à grande échelle ». « Les productions des Hauts-de-France sont régulées et correspondent en majorité à une quantité et à une qualité que nous devons maintenir », complète Arnaud Bardon Debats, directeur agricole chez Bonduelle. Les CEPP doivent permettre à terme de rendre compte des économies d'intrants réalisées sur le territoire. À noter que les produits phytos ne pourront plus être vendus en libre-service aux particuliers à compter du 1er janvier 2017.
À cette même date, leur utilisation sera aussi interdite dans les espaces verts.

Vulgariser les méthodes innovantes
Ces programmes de réduction de l'emploi de produits modifient la conduite des exploitations et par conséquent, le quotidien des agriculteurs. Ils imposent une augmentation du temps de travail et du nombre de passages dans les parcelles, ce à quoi les exploitants ne sont pas toujours préparés. « Si beaucoup se lancent aujourd'hui, il peut être difficile de s'approprier la technique », souligne Vincent Delannoy, délégué régional de l'ITB, ce qui rebute certains professionnels. « Complexe ne veut pas dire compliqué », réplique Christian Huyghe. « Nous devons veiller à rendre simples et attrayantes les innovations de demain pour mobiliser davantage », avertit-il. Les intervenants ont clôturé la table ronde en évoquant la notion de « coresponsabilité » - des agriculteurs jusqu'aux consommateurs en passant par les industriels - essentielle selon eux à prendre en compte pour poursuivre de manière objective la réduction des produits phytosanitaires dans les plaines des Hauts-de-France.

Simon Playoult

Dans votre journal de la semaine prochaine : « Dephy Expe », premier bilan des expérimentations pluriannuelles Ecophyto menées par les différents instituts de recherche sur les parcelles d'essais des Hauts-de-France.

Témoignages

Depuis une décennie ou quelques semaines, ils s'engagent pour l'environnement

Plus de 2 600 exploitations françaises composent à ce jour le réseau des fermes Dephy. La région Hauts-de-France n'est pas en reste puisque 127 agriculteurs ont intégré la démarche. À l'image de l'EARL Guiard Le Bucquoy, située à Audigny. Cette ferme du coeur de la Thiérache pratique la protection intégrée (PI) des cultures depuis 2005, avant même la publication du plan Ecophyto. « Notre objectif initial était de diminuer l'utilisation du pulvérisateur, pour des raisons sociétales notamment », témoigne Franck Guiard. L'exploitant investit dans une houe rotative, une rampe de traitement localisée, implante des bandes enherbées, entre autres, et s'engage à réduire drastiquement l'utilisation de produits (MAE « Phyto »). Après plusieurs essais (choix variétaux, dates de semis...) et « quelques erreurs » au départ, les résultats sont au rendez-vous aujourd'hui. « Perdre du rendement ne me fait plus peur à partir du moment où la marge brute est maintenue, poursuit-il. En céréales, nos taux de protéines sont à présent comparables à ceux obtenus en conventionnel ».
Aux côtés de Franck Guiard, Damien Bricout, agriculteur de Warluzel (62), fait figure de petit jeune au sein du réseau Dephy. Lui vient de s'engager à mettre en oeuvre des mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) sur sa ferme dont les principales actions consistent à réduire de 25 % l'IFT herbicides et de 30 % l'IFT hors-herbicides. « Les résistances sont de plus en plus nombreuses sur nos cultures, particulièrement les vulpins, indique-t-il. Il est temps de raisonner, de réfléchir autrement et de retrouver les racines du métier ». Et de manière collective puisque Damien Bricout a rejoint le groupe « 30 000 », une communauté nationale d'agriculteurs unie autour des pratiques raisonnées. Il pourra ainsi comparer et évaluer ses résultats techniques et économiques avec d'autres tout au long de l'année.

S. PL

Hauts-de-France : une enveloppe de plus de 4 MEUR dédiée à Ecophyto

En 2016, 30 millions d'euros (MEUR) ont été dédiés au plan Ecophyto dans l'ensemble des régions. Cette somme s'additionne au financement de 41 MEUR géré par l'Onema*. La répartition du montant se base sur les chiffres de vente des produits phytos. Les régions qui ont perçu le plus sont donc la Nouvelle-Aquitaine (4,81 MEUR), les Hauts-de-France (4,39 MEUR) et le Grand-Est (4,11 MEUR). L'Agence de l'eau Artois-Picardie est en charge de cette enveloppe.
* Office national de l'eau et des milieux aquatiques.


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