Le Syndicat Agricole 10 avril 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Économie - « Si la France ne change pas, elle passera du déclin relatif au déclin absolu »

Nicolas Baverez, spécialiste de l’économie française, a exposé ses analyses à la Cité des échanges de Marcq-en-Barœul (59), jeudi 3 avril dernier.

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François Macé, directeur général du Crédit Agricole Nord de France, Bernard Pacory, président du CA Nord de France ont accueilli Nicolas Baverez.
François Macé, directeur général du Crédit Agricole Nord de France, Bernard Pacory, président du CA Nord de France ont accueilli Nicolas Baverez. - © Y. Delattre

Invité d’honneur de la réunion d’information économique 2014 du Crédit Agricole Nord de France, Nicolas Baverez, essayiste, auteur de 18 ouvrages et avocat parisien a présenté sa vision sur l’état financier actuel du monde, de l’Europe puis de la France. Normalien et énarque, l’économiste s’exprimait sur un thème particulièrement d’actualité : « changer de politique ? ». Le discours alarmiste, qu’il tient depuis plusieurs années dans différentes publications, a été salué par une assemblée d’environ 400 personnes. Il en émane que la France se trouve à un tournant décisif de son histoire au niveau économique.


La fracture Nord-Sud s’amenuise
Depuis plus de 25 ans, un grand concept se dégage sur la scène internationale : les pays du Sud, qui représentent 48 % des exportations mondiales, seraient en constant développement, à l’inverse du déclin économique des pays du Nord. « Cette tendance n’est plus vérifiée et le Nord retrouve du dynamisme », affirme Nicolas Baverez, « les États-Unis ont restructuré leurs finances, affichent une croissance de 3 %, un coup du travail abaissé de 10 % et ont entamé leur réindustrialisation ». L’Europe, quant à elle, sort de la récession avec 1,2 % de croissance cette année. Les pays anglo-saxons se portent bien ainsi que l’Allemagne et l’Irlande ; l’Espagne et l’Italie présentent des signes encourageants avec de nouveaux gouvernements. En 2014, la Grèce devrait même retrouver de la croissance. A contrario, la Chine et son nouveau président Xi Jinping, confronté à l’augmentation massive de sa population, adopte un grand programme de réformes économiques « sans précédent depuis Deng Xiaoping » (années 80). D’autres pays du Sud arborent de sérieux signaux de décadence : Inde, Turquie, Brésil, Indonésie, souffrent de la corruption, de problèmes de droit et d’économie. « Le clivage n’est plus Nord-Sud mais entre ceux qui sont capables de se réformer et ceux qui n’y arrivent pas », souligne l’économiste. À cet exercice, l’Europe pourrait donc tirer son épingle du jeu, sous plusieurs conditions.


Des élections européennes décisives
Dans ce contexte international, l’Europe est à un moment clé de son histoire. Certes l’économie tend à se stabiliser, mais la zone se doit de relever de grands défis : déflation, problèmes bancaires, dépendance énergétique, chômage des jeunes (en 2013, 400 000 jeunes européens sont entrés en Allemagne pour trouver du travail). « Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives avec pour la première fois véritablement, la menace du populisme dans de nombreux pays. Il va falloir gérer le chantier géopolitique, avec de fortes pressions périphériques (Russie, Moyen-Orient), en renforçant davantage le rôle sécuritaire de l’Otan, et mener des réformes structurelles créatrices d’emploi et de production », analyse Nicolas Baverez. À son niveau, la France, avec les discours de certains responsables politiques à l’encontre d’une Europe plus forte, est « le principal risque de la zone euro ».


La France, point noir de la zone euro, doit se réveiller
Selon l’essayiste, la France a perdu un point de croissance par an depuis les années 70. « L’influence de notre pays en Europe et dans le monde diminue. Nous avons une difficulté historique à acclimater le changement, si la France ne change pas, elle passera du déclin relatif au déclin absolu ». Pour Nicolas Baverez, le pays est aussi à un moment critique. La dette publique se cesse de s’allonger, elle va bientôt atteindre 100 % du PIB national, ce qui équivaut à une zone cruciale. « On est bien à un moment où l’histoire bascule. Cela est comparable au stade décisif de la maladie où l’on va soit vers la guérison soit vers la disparition », poursuit l’intervenant. Que faire pour rebondir ? « La priorité est de réarmer la production : relever le taux de marge, restreindre les charges pour les entreprises et non pas avec un CICE (crédit impôt compétitivité emploi) qui a davantage bénéficié à la Poste, secteur protégé, alors que PSA joue sa survie et n’a économisé que 100 M€ avec cette mesure », assure Nicolas Baverez. Il convient d’être sérieux dans les dépenses publiques afin qu’elles soient productives, « leur diminution sera déterminante pour la crédibilité du nouveau gouvernement ». Pour lui, un pacte social est premièrement envisageable, avec notamment un choc de compétitivité et la sortie des 35 heures pour contrer le chômage. Secondairement, l’économiste prône un pacte européen avec l’Allemagne avec une politique monétaire expansionniste et un assainissement budgétaire sur le long terme. « Ce n’est pas désespéré. Il y a dix ans, l’Allemagne était présentée comme le malade de l’Europe, à l’image de la France aujourd’hui. Nous sommes encore un grand pays développé et nous avons la chance d’avoir une économie diversifiée : agriculture, place financière, infrastructures, défense, diplomatie, gastronomie, paysages, patrimoine... », explique Nicolas Baverez. Et de conclure : « Il faut arrêter avec les artifices, seules les thérapies de choc, rapides, fonctionnent. Soit nous mettons toutes ces politiques en place, soit nous serons rattrapés par un séisme financier du même ordre qu’en Grèce il y a 4 ans. Notre avenir ne dépend que de nous ! ».

Simon Playoult

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