Le Syndicat Agricole 27 mars 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Drainage : un réseau indispensable sous pression

Excès d'urbanisation, lourdeurs administratives... Le point sur un réseau menacé mais qui continue à s'étendre, au bénéfice de l'agriculture.

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Michel Walle, président de l'Association autorisée de drainage-irrigation. © Le Syndicat Agricole « Toute la collectivité, et pas seulement les agriculteurs, profitent du réseau de drainage », souligne Michel Walle. © J.C. Gutner

Du canton d'Aire-sur-la-Lys à Béthune, en passant par Lillers, le territoire est presque entièrement recouvert par un réseau de drainage. Depuis maintenant 40 ans, l'Association autorisée de drainage-irrigation (Asadi) veille en effet à l'évacuation des eaux sur ce secteur où les routes et les champs sont souvent inondés. Depuis 1975, 14 000 ha de cette zone ont ainsi été drainés. L'assemblée générale de l'Asadi avait lieu le mercredi 11 mars à Vieille-Chapelle. Michel Walle, son président depuis neuf ans et adhérent à l'association depuis 18 ans, répond à nos questions.


Il y a 40 ans, naissait l'Asadi. Comment s'est déroulée cette création et quelle est la situation actuelle de l'association ?
L'Asadi a été créée en 1975 suite à quelques années pluvieuses, notamment celle de 1974. L'armée était même venue aider les agriculteurs à ramasser les pommes de terre à la main ! Cela a pris des mois. En plus de cela, la conjoncture n'était pas favorable. Les responsables syndicaux locaux ont donc essayé de trouver une solution. Des voyages ont été effectués aux Pays-Bas pour observer ce qui était fait là-bas en matière d'hydraulique. Puis, une association a été créée. Après un an de démarches administratives, l'Asadi, Association autorisée de drainage-irrigation, voyait le jour. À sa création, elle comptait environ 200 adhérents agriculteurs ; aujourd'hui, ils sont 500. La réussite de l'association tient au fait que, dès sa création, elle a su fédérer tous les acteurs. Nous travaillons main dans la main, à travers un partenariat fort, avec nos interlocuteurs.


14 000 ha ont été drainés dans votre secteur en 40 ans. Comment les travaux évoluent aujourd'hui et quels sont les projets en cours ?
Jusqu'en 2007, il y avait des projets tous les ans. Aujourd'hui, nous essayons d'en regrouper plusieurs pour faire baisser les charges et à cause des lourdeurs administratives. Par exemple, nous réalisons des projets de 400 ha sur deux ans. Les années pluvieuses, nous pouvons monter à 600 ha.
Actuellement, il y a un projet de 320 ha en cours à Aire-sur-la-Lys. Nous espérons pouvoir réaliser les travaux de drainage en 2015, après la moisson. Nous attendons également que le Conseil général adopte un second projet de 500 ha aux alentours d'Aire-sur-la-Lys et de Saint-Venant.


Quel est le coût d'un chantier de drainage ?
Le coût est de 120 EUR/ha, à la charge des agriculteurs qui remboursent sur une période de 15 ans. Les réparations sont prises en charge à 50 % par l'association, à 50 % par les agriculteurs.


Vous évoquiez des lourdeurs administratives. Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulé des travaux de drainage ?
Généralement, un agriculteur nous appelle pour nous faire part d'un besoin dans un secteur. Nous organisons alors une réunion en mairie avec tous les voisins, nous créons un « casier ». Il nous faut la signature du propriétaire du terrain comme celle de l'exploitant.
C'est une véritable démarche de concertation. Nous contactons le Symsagel, Syndicat mixte pour le Schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Lys, ainsi que les communautés de communes concernées, à qui nous envoyons les plans et avec qui nous organisons des réunions. Selon la zone, ils donnent leur feu vert ou non.
Nous lançons alors les études : l'étude topologique qui permet de déterminer par où l'eau va être évacuée, l'étude pédologique, la détermination des zones humides, suivies par la présentation des avants-projets aux agriculteurs, aux mairies et à tous les partenaires.
Le bureau d'études monte un dossier et réalise les études d'impacts. Le dossier est déposé à la Mise, la mission inter-services de l'eau (DDTM), qui doit valider le projet : cela prend parfois un an. Suivent alors une enquête administrative puis une enquête publique. Après un rapport des commissaires enquêteurs, le dossier repart à la Mise. Une proposition est faite au Coderst, le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques, qui peut ajouter certains éléments. Après le projet d'arrêté, le préfet doit encore donner son accord. Tout cela prend quatre à six ans.


Et cette situation entraîne une augmentation du « drainage sauvage »...
Certains agriculteurs drainent en effet tout seuls, sans passer par l'association et donc sans autorisation, car ils en ont assez d'attendre et parce que c'est trop compliqué (cette pratique est légale jusqu'à 20 ha/exploitation). Le problème est que, dans ce cas, aucune étude n'est réalisée et les travaux peuvent être mal effectués. Dans le Pas-de-Calais il y a encore très peu de drainage sauvage, mais cela se développe. Dans le Nord, et notamment dans les Flandres, c'est un peu plus courant. Nous gardons tout de même un avantage : en passant par l'association, les coûts des travaux sont moins élevés.


Pouvez-vous nous rappeler comment fonctionne un système de drainage. Quel est le rôle d'un réseau de drainage agricole ?
Les travaux sont réalisés à l'aide d'une excavatrice. Ils s'étalent généralement sur deux ans, avec les trois quarts réalisés la première année. Un drain est installé dans le sol tous les 10 à 15 m ; l'eau arrive ensuite dans un fossé ou un collecteur, puis est finalement évacuée dans la mer. L'objectif est de rabattre la nappe, de faire éponge les jours de forte pluie. Grâce au drainage, nous avons également pu mettre en route un système d'irrigation pendant les années de sécheresse. Cela permet en outre un meilleur rendement, notamment sur pomme de terre.
Tout le territoire, toute la collectivité en profite. Dans certaines zones, des routes communales étaient inondées tous les hivers. Depuis les installations de drainage, cela n'arrive plus.


Quel est l'état du réseau aujourd'hui ?
Le réseau est menacé. La population de nos communes a doublé, voire triplé ces dernières années. Des maisons se construisent partout, et n'importe où : sur des drains, des collecteurs. De plus, les gens laissent pousser des arbres à ces endroits et les racines font bouger le réseau. À cela s'ajoute la prolifération des rats musqués qui démolissent tout, rentrent dans les drains...
Financièrement, pour l'instant, nous tenons l'équilibre. Depuis 40 ans, la cotisation de 4 EUR/ha n'a pas changé, mais nous nous demandons si nous allons pouvoir la maintenir à ce niveau pour pouvoir entretenir le réseau. Ce que nous voulons, c'est agir pour le maintien d'une agriculture dynamique et performante dans la région.

Propos recueillis par Laura Béheulière

Le drainage en région

- 160 000 hectares de SAU sont drainés dans le Nord-Pas de Calais
- 20 % de la SAU régionale a fait l'objet d'un aménagement hydraulique : 33 % de la SAU du Nord et 9 % de celle du Pas-de-Calais.
- Plus de 75 % de la SAU des petites régions agricoles de la Flandre maritime, de la Flandre intérieure et de la plaine de la Lys est drainée.
Source : Draaf Nord-Pas de Calais.


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