Le Syndicat Agricole 30 juillet 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Disparition annoncée de près d’un tiers des éleveurs

Près d’un tiers des éleveurs de bovins viande pourraient disparaître dès cet automne, annonce Jean-Pierre Fleury, président de la FNB

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Depuis 2014, le prix payé au producteur affiche une baisse de 0,60 €/kg, soit une perte sèche d’environ 300 € par animal (pour un poids moyen de 400 kg).
Depuis 2014, le prix payé au producteur affiche une baisse de 0,60 €/kg, soit une perte sèche d’environ 300 € par animal (pour un poids moyen de 400 kg). - © Le Syndicat Agricole

Le calme apparent qui règne cet été est bien trompeur. La sourde violence de la crise continue sa basse besogne. Dramatique, le contexte l’est pour les éleveurs laitiers et bovins sans aucune distinction. Les annonces récentes en provenance de l’Union européenne semblent bien tardives au regard de la situation des éleveurs français. « On estime qu’aujourd’hui que près d’un tiers des 80 000 exploitations bovins spécialisées va disparaître dès cet automne. Ce qui est colossal ! », déclare Jean-Pierre Fleury, le président de la Fédération nationale bovine (FNB) à la sortie d’une réunion avec le ministre Stéphane Le Foll, le mardi 26 juillet. Paradoxe incompréhensible et symbole navrant de cette crise, ce tiers correspondrait aux éleveurs ayant donné un focus tout particulier à la qualité en investissant dans des outils de production modernes. Le secteur bovin subit depuis deux ans une crise sans précédent. Depuis 2014, le prix payé au producteur affiche, selon Jean-Pierre Fleury, une baisse de 60 centimes d’euros le kilo, soit une perte sèche d’environ 300 euros par animal (pour un poids moyen de 400 kg).

Relancer l’export et assainir le marché intérieur
À l’occasion de la rencontre, les représentants de la filière bovine ont souhaité alerter le ministre sur la gravité du moment. « Les éleveurs n’attendront pas trois mois de plus », prévient le président de la FNB. Des mesures structurantes sont attendues par toute la profession pour redresser les cours, et en particulier sur deux volets majeurs : l’export et l’assainissement du marché intérieur. En effet, un des moyens proposés par les producteurs pour soulager la crise actuelle serait d’augmenter les ventes à l’international. L’Egypte, l’Iran, la Turquie et la Lybie sont des pays prioritaires selon la FNB. « Dans ces pays, l’export ne fonctionne pas », déplore Jean-Pierre Fleury. Deux raisons principales sont avancées. La rédaction du certificat sanitaire est trop long et donc inadaptée pour ces pays qui présentent des marchés volatils ; la réactivité française est trop faible. Autre point problématique relevé : celui des cautions, des garanties et des crédits exports. « Il y a une méconnaissance de ces dispositifs », souligne le représentant de la FNB. Selon lui, de nombreuses PME françaises voudraient se projeter à l’export mais pâtissent d’un handicap de moyens. « Les grandes entreprises du secteur qui pourraient exporter, préfèrent verrouiller le marché », remarque Jean-Pierre Fleury, afin de maintenir les prix bas sur le marché intérieur. À ce titre, la FNB demande solennellement des comptes à la plateforme « Viande export » lancée en octobre 2015. Les représentants des producteurs aimeraient connaître les tonnages exportés depuis sa création.
Par ailleurs, la FNB propose un autre axe de réflexion : assainir le marché intérieur en accompagnant financièrement les catégories d’animaux bas de gamme dans les secteurs laitier et bovin. « Un dispositif d’aide alimentaire pourrait être donné à ces structures pour les sortir du marché alimentaire classique », explique Jean-Pierre Fleury. Une partie de l’enveloppe (49,9 millions d’euros) octroyée récemment par Bruxelles pourrait être utilisée dans ce but. L’objectif, rappelle la FNB, est de trouver la bonne formule pour que les secteurs laitier et bovin, tous deux en crise, soient gagnants. En conclusion de cette réunion, la Fédération bovine dit en ressortir avec plus de questions que de réponses. Selon elle, la filière doit désormais prendre, elle aussi, ses
responsabilités.

Réaction : « Le modèle familial risque aussi de disparaître »

Pour Alain Dupont, président de la section bovine de la FDSEA du Nord, tous les voyants sont au rouge pour l’élevage bovin régional. « Historiquement, la plupart des éleveurs bovins du Nord-Pas de Calais ne sont pas spécialisés, explique Alain Dupont. Nous sommes plutôt des polyculteurs-éleveurs qui ont toujours cultivé des céréales à côté de l’élevage bovin, ce qui nous permettait de mieux résister aux crises que nos collègues des autres régions. La bonne moisson de 2015 avait ainsi compensé en partie les difficultés liées à l’élevage. Cette année, les rendements étant catastrophiques, nous ne pourront pas compter sur cette « bouée de secours » pour équilibrer les trésoreries ». À l’instar du président de la FNB, ce dernier s’attend effectivement à ce qu’un certain nombre d’éleveurs arrêtent dans les semaines qui viennent :
« L’an dernier, beaucoup avaient déjà obtenu des reports d’annuités et de cotisations sociales, constate-t-il. Ces éleveurs ne pourront pas bénéficier d’une nouvelle année blanche ; car il faudra bien qu’ils remboursent un jour leurs prêts et qu’ils payent leurs charges sociales ». Au delà de la disparition des élevages, c’est le modèle de l’exploitation familiale qui, selon lui, risque de disparaître également. Concernant l’assainissement du marché intérieur, « toutes les initiatives qui permettent de dégager des volumes du marché français, afin de favoriser la hausse des prix de la viande bovine, sont bonnes à prendre », affirme-t-il. D’autant que la décapitalisation des troupeaux allaitants et laitiers a déjà commencé et qu’elle devrait amplifier la baisse des cotations. Sur l’export, Alain Dupont s’interroge sur l’efficacité de la plateforme « Viande export » : « Le système est verrouillé par Bigard, le principal abatteur français, qui n’a pas intérêt à une remontée des cours ».

MDS

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