Le Syndicat Agricole 05 novembre 2012 à 09h53 | Par Le Syndicat Agricole

Développement - Semis direct: « les freins ne sont que dans les esprits »

Des rendez-vous techniques sont organisés avec les Geda de la région pour le Festival des groupes.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le Geda du Haut-Pays est un lieu d’échanges sur la pratique du semis direct (ici, lors d’une démonstration de différents matériels).
Le Geda du Haut-Pays est un lieu d’échanges sur la pratique du semis direct (ici, lors d’une démonstration de différents matériels). - © Le Syndicat Agricole

Jean-Luc Maeyeart est agriculteur en Gaec à Verchocq dans le Haut-Pays (Pas-de-Calais), sur une exploitation laitière de 235 ha et de 120 vaches laitières Prim’Holstein. Principale caractéristique : le semis direct est pratiqué sur 100 % de l’exploitation. Cela présente des intérêts économiques (réduction des coûts de mécanisation et gain de temps), mais aussi agronomiques (préservation des sols). Mais cela ne s’est pas fait sans contraintes, car l’exploitant a dû repenser tout l’assolement pour maintenir des rendements acceptables et conserver une autonomie fourragère. Et en parallèle, son exploitation a été certifiée ISO 14001. Témoignage d’un agriculteur qui n’a pas peur de bousculer les habitudes.

Un groupe « semis direct » au sein du Geda
Après son installation en 2004, Jean-Luc Maeyeart adhère au Geda du Haut-Pays et participe aux travaux du groupe « semis direct ». Avec les agriculteurs du Geda, Joël Rolin, maire de la commune de Reclinghem, met en place une réflexion sur le problème de l’érosion, qui va aboutir à l’achat par le groupe d’un semoir direct et à la mise en place d’une expérimentation sur plusieurs années. Le syndicat mixte, l’Agence de l’eau, la Communauté de communes financent 70 % du semoir. En contrepartie, les agriculteurs engagent une parcelle en essai sur 6 ans, afin de créer des références. Le groupe « semis direct » du Geda lance alors une série d’essais, un cycle de formation, des journées d’échanges et de comparaison de données chiffrées ou de bonnes pratiques. L’aventure du semis direct est en marche dans le Haut-Pays. « Le Geda a constitué un lieu d’échanges sur la pratique du semis direct. Les expériences des adhérents ont donné des solutions pour surmonter certains problèmes, comme l’introduction et la gestion des couverts végétaux, ou l’adaptation des dates de semis. »

100 % de l’exploitation en semis direct : un pari radical et rapide
Rapidement, Jean-Luc Maeyeart fait le constat qu’il ne porte pas un grand intérêt au matériel et que sa vraie passion, c’est l’élevage (il a passé 10 ans au Contrôle laitier en tant que technicien). Son idée : chercher à limiter au maximum les coûts de mécanisation. Il commence par tester les techniques culturales simplifiées. Puis en 2009, il achète pour son Gaec un semoir direct dans le cadre d’un PVE (Plan végétal pour l’environnement) et revend sa charrue. Le but : passer toute l’exploitation en semis direct. Son idée générale est de rechercher l’autonomie maximale : le semis direct pour moins de passages sur les parcelles (et donc moins de matériel nécessaire et moins de gasoil consommé), l’herbe pour l’alimentation des vaches, les légumineuses pour diminuer les intrants. Jean-Luc Maeyeart explique : « Je voulais avoir un système d’élevage performant, le système le plus durable possible, mais sans aller jusqu’au bio ». L’agriculteur teste, expérimente et se passionne de plus en plus pour l’agronomie : « En semis direct, on fait des choses plus réfléchies. Ce passage au semis direct a eu des incidences sur les rotations culturales, puisque tout l’assolement a été revu, tout comme la ration des vaches laitières. »
Concrètement, Jean-Luc Maeyeart réalise beaucoup de semis sous couvert au printemps, comme de la luzerne sous couvert d’avoine. « Il ne faut pas avoir peur de sortir des itinéraires classiques. Sur l’exploitation, on sort 16 tonnes de matière sèche en mélange de luzerne et méteil, dans des terres qui feraient 8 tonnes de MS en maïs ».

Un véritable esprit entrepreneurial
Jean-Luc Maeyeart a suivi la formation Renfort, une formation de responsables (10 jours/an sur 3 ans) ce qui lui a permis d’affiner sa stratégie. « J’ai pris conscience de ce que je voulais faire, d’où je venais et où je voulais aller. » En plus de participer aux travaux du Geda du Haut-Pays, l’agriculteur est membre du groupe Terre Avenir. Avec 25 autres agriculteurs de la région qui voulaient vraiment s’engager dans l’agriculture durable, ils ont constitué un groupe de réflexion d’entreprise et de gestion stratégique. Sur le Gaec, cela a amené à une certification ISO 14001, une norme essentiellement environnementale et sociale. « L’exploitation est ainsi positionnée dans un système de management environnemental, avec des indicateurs précis qui permettent d’être dans une boucle d’amélioration perpétuelle. Il n’y a pas de valorisation financière de cette certification, car toutes les productions commercialisées sont vendues à l’industrie. Mais on est plus tranquille quand il y a des contrôles, car toutes les procédures sont écrites, on gagne en organisation du travail. De manière générale, on est proactif et réactif avec toujours une longueur d’avance. Cela a permis, par exemple, de faire installer des panneaux solaires lors de la rénovation d’un bâtiment, dans le cadre du plan de performance énergétique. J’ai fait le choix de miser plus sur l’humain que sur le matériel et je ne le regrette pas au final. Je suis plus dans l’esprit de manager des personnes que d’avoir un robot de traite. »

L’importance du groupe pour tester de nouvelles pratiques
« Le souci avec ces nouvelles façons de cultiver, c’est qu’on est très isolé. Quand votre exploitation est très autonome, peu de techniciens passent. La technique est vraiment créée par les agriculteurs. On apprend des autres et on diffuse ce que l’on fait. » Et Jean-Luc Maeyeart de conclure : « La résistance aux variations de prix ne peut se faire que sur des systèmes économiques performants. Enlevez vos œillères, le semis direct, c’est possible maintenant et pour beaucoup d’agriculteurs. »

Christophe Leschiera, Trame

À savoir: Venez échanger sur le semis direct à l’occasion du Festival des groupes

Vous vous intéressez au semis direct ? Au Strip Till ? Vous voulez changer vos pratiques culturales ou réduire vos charges de mécanisation ? Alors venez échanger avec Jean-Luc Maeyeart et les agriculteurs du Geda du Haut-Pays les 29 et 30 novembre lors du Festival des groupes. Inscrivez-vous à la visite n° 12 « Le semis direct : une démarche de groupe dans un territoire sensible à l’érosion des sols ».
Pour en savoir plus : www.fngeda.org

Carte d’identité du GAEC du Mont de Gournay

- 3 associés et 2 salariés à plein temps.
- 70 ha de prairies.
- 60 ha de blé, 15 ha d’escourgeon, 15 ha de colza, 10 de féverole, 45 ha de maïs ensilage, 15 ha de luzerne et 5 ha de betteraves sucrières.
- 12O vaches laitières Prim’Holstein à 9 000 litres de lait.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui