Le Syndicat Agricole 04 mars 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Des propositions régionales pour «ne jamais associer agriculture et paysans au passé»

Marques régionales, approvisionnement local, zones franches rurales… En visite au Salon de l’agriculture, les élus avancent des pistes pour sortir de la crise.

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Xavier Bertrand a plaidé pour la création de zones franches rurales : « Des territoires sans impôts ni charges, en fonction de la situation des exploitations agricoles ». © DR Les visiteurs sont venus nombreux cette semaine sur le stand Nord-Pas de Calais – Picardie, notamment le 1er mars pour la journée dédiée à la région. © DR

Visite présidentielle mouvementée, destruction du stand du ministère de l’Agriculture, saccage des emplacements tenus par les transformateurs, c’est avec fracas qu’a débuté le Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris, le 27 février dernier. Pourtant, malgré une journée inaugurale agitée et un contexte agricole tendu, c’est dans « l’œil du cyclone » que s’est tenue cette 53e édition. « La passion, l’envie d’expliquer le métier et de défendre les savoir-faire ont surpassé la crise cette semaine », a affirmé Michel Dubrulle, président de la Maison de l’élevage du Nord, lors du lancement de la journée dédiée au Nord-Pas de Calais – Picardie, le 1er mars à la Porte de Versailles. Pour la première fois, les deux anciennes régions ont tenu un stand commun de 550 m2 regroupant l’ensemble des filières régionales.

Un appel à « consommer local » et à créer une « grande marque régionale »
Visiteurs, élus, responsables politiques et agricoles ont été nombreux à se rendre sur l’emplacement du Nord-Pas de Calais – Picardie. C’est par un appel à « consommer local » que Xavier Bertrand a engagé sa visite : « Soyez prêts à payer un peu plus le lait et toutes sortes de produits si vous avez l’assurance que cela va dans la poche du producteur. » « C’est une des clés pour maintenir la valeur ajoutée sur nos exploitations », renchérit Marie-­Sophie Lesne, vice-présidente en charge de l’agriculture au Conseil régional. L’occasion pour Christophe Buisset de confirmer le projet de création d’une marque régionale. « Saveurs en’Or et Terroirs de Picardie sont devenus des fleurons de la grande région, explique-t-il. Nous travaillons actuellement au rassemblement des deux labels, les premiers travaux auront lieu dès le mois d’avril ». Pour le président de la Chambre d’agriculture de région, la démarche ne s’arrête pas là. « Pourquoi ne pas lancer une marque régionale “Lait du Nord-Pas de Calais – Picardie”, comme il existe du “Lait de montagne” ?, poursuit Christophe Buisset. Nous pourrions faire de même pour la viande ; il faut se mettre autour d’une table et discuter de la relance de la consommation locale. »

Circuits courts, diversification... à la recherche de nouveaux débouchés
Conseil régional et Département du Nord unissent leurs moyens pour instaurer une politique d’approvisionnement local dans la restauration hors-foyers. « Il s’agit d’une véritable politique agricole dont les premiers destinataires sont les agriculteurs », précise Patrick Valois, vice-président à la ruralité au Conseil départemental. Une équipe opérationnelle vient d’être mise en place avec pour mission d’aller à la rencontre des gestionnaires de cantines, notamment dans les collèges et lycées. Et Édith Macke, présidente de l’Union Rouge flamande de signaler : « Il ne faut pas omettre les animaux de races régionales » dans la démarche. « Encore une fois, même si le coût des produits est plus élevé, l’important est que les filières locales demeurent », complète Xavier Bertrand, songeant aussi à la possibilité de créer des partenariats avec les associations départementales des maires. La diversification apparaît donc comme un levier économique des exploitations agricoles. « Nous envisageons par ailleurs de développer un label spécifique pour l’accueil familial à la ferme de personnes âgées ou handicapées, indique Patrick Valois. Un travail qui présente une source supplémentaire de rémunération. » Ce dernier a été interpellé par Yves Spriet, président du syndicat d’élevage Trait du Nord. « La filière équine souffre aussi de l’absence de revenus, affirme l’éleveur. Il est nécessaire de développer de nouveaux débouchés, comme le ramassage des déchets par les chevaux. »

« Légiférer la vente à perte »
Si les représentants du Nord-Pas de Calais – Picardie affichent leurs propositions et leurs ambitions pour le territoire, le véritable sursaut interviendra au niveau français et européen. « Je suis conscient que le plan régional de soutien à l’élevage ne suffira pas si une politique nationale n’est pas instaurée, lance Xavier Bertrand. De son côté, la Commission européenne doit se réveiller et apporter des solutions qui permettent de contrebalancer la situation. » Parallèlement au travail d’audits stratégiques d’exploitation mené par la Région, Christophe Buisset a assuré que les ingénieurs des Chambres d’agriculture accompagneraient les exploitations « au cas par cas, sans faire de différence entre elles ». « Il faut être capable de diminuer les coûts de production et de raisonner les investissements tout en étant professionnel et compétitif », complète-t-il. Sur la question épineuse des prix, le responsable a exprimé le souhait de « légiférer pour éviter la vente à perte ». « Le problème français n’est pas la qualité mais la compétitivité, répète Xavier Bertrand. Nous avons clairement un objectif : ne jamais associer agriculture et paysans au passé. »

Simon Playoult

Précisions... Xavier Beulin rappelle les attentes des agriculteurs

Au lendemain de la visite de François Hollande au Salon de l’agriculture, le président de la FNSEA Xavier Beulin, invité du grand rendez-vous d’Europe 1 le 28 février, a appelé au respect, alors que la visite du chef de l’État avait été ponctuée de sifflets et d’insultes proférées par des agriculteurs en colère. Mais il a ajouté que les débordements de la veille témoignaient d’une colère et d’un désespoir qui restent fort au sein du monde agricole, en raison des prix trop bas payés aux producteurs. « Dans les négociations aujourd’hui, le coût de revient de l’agriculteur n’est absolument pas pris en compte », déplore le président de la FNSEA. Une conséquence de la Loi de modernisation de l’économie (LME) votée en 2008 et qui a donné davantage de pouvoir aux distributeurs. « La LME visait à protéger le consommateur », explique Valérie Rabault, députée socialiste et rapporteur du budget à l’Assemblée nationale, qui plaide pour une révision de cette loi. La députée insiste sur le déséquilibre entre les distributeurs et l’agriculture française, dont le chiffre d’affaires total, 75 milliards d’euros, est inférieur à celui du seul groupe Carrefour (86 Md€). « Il faut que dans ce rapport de force, l’agriculture reprenne la main », ajoute-t-elle. Le gouvernement a promis de rouvrir le chantier de la LME si les négociations commerciales, qui se terminent le 29 février, se concluent par de nouvelles baisses de prix côté producteurs.

Manuel Valls veut rassurer les éleveurs
Le Premier ministre s’est également rendu au Salon de l’agriculture, le 29 février. Au cours d’une visite de quatre heures, il aura surtout rencontré les éleveurs, premières victimes de la crise agricole, dans une ambiance peu chaleureuse mais calme. Interpellé et parfois sifflé par les exposants, dont le ressentiment visait davantage le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll à ses côtés, Manuel Valls a voulu se montrer rassurant et déterminé « pour redonner confiance aux agriculteurs et sortir de la crise », sans pour autant leur donner de gages tangibles. Interrogé par les producteurs de lait sur la nécessité de mieux réguler le marché laitier au niveau européen, le Premier ministre a souligné « une prise de conscience » de la Commission vis-à-vis de « la gravité de la crise ». De même, sur le TTIP (traité de libre-échange UE/États-Unis actuellement en discussion), le chef du gouvernement a affirmé qu’il serait vigilant, sans convaincre les producteurs de viande bovine qui restent inquiets de cette mise en concurrence potentielle avec une viande produite à moindre coût, dans des conditions environnementales et sanitaires différentes. « Nous ne laisserons pas tomber les agriculteurs », a assuré le Premier ministre.

Zones franches rurales : Xavier Bertrand persiste et signe

S’adressant aux élus de la Chambre d’agriculture de région la semaine dernière, le président du Conseil régional avait émis l’idée de concevoir des zones franches rurales. « Je plaide pour des territoires sans impôts ni charges, en fonction de la situation des exploitations agricoles », détaille le Républicain. Un modèle basé sur celui des zones franches urbaines qui permettrait « des années blanches » de cotisations sociales durant un certain nombre d’années. « Ce système ne sera évidemment pas aménagé pour les mois à venir mais le sera peut-être l’année prochaine », admet-il. Un sous-entendu en référence à l’élection présidentielle ?

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