Le Syndicat Agricole 09 décembre 2015 à 18h00 | Par Le Syndicat Agricole

Faune : Des couverts d’intercultures multibénéfices

L’Institut de Genech a ouvert ses portes à Agrifaune le vendredi 4 décembre pour une journée professionnelle. La matinée était dédiée aux couverts d’intercultures.

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Les différents acteurs d’Agrifaune au cœur du couvert d’interculture baptisé Agrifaune 1 testé à l’Institut de Genech. © DR La plateforme variétale de l’Institut de Genech permet de tester 50 espèces de plantes destinées à favoriser la faune sauvage sur des parcelles d’environ 20 m². © DR

« Le département du Nord est un fleuron en matière de petit gibier et la Fédération des chasseurs du Nord attache une importance à ce dossier Agrifaune monté avec nos partenaires, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), le Gnis, le lycée de Genech, le lycée agricole d’Anchin et la FDSEA du Nord depuis deux ans. On ne peut concilier un développement du petit gibier sans une politique Agrifaune forte. Vous, futurs agriculteurs et vrais gestionnaires des territoires, êtes les principaux acteurs susceptibles de travailler à l’habitat favorable du petit gibier de prairies ». Ainsi s’est adressé Jean-Marc Dujardin, président de la FDC 59 aux élèves de BTS de l’Institut de Genech venus suivre la journée professionnelle du vendredi 4 décembre dédiée aux couverts d’intercultures et aux techniques de bord de champs.

La survie estivale de la petite faune au cœur des préoccupations d’Agrifaune
« C’est pour apporter une solution à la survie estivale de la petite faune de plaine que les partenaires du programme Agrifaune ont créé la marque Agrifaune interculture. Cette marque regroupe toute une gamme de mélanges conçus pour leurs intérêts agronomiques tout en offrant gîte et couvert     à la faune sauvage. Ce projet permet aussi de répondre à la réglementation agricole qui impose la couverture des sols hivernale de manière à limiter la fuite des nitrates et la pollution de l’eau », a introduit Solène Allard-Destreil, réseau Agrifaune, Fédération régionale des chasseurs de Champagne-Ardenne (FRCCA).
La FRCCA anime le Groupe technique national Agrifaune « Gestion de l’interculture » depuis 2008. « En tant que fédération de chasse, nous avons choisi de travailler sur cette obligation réglementaire. Du jour au lendemain, après la moisson, la plaine se trouve dénudée. Les couverts d’intercultures peuvent apporter tous les bénéfices souhaités pour la petite faune : habitat, nourriture, refuge. Nous sommes donc partis du principe qu’à partir du moment où on apportait une diversité du couvert dans la plaine, nous allions favoriser la diversité faunistique », se rappelle Solène Allard-Destreil. Et les résultats sont concluants. Des battues à blanc en journées et des sorties nocturnes ont permis la comparaison de la faune présente dans ces couverts en mélanges par rapport aux céréales d’hiver ou aux couverts de moutarde seule : la faune nocturne – lièvres, passereaux, alouettes – est cinq fois plus importante et la faune diurne présente neuf fois plus de diversité avec grives, passereaux et faisans.

Une approche réglementaire, agronomique et faunistique des couverts d’intercultures
Testés dans de nombreux contextes, ces couverts d’intercultures sont composés en moyenne de trois espèces végétales différentes capables de répondre à plusieurs objectifs. Il s’agit avant tout de concilier une réglementation de plus en plus contraignante – directive Nitrates, réforme de la PAC – pour les agriculteurs, une agronomie performante et une faune préservée. « Jusqu’à présent, nous implantions des couverts de moutarde en Champagne-Ardenne. La moutarde se sème facilement, est peu onéreuse et pousse quelles que soient les conditions. Mais ce milieu dense et humide qui peut atteindre 1,20 mètre de haut est peu propice à la petite faune, constate Solène Allard-Destreil. Par ailleurs, les agriculteurs optent de plus en plus pour le non-labour des terres en Champagne-Ardenne : presque 80 % des agriculteurs ne labourent plus. Les socs des charrues doivent être remplacés par de nouvelles solutions et certaines cultures remplissent ce rôle. Nous avons donc travaillé main dans la main avec les agriculteurs pour trouver les solutions les plus appropriées. » Que la terre soit labourée ou non, l’agriculteur doit pouvoir tirer parti de ces réglementations pour ses futures cultures. Certaines espèces implantées, comme le radis ou le chou, sont par exemple capables de structurer le sol avec leurs systèmes racinaires dont les pivots, selon la qualité de la terre, sont susceptibles d’effectuer le travail de la charrue. La nécessité d’intrants chimiques, notamment de l’azote, est une autre problématique à laquelle les agriculteurs sont confrontés. D’autres végétaux – vesce, févrogne, lentille – mobilisent l’azote au niveau du sol pour le restituer à la culture suivante et peuvent représenter des gains écologiques et financiers futurs.

Les clés de la réussite résident dans la qualité de la semence et la qualité de l’implantation
« La réussite de la fonction environnementale est directement liée à la couverture des sols par la plante et donc à la bonne faculté germinative. Par ailleurs, la qualité de la semence doit garantir l’absence de graines de plantes indésirables qui risqueraient de polluer les cultures suivantes. Les semences certifiées et les contrôles officiels réalisés doivent satisfaire à des règles de commercialisation qui assurent la qualité, la traçabilité et l’information pour l’utilisateur, estime Bruno Ozon du Gnis ; l’implantation, quant à elle correspond à une période importante de travaux. Il faut cependant se donner les moyens de la réussite, à savoir une terre ameublie, aplanie, et la semence enfouie à une profondeur qui correspond à sa grosseur. »
Testés dans les exploitations de l’institut de Genech, les mélanges Profaune 1 et 2 regroupent chacun quatre types d’espèces différentes (cf. encadré) et sont en cours de labellisation « Faune sauvage » avant leur commercialisation par la société Carneau à Orchies. Outre leurs rôles évidents de préservation de la faune sauvage, ces couverts végétaux présentent différents avantages – anti-nématodes, azote, coupe des maladies et parasites, etc. – pour les cultures de printemps. Des bénéfices combinés qui pourraient compenser des réglementations toujours durcies.

Alexandra Pihen

Zoom sur... Les caractéristiques des mélanges d’intercultures Profaune 1 et 2

Le mélange Profaune 1 combine le chou, l’avoine rude, la moutarde et la phacélie. Le chou, plante crucifère, ne gèle pas et nourrit le gibier tout l’hiver. Elle comporte par ailleurs une racine pivotante qui structure le sol. L’avoine rude, contrairement à l’avoine de printemps, ne rouille pas. La moutarde se cultive de tout temps, même très sec. Il est préférable de choisir une variété tardive afin d’éviter la lignification et la consommation excessive d’azote. La moutarde est aussi un anti nématodes de la betterave. Enfin la phacélie, qui n’appartient à aucune espèce cultivée, permet de casser les cycles de maladies et de parasites. Mellifère, elle attire les insectes pollinisateurs.
Le mélange Profaune 2 comporte également la moutarde et la phacélie. Le colza remplace le chou tout en offrant les mêmes caractéristiques. Enfin, le trèfle d’Alexandrie nourrit le sol en azote, qui sera libéré progressivement au printemps, lors de la prochaine culture. Riche en protéines, il profite au gibier. Il attire également les pollinisateurs.

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