Le Syndicat Agricole 08 juillet 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Des chiffres qui ne reflètent pas les réalités

La Commission des comptes de l’agriculture de la nation annonce des revenus agricoles en hausse.

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Pour 2015, la hausse au niveau national de 5 % du revenu agricole soulève l’indignation de la profession.
Pour 2015, la hausse au niveau national de 5 % du revenu agricole soulève l’indignation de la profession. - © V. Marmuse

Si l’Insee annonce une hausse du revenu agricole 2015 moins importante que ce qu’elle avait prévu en décembre, ces bons résultats contrastent avec la situation vécue sur le terrain par les exploitants victimes, notamment, de la crise de l’élevage et de la sécheresse. Un chiffre « impossible » et « incompréhensible » pour l’APCA, « hors sol » pour la FNSEA qui y voit « une provocation » : l’augmentation de 4,8 % du revenu des actifs agricoles calculée par la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) pour 2015, a choqué l’ensemble de la profession lors de sa publication, le 5 juillet.
Un résultat néanmoins revu à la baisse depuis les prévisions de décembre qui annonçaient 8,8 % d’augmentation. L’agriculture a bénéficié du repli des produits pétroliers, faisant baisser de 16 % le poste « énergie et lubrifiants ». Le prix des aliments pour animaux (achetés aux industries agroalimentaires) diminue également de 3,5 %, avec une baisse nettement plus marquée des aliments pour l’allaitement dont le prix chute de 10,5 %. Le coût des autres consommations intermédiaires reste globalement stable. Le volume total de la production agricole diminue (- 1,6 %) mais est compensé par une hausse des prix de + 1,4 %. Par conséquent, la valeur ajoutée brute augmente de 1,8 % ce qui, compte tenu de la diminution du nombre d’exploitants, correspond à une hausse de 3,1 % par actif (en termes réels, c’est-à-dire déflatée de l’indice du PIB).
La forte hausse des subventions contribue à ces résultats globaux, avec + 8,4 % des subventions sur les produits (+ 4,4 % pour les productions végétales et + 9,9 % pour les productions animales). Les subventions d’exploitation, elles, ont progressé d’un demi milliard d’euros passant de 8,052 Mds en 2014 à 8,55 Mds d’euros. Le paiement de base qui était de 6,3 Mds en 2014 est maintenant divisé en un paiement de base de 4 Mds et un paiement vert de 2,19 Mds. L’ICHN a augmenté de 300 millions d’euros (M€) mais la prime herbagère de 208 M€ a été supprimée. Le plan de soutien à l’élevage s’est traduit par 175 millions d’aides supplémentaires aux éleveurs tandis que les indemnités au titre des calamités agricoles augmentent de près de 100 M€. Les bonifications d’intérêt sont passées de 123 à 263 M€. Le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) poursuit sa progression : il est estimé à 330 millions contre 220 en 2014. Quant aux aides liées aux produits, elles sont passées, selon l’Insee, de 295 millions à 308 M€ pour les productions végétales et de 794,50 M€ à 872,90 M€ en 2015 pour les productions animales.

Fort contraste entre les secteurs
La situation reste néanmoins extrêmement hétérogène en fonction des productions, ce que l’absence d’analyse sectorielle occulte dans les résultats de la CCAN. Le prix des productions végétales (hors subventions) augmente ainsi de 6,3 %, tirée par les fruits et légumes dont les pommes de terre, et les oléagineux qui bénéficient de la faiblesse de l’offre. Le prix des vins a lui aussi progressé avec + 2,1 %, grâce aux disponibilités limitées et aux exportations vers les pays tiers. En revanche, le prix du blé recule et surtout, celui des productions animales (hors subventions), qui augmentent en volume, chute de 6 %. On relève ainsi, dans le détail, - 11,7 % pour le lait qui souffre d’une offre abondante au niveau international, - 7,1 % pour le porc, après une année 2014 déjà difficile (- 10 %), en raison d’une offre abondante et de l’embargo russe, - 4 % sur le veau qui fait face à une demande trop faible, et - 3,2 % sur les volailles. Le prix de la viande bovine reste également orienté à la baisse (- 1,1 %). Une telle disparité, éclipsée par les indicateurs de la CCAN, ne permet pas de mesurer l’ampleur de la crise de l’élevage qui a fortement impacté les producteurs l’année passée. Il faudra attendre décembre 2016 pour des résultats sectoriels consolidés.

Les organisations agricoles contestent les données du revenu

Avant même la fin de la Commission des comptes de l’agriculture, ce 5 juillet en fin d’après-midi, la FNSEA conteste le chiffre selon lequel le revenu de la ferme France aurait augmenté de 8 % en 2015. Le syndicat conteste surtout le choix de ne plus afficher de résultat par production. Selon la FNSEA, « cet indicateur macroéconomique ne peut être assimilé à un résultat d’exploitation et donc au revenu des agriculteurs ». De leur côté, l’APCA (Chambres d’agriculture) parle d’une « incompréhensible hausse du revenu agricole » et considère qu’il s’agit d’une agrégation de résultats sectoriels très contrastés. Elle regrette également l’absence de résultats sectoriels.

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