Le Syndicat Agricole 22 mai 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Des carrières du Nord aux courts de Roland Garros

Star à part entière du célèbre tournoi de tennis international qui débute ce dimanche, la terre battue de Roland Garros est un produit « made in Nord-Pas de Calais ».

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Depuis trente ans, la terre battue des courts de Roland Garros provient des carrières de Templeuve (59). © FFT Christophe Chapiseau, directeur de la briqueterie de Templeuve, devant le tas de briques concassées destinées à la fabrication de terre battue. © DR À la sortie du four, les briques se colorent de rouge après une cuisson à 1 000 °C. © DR Les Briqueteries du Nord, fondées en 1912, possèdent deux autres sites à Lomme et à Leers. © DR L’ensemble doit être arrosé tous les soirs ou tous les matins. © FFT

Elle génère chaque année le spectacle, la surprise et l’émotion. Depuis 90 ans, la terre battue est indissociable des rencontres de Roland Garros. Avant de rayonner sur les mythiques courts de tennis parisiens, cette poussière rouge orangée trouve son origine dans le Nord : de la brique pilée en provenance directe de la Pévèle.


De l’argile régionale prisée pour sa teinte chaude
« Depuis plus de trente ans, nous sommes le fournisseur officiel de la terre battue de Roland Garros », affiche fièrement Christophe Chapiseau, directeur de la briqueterie de Templeuve (59). Cette usine centenaire, qui façonne près 30 000 tonnes de briques par an, produit, au terme d’un long processus de fabrication, la matière première de la fameuse terre battue. Tout commence dans la carrière à ciel ouvert accolée à l’atelier des Briqueteries du Nord. « L’argile y est extraite à raison de 36 000 t par an, chiffre le directeur. La couleur rouge-orange est liée à la forte teneur en oxyde (fer) du sol de la Pévèle ». La terre est d’abord malaxée et additionnée d’un peu de sable avant d’être extrudée à la forme de briques puis séchée durant 60 heures à 80 °C. « La véritable teinte ocre recherchée est obtenue après la cuisson, indique Christophe Chapiseau. Les briques sont donc placées dans un four-tunnel de 110 mètres de long pour être cuites à 1 000 °C durant 12 h ». Après un cycle complet de trois jours de fabrication, on obtient ainsi la typique brique rouge du Nord à usage du bâtiment. En bout de chaîne, ce sont les briques défectueuses (éclats, fissures, chutes de plaquettes) qui serviront à la confection du revêtement de tennis.


Des briques déclassées recyclées en terre battue
Les briques non conformes à la commercialisation sont rachetées par la société Supersol, leader français de la construction et de l’entretien de terrains de tennis en terre battue, dont l’usine est basée dans l’Oise (60). « Nous lui fournissons entre 500 et 700 tonnes de briques concassées par an, détaille Christophe Chapiseau. Cette prestation reste évidemment très anecdotique dans l’activité de l’usine, mais ce partenariat permet de recycler nos déchets de fabrication ». De son côté, Supersol broie les briques en une poudre fine. Mélangée à quelques déchets de tuiles et de la chlorure de calcium, la terre battue peut ainsi rejoindre les stades de la porte d’Auteuil pour laisser des traces rougeâtres sur les chaussettes de Nadal et Djokovic. Quarante tonnes de terre battue sont dispersées en moyenne sur les courts de Roland Garros chaque année durant la quinzaine du tournoi. En espérant que la terre du Nord profite davantage aux joueurs régionaux comme le Dunkerquois Lucas Pouille ou la Touquetoise Pauline Parmentier.

Simon Playoult

Zoom sur... Le terrain de terre battue, un mille-feuilles de précision

En France, moins de 15 % des courts de tennis sont en terre battue. Une faible part qui s’explique notamment par l’entretien quotidien que nécessite ce revêtement.
- La surface de jeu d’un court type : une fine couche de briques rouges pilées (de 2 à 3 millimètres d’épaisseur environ) pour apporter un contraste avec la couleur des balles jaunes et éviter aux joueurs d’être éblouis par la réverbération du soleil. La terre doit être régulièrement balayée des lignes et protégée en cas de forte pluie.
- Au cœur : une chape de calcaire spécifique appelé calcaire blanc de Craon (de 7 à 10 cm d’épaisseur).
- Au-dessous : une couche de mâchefer, résidu du charbon qui agit comme
un filtre et stocke l’eau (de 10 à 15 cm d’épaisseur).
- Plus bas encore : un empierrage en guise de fondations et des tuyaux de drainage incorporés.

Qui a inventé la terre battue ?

La création des courts de tennis en terre battue est attribuée aux frères Ernerst et William Renshaw, plusieurs fois vainqueurs du tournoi anglais de Wimbledon en simple et en double. En 1878, les deux joueurs s’installèrent à Cannes dans le sud de la France et y créèrent un petit club de tennis. Étant donné leurs origines, ils y construisirent des terrains en gazon. C’était sans compter sur le climat et la chaleur méditerranéens qui firent vite mourir l’herbe ne laissant apparaître que la terre. En 1880, les frères Renshaw eurent l’idée de recouvrir les courts d’une poudre issue du concassage de pots en terre cuite fabriqués dans les alentours. La terre battue était née !

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