Le Syndicat Agricole 09 septembre 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

« De l’amont à l’aval, le monde agricole vit des heures noires »

Face à une crise agricole qui perdure, Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais, s’est rendue dans une exploitation et dans un silo portuaire.

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Benjamin Dumoulin et Laurent Dacquin (de chaque côté de la photo) ont invité Fabienne Buccio (au centre) à visiter leur élevage. © DR La préfète du Pas-de-Calais s’est rendue au silo portuaire d’Unéal à Aire-sur-la-Lys. © DR

Tout juste un mois après son homologue du Nord, Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais, est allée à la rencontre des exploitants et des professionnels agricoles du territoire, mercredi 7 septembre. Après deux années de crise dans l’élevage, avec un prix du lait en baisse et une récolte céréalière « catastrophique » en 2016, l’inquiétude est palpable dans les fermes du département.

Une exploitation représentative du malaise
Invitée par la FDSEA 62, la représentante de l’État s’est tout d’abord rendue à l’EARL Dumoulin dans la commune de Burbure, près de Lillers. L’exploitation de polyculture-élevage (70 vaches, 80 ha) compte trois personnes : Nathalie Dumoulin (gérante), son fils Benjamin et son beau-fils Laurent Dacquin. Tous deux sont actuellement salariés et souhaitent s’installer afin de reprendre la ferme dans une dizaine d’années. « Malgré une production annuelle de notre troupeau laitier de 650 000 litres (l), le manque à gagner est trop important depuis 2015, indiquent les jeunes éleveurs. À ce jour et en dépit de notre volonté, il est impossible de concevoir une installation dans un tel contexte et un tel manque de visibilité ». Cette année, la perte se chiffrera entre 60 et 70 € les 1 000 l (selon l’évolution du dernier trimestre), soit 65 € en dessous du prix d’objectif, ce qui fait une perte de 42 250 € pour l’EARL. Sans compter le déficit supplémentaire lié à la mauvaise moisson. « Cette ferme est caractéristique du système d’exploitation dominant dans le Pas-de-Calais ; et elle est représentative de la situation dans laquelle se trouvent les éleveurs, a expliqué Pierre Hannebique, président de la FDSEA. Cette crise est exceptionnelle par la manière dont elle épuise rapidement les trésoreries, bloque les investissements et donc le développement global des filières, et finit ainsi par démoraliser les professionnels ». Fabienne Buccio s’est dite « touchée » par la situation dans laquelle se trouvent certains élevages du département. Elle a annoncé l’organisation prochaine d’une réunion de crise avec les banques et les fournisseurs du milieu agricole.

« La profession attend un message fort et clair »
La journée de visite s’est poursuivit au silo portuaire d’Unéal à Aire-sur-la-Lys. Collecteur de céréales et fabricant d’aliments pour animaux, la coopérative régionale s’apprête à faire face à une campagne 2016-2017 marquée par plusieurs difficultés. « Un volume en baisse, une qualité rare et des prix peu rémunérateurs (blé et lait) impactent la trésorerie de nos adhérents et créent un véritable problème de financement de la campagne d’approvisionnements pour la récolte 2017 (aliments, semences, produits phytosanitaires) », annonce Nordine Dridi, directeur du secteur Haut Pays et Lys de la coopérative. Par effet « boule de neige », la crise impacte aujourd’hui l’ensemble des acteurs agricoles. « De l’amont à l’aval, le monde agricole vit des heures noires », lance Pierre Hannebique. « Toutes les filières sont en questionnement, nous devons trouver collectivement des mesures adaptées à tout type d’exploitation », poursuit-il en faisant écho à la volonté syndicale d’appliquer une « année blanche » en « reportant notamment en fin de tableau d’amortissement des annuités de 2016 afin de donner une bouffée d’oxygène aux agriculteurs concernés ». Des propos entendus par Fabienne Buccio : « Je suis très attentive à vos propositions, affirme-t-elle. Il faut imaginer conjointement des solutions à la fois fiscales et sociales ». « La profession attend un message fort et clair, sans oublier de s’attaquer enfin aux problèmes de fonds (volatilité des prix et des marchés, concurrence, grande distribution…) », ont rétorqué les représentants des exploitants agricoles. La préfète du Pas-de-Calais a assuré qu’elle transmettrait un rapport écrit au ministère de l’Agriculture suite à cette journée de rencontres et d’échanges.

Simon Playoult

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