Le Syndicat Agricole 28 mars 2013 à 14h00 | Par Le Syndicat Agricole

Dans les plaines - Vivement le printemps…

Tour d’horizon pour le colza et le blé qui attendent avec impatience des conditions plus propices.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Après un automne particulièrement pluvieux et un hiver qui n’en finit pas, la plaine a plutôt mauvaise mine.
Après un automne particulièrement pluvieux et un hiver qui n’en finit pas, la plaine a plutôt mauvaise mine. - © DR
À travers les quelque 20 réunions organisées dans la région par le service agronomique d’Unéal renforcé par les équipes du Cetiom et d’Arvalis, l’heure n’est pas au catastrophisme mais plutôt au réalisme. « Tout est encore possible pour les cultures d’automne, résume ainsi Samuel Dekervel du service technique de la Coopérative, mais il est clair que les potentiels initiaux sont quelque peu entamés à l’heure où je vous parle ».
Illustration avec les 1 200 parcelles de colza suivies par Farmstar sur la région, en partenariat avec le Cetiom et Unéal. Si l’année dernière, le début de floraison s’opérait début avril, cette année le retard est de l’ordre de 2 à 3 semaines. La faute à des semis fin août-début septembre, suivis d’un mois de septembre très sec, la levée s’effectuant début octobre avec le retour de la pluie ; mais surtout à une météo désastreuse avec, notamment, un ensoleillement durant l’hiver le plus faible de mémoire de météorologue ! Résultat : la biomasse sortie hiver, avec 600 à 700 gr par m2, est l’une des plus faibles de ces dernières années. Même s’il n’y a pas de corrélation directe entre la biomasse et le rendement final, l’état des cultures, le retard accumulé « doivent amener les agriculteurs à réexaminer leur potentiel initialement prévu, sans dépasser raisonnablement 45 qx/ha », suggère Arnaud Van Boxsom du Cetiom. Pour ce qui est des parcelles plus « tristes », rappelons que 5 à 6 pieds de colza au m2, répartis de manière homogène, permettent un rendement honorable, grâce aux facultés de compensation remarquables de cette plante.

Fertilisation
Pour ce qui est de la fertilisation, les différentes cartes produites par Farmstar proposent un conseil moyen de 180 unités/ha. Une donnée élevée, mais pas record, qui traduit bien la faible biomasse observée. Différentes stratégies sont proposées par le Cetiom et Unéal en fonction de l’état de développement du colza. Dans tous les cas, il est important de souligner que les besoins du colza sont au maximum lors de la montaison et qu’il est raisonnable de ne pas dépasser 100 u par apport. Pour les plus petits colzas, il faudra avant tout veiller à fractionner ces apports – 3 au lieu de 2 –, car la plante n’est pas capable d‘assimiler de grandes quantités d’azote. Pour les gros colzas, pas d’apports trop précoces : ils favorisent, avant tout, la biomasse au détriment de l’appareil reproducteur. Enfin, il faudra veiller à retarder son dernier apport – 40 à 60 u – selon l’état de végétation, et ce jusqu’à début floraison. Le rôle du soufre et des oligoéléments sera, également, déterminant dans une année pluvieuse où les sols sont complètement lessivés. À l’instar du bore, qui favorise la floraison et qui est, aujourd’hui, totalement lessivé.
En blé, la situation n’est guère plus réjouissante et visuellement, le retard de végétation et l’état des cultures semblent encore plus alarmants. « Mais là non plus, pas de catastrophisme, insiste Thierry Denis d’Arvalis, il faudra être réactif et patient. » Le retard peut ainsi être estimé à une vingtaine de jours, avec un gradient, non négligeable, entre les zones littorales et le Cambrésis par exemple.
Pour Samuel Dekervel, l’état de la végétation s’explique, dans un premier temps, par le retard pris au semis et les conditions très difficiles d’implantation. Les semis se sont en effet déroulés de fin septembre à début mars : un record probablement en la matière ! Traduction dans les faits : ce retard de semis entame déjà les potentiels de production de 3 à 5 %, par rapport à une implantation optimale, sous nos latitudes, vers le 5-15 octobre. Là aussi, il conviendra d’adapter les potentiels de production à cette année atypique.
Côté météo, si on excepte la pluviométrie, elle aussi record, il n’a pas fait plus froid que la normale. « Ce qui explique le retard actuel, c’est que la reprise de végétation n’a pas encore réellement eu lieu, alors qu’elle intervient souvent chez nous mi-février », explique Thierry Denis. Au final, la biomasse est donc très faible, avec environ 10 à 15 u d’azote absorbé.
Dans ce contexte, la fertilisation va donc être essentielle pour accompagner le développement de la plante. 72 % des parcelles suivies par Farmstar demandent un niveau de fertilisation de plus de 190 u/ha. Une des valeurs les plus importantes de ces dernières années.
Le fractionnement sera là aussi de mise, sachant que la plante n’a besoin que d’environ 50 u jusqu’au stade 1 cm pour se développer, et concentre l’essentiel de ses besoins ensuite.
Pour terminer ce tour d’horizon, notons que le stade épi 1 cm prend tous les jours un peu plus de retard. Il se situe, désormais, autour du 10-15 avril, contre fin mars l’an dernier. De grandes disparités sont toutefois constatées, puisque sur l’ensemble de la coopérative Unéal, une variété comme Expert voit ce stade atteint entre le 30 mars et le 20 avril !

C.D.

Zoom sur... 2013, l’année du soufre et des oligoéléments

Avec une pluviométrie record cet automne, il est clair que le soufre, élément très lessivable, a beaucoup souffert. Un risque d’autant plus marqué sur sol nu ou sur des végétations peu développées. Dans tous les essais entrepris par Unéal sur 4 ans, l’ajout de soufre a « boosté » les rendements. Cet élément intervient tout au long du cycle de l’azote, une carence en soufre perturbe grandement l’absorption de l’azote par la plante. Ces 2 constituants sont les piliers de la photosynthèse et de la synthèse des protéines.
Pour le colza, 75 u sont conseillées au début de la montaison. La forme sulfate (Kiesérite, Ternaires, Kemistar, Sulfate d’ammoniaque...) est la plus efficiente.
Pour le blé, 60 % des parcelles traitées par Farmstar requièrent un apport spécifique de soufre !
D’autres éléments tout aussi importants ont souffert de l’excès d’humidité de cet automne : la magnésie pour son rôle dans la détermination du nombre de plantes et d’épis/m2, le cuivre pour le nombre de grains/épis ou encore le manganèse.
Un complément de ces oligoéléments pourrait donc s’avérer judicieux dans bon nombre de situations dès le stade épi 1 cm.
Très peu mobile dans le sol, le phosphore a, lui aussi, était très pénalisé par cette pluviométrie. Son action essentielle dans le processus d’enracinement des plantes mais aussi dans la structuration du sol, peut souvent nécessiter un apport ponctuel, dès la reprise de végétation.

C.D.

Farmstar en quelques mots

Initié dès 2007 par la coopérative Unéal dans notre région, Farmstar représente désormais quelque 32 000 ha suivis en colza, blé et escourgeon. Ce sont ainsi environ 10 % de la sole en blé de la région qui sont suivis par cet Outil d’aide à la décision (OAD). Sa fonction est d’optimiser la fertilisation azotée à la parcelle, en utilisant l’imagerie satellite. Issue d’un partenariat entre Arvalis et le Cetiom, cette technique permet aussi de traduire les cartes de préconisations fournies en carte d’épandage, et donc de faire de la modulation dans la parcelle, à condition bien sûr d’être équipé du matériel adéquat.
Les intérêts de cette technique sont nombreux : agronomique d’abord, en prenant en compte les données climatiques de l’année (météo, reliquats, biomasse à l’entrée et à la sortie de l’hiver, verse, risque maladie…) ; économique en permettant d’ajuster les apports au contexte de l’année et à la parcelle (optimisation de l’azote à apporter pour maximiser le rendement) ; environnemental en apportant la bonne dose au bon endroit et au bon moment et en permettant ainsi d’éviter la pollution des eaux par les nitrates. Farmstar simplifie également l’enregistrement des contraintes réglementaires en disposant d’un cahier d’enregistrement prévisionnel pour les parcelles engagées, en utilisant la dose bilan reconnue dans le cadre de la conditionnalité des aides, et en permettant de justifier les apports d’azote.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui