Le Syndicat Agricole 31 octobre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Danone - « On s’est fait rouler dans la farine »

Le groupe de Saint-Ouen reprend les 25 € versés à ses producteurs au deuxième trimestre, dans le cadre de la médiation d’avril dernier.

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« On n’est pas récompensé de nos efforts, avec un prix du lait toujours tiré au plus bas », regrette Christophe Seynaeve.
« On n’est pas récompensé de nos efforts, avec un prix du lait toujours tiré au plus bas », regrette Christophe Seynaeve. - © DR

La société Danone voudrait-elle le lait, l’éleveur (pour ses publicités) et l’argent du lait (pour ses actionnaires) ? « Lorsque j’ai reçu mi-octobre mon compte de lait pour septembre, j’ai eu la mauvaise surprise de voir qu’on m’avait enlevé 25 €/1 000 l », s’indigne Christophe Seynaeve, éleveur à Serques (62). À l’instar des 700 producteurs de lait du groupement livrant l’usine de Danone Bailleul, ce dernier a l’impression « d’avoir été roulé dans la farine » par le groupe de Saint-Ouen.


Remise en cause de la médiation d’avril
L’hiver dernier, les producteurs de lait ont mené des actions envers la grande distribution en région, ainsi que dans tout le pays. Leur revendication : obtenir une revalorisation du prix du lait, afin de pouvoir faire face à l’envolée de leurs charges. Pour répondre à cette situation d’urgence, une première table ronde avait rassemblé en avril dernier l’ensemble des acteurs de la filière laitière sous l’égide du ministère de l’Agriculture. Grâce à la mobilisation des éleveurs, les transformateurs ont pu appliquer des hausses de tarif à leurs clients de la distribution, sous forme d’un pied de facture entre juin et décembre 2013. Les montants correspondants devant, selon les termes de l’accord, revenir en totalité aux producteurs. Or, si Danone a, dans un premier temps, respecté l’engagement en versant aux producteurs 25 €/1 000 l en plus sur le deuxième trimestre, l’entreprise revient aujourd’hui sur la médiation d’avril dernier en considérant qu’il ne s’agissait que d’avances « remboursables » (cf. notre édition du 28 juin 2013). « Comme d’habitude, c’est l’industriel qui rafle la mise » lance, remonté, Charles Inglard, secrétaire général du groupement de producteurs livrant Danone Bailleul. « Même si le prix de base du lait s’est apprécié, ce n’est pas une raison pour nous reprendre aujourd’hui ce que nous avions obtenu au printemps. D’autant que les charges n’ont pas diminué », martèle pour sa part Philippe Dassonneville, producteur de lait à Tilques et trésorier de l’ADPL 62. Et de poursuivre : « Danone se plaît à utiliser l’image de ses producteurs pour vendre ses yaourts. Mais si l’entreprise tient tant à eux, il faut qu’elle leur paye leur dû ».


Calculs « pas clairs » = calculs à court terme
Outre cette décision de l’industriel, les éleveurs dénoncent le manque de transparence au niveau de la facturation : « La récupération des 25 € se fait sur le prix unitaire du mois à l’insu des producteurs, ce n’est pas normal », indique Christophe Seynaeve. C’est en tout cas le genre « de coup » qui pousse les éleveurs à jeter l’éponge. « On n’est pas récompensé de nos efforts, avec un prix du lait toujours tiré au plus bas », regrette-t-il. Il y a encore 10 ans, lui et son frère François vivaient principalement des revenus de leur production laitière. « Aujourd’hui ce n’est plus vrai, constate-t-il. Notre revenu principal vient de nos cultures de vente (pommes de terre, chicoré, légumes industriels et céréales). Pourtant, je consacre plus de 50 % de mon temps de travail aux vaches. La situation incite à nous détourner peu à peu de l’élevage. » Même si les Seynaeve produisent du lait pour Danone depuis les années 60, Christophe n’a pas l’intention de pousser son fils Paul, qui fait des études agricoles au Lycée d’Hazebrouck, à poursuivre la production de lait. « Avec la fin des quotas, mon frère et moi voulions passer de 60 à 120 vaches laitières et s’équiper de 2 robots de traite, confie-t-il. On a abandonné ce projet et on préfère se concentrer sur l’achat de terrains ».


Opérations « étiquetage » en magasin
Aussi, les producteurs du groupement livrant la laiterie de Bailleul demandent à Danone « le respect des clauses contractuelles et l’arrêt de la reprise des 25 € “ avancés ” sur le second trimestre, le temps de définir le mécanisme final pour 2013 ». À l’issue de la seconde table ronde laitière début octobre, le médiateur des contrats avait notamment précisé que « les contrats devaient s’appliquer, avec une possibilité d’évolution supérieure à +25 € entre 2012 et 2013 ». « L’évolution des marchés nous donne une augmentation du prix du lait de 30 € environ sur l’année 2013, alors que Danone ne payera au maximum que 25 € en plus par rapport à 2012 », insistent-ils. Ces derniers attendent également que le groupe de Saint-Ouen « respecte ses déclarations du printemps sur les volumes, consistant à donner la possibilité aux producteurs de pouvoir produire des volumes supplémentaires dans un contexte porteur ».
Le conseil d’administration du groupement maintient « sa position de gestion collective et responsable des volumes au niveau du groupement, qui est une OP reconnue ». Par ailleurs, ils rappellent que « la société doit respecter le fonctionnement des OP, tant en termes de relations et de rencontres avec les responsables, que dans le suivi des éléments composant la facturation ». Dans le cas contraire, l’ADPL, la Section laitière du Nord, les FDSEA 59-62 et les JA Nord-Pas de Calais envisageraient des opérations d’étiquetage en magasin.

MDS

Zoom sur... Le prix du lait : le point à fin octobre

Trois laiteries appliquent de la flexibilité qui est positive depuis janvier et donc améliore le prix final 2013. Pour Sodiaal, l’ajout sur le prix du lait est de 0,91 € de janvier à octobre et de 0,40 € pour Bongrain.
Lactalis avait augmenté son niveau en 2012 pour atteindre - 3,63 € en impact négatif pour les producteurs. La conjoncture plus favorable en 2013 a permis dès le mois de janvier d’inverser son impact qui est devenu positif. Sur les bases de janvier 2013, les producteurs devaient s’attendre à un plus sur le prix du lait de 2,33 € en moyenne sur 2013 (en complément des prix de base). Sauf que Lactalis a annulé le versement dès le mois de juillet et son impact réel est tombé à 0,36 €/1 000 l, pour l’année 2013.
Les prix mensuels affichés pour la Prospérité fermière sont réduits de 5 €, à cause de l’intégration du complément de prix de 5 € dans le prix de base.
Dans le prix Novandie, il reste à déduire les 5 € d’ajustement conjoncturel prévu sur la totalité de l’année 2013.
Pour Bongrain, les prix portés dans le tableau correspondent aux prix définitifs perçus par les producteurs.
La laiterie BMF rassemble les coopérateurs français à la laiterie belge Milcobel. Les prix mensuels sont affichés en prix de base sans les compléments de prix qui sont de 20 €/1 000 l environ.

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