Le Syndicat Agricole 24 juillet 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Culture - L’hydroponie en plein air, une solution raisonnée

Visite guidé de l’exploitation d’Éric Stöcklin en Belgique qui cultive 40 sortes de salades à 1 mètre du sol.

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Sur 0,5 ha, la ferme « NewFarm » cultive des salades en hors-sol dans des gouttières de 50 mètres de long. © DR Selon Éric Stöcklin, cueillir le produit avec ses racines permet de conserver toutes les vitamines, arômes et principes actifs non dégradés. © DR À un mètre du sol sur des tables fixes, une solution hydraulique circule continuellement par gravité. © DR

Il y a dans la province de Namur, un site unique en Europe. Par-delà les chaussées étroites de Wallonie, le détour par le village Leuze-Eghezée et sa ferme « NewFarm » vaut largement le coup d’œil. Une exploitation au nom évocateur. Derrière ce petit édifice agricole de briques rouges, des jardins suspendus à perte de vue s’offrent à nous. Ici, Éric Stöcklin, le propriétaire, cultive 0,5 ha de salades à un mètre au-dessus du sol et en plein air. Il nous emmène à la découverte d’une pratique peu commune dans le Nord-Pas de Calais comme en France, l’hydroponie.


La recherche de l’équilibre travail-santé
Éric Stöcklin, Belge d’origine suisse, est un agriculteur itinérant. Après avoir roulé sa bosse aux quatre coins du monde en s’installant au Québec, en Floride ou encore au Portugal, cet agronome de formation a logiquement ouvert ses horizons à d’autres procédés agricoles. De retour sur les terres du « plat pays » en 1985, il met son savoir-faire en œuvre et lance une petite exploitation maraîchère de fruits et légumes qu’il distribue via la vente directe à la ferme. « Malgré mon envie de le développer, le circuit court n’avait pas forcément la côte à l’époque, se souvient l’exploitant, ma production s’est donc spécialisée en salades de 4e gamme jusqu’à 40 ha par an ». Il s’agit de produits frais, commercialisés prêts à l’emploi, c’est-à-dire lavés, épluchés et découpés puis conditionnés en sachet plastique. Au début des années 2000, le souhait d’entreprendre une production à petite échelle refait surface. « Mes sols commençaient à se fatiguer, tout comme moi lors des cueillettes, explique Éric Stöcklin. De plus, j’étais très attiré par les nouvelles techniques de cultures ». L’agriculteur ambitionne avant tout un produit frais, de choix et une qualité de travail. L’hydroponie, pratiquée habituellement sous serres en Belgique et plus particulièrement aux Pays-Bas et dans les pays nordiques de manière industrielle, va apporter au Namurois les exigences qu’il attendait.


Un équipement économique et écologique
Alors que le coût d’une installation neuve peut s’avérer élevé, Éric Stöcklin fait le choix de réaliser une grande partie des aménagements lui-même. « Le système est assez simple à mettre en place. Des gouttières rectangulaires de 50 mètres de long et à 1 m du sol sont suspendues sur des tables fixes dans lesquelles circule continuellement une solution “nutritive” », souligne le propriétaire. C’est la Technique du film nutritif (NFT). En amont du circuit, une solution composée d’éléments nutritifs (engrais minéraux simples et organiques) est élaborée et contrôlée. Des pompes et des vannes électriques, à intervalles réguliers, envoient l’eau vers les gouttières qui sont inclinées, permettant à la solution de cheminer en un fin film de quelques millimètres vers le point le plus bas, par gravité. Un deuxième réservoir récupère la solution en bout de chaîne où elle est rechargée en nutriments avant de revenir dans le bassin de tête. « C’est un circuit fermé dont le niveau est alimenté en eau au fur et à mesure que la plante consomme. On ne gaspille pas la moindre goutte d’eau », affirme Éric Stöcklin. Les fréquences de circulation sont principalement influencées par les conditions de température et d’ensoleillement qui régissent le besoin en oxygène des racines.


Les avantages de l’hydroponie en plein air
La technique du NFT, mise en pratique à Leuze-Eghezée, présente plusieurs bénéfices aux yeux de son concepteur. « Premièrement, le légume n’est plus en contact avec le sol qui peut être vecteur de maladies et de champignons comme le sclérotinia (pourriture de la base) de la laitue ou le bremia (comparable au mildiou sur salade lié notamment à la rosée du matin) ». Secondairement, son environnement de culture permet pratiquement de ne plus « traiter » comme on l’entend dans l’agriculture conventionnelle, et de réduire les intrants. La production sur tables a des avantages ergonomiques pour l’auto-cueillette qui est réalisée debout. Les déplacements avec la brouette dans l’exploitation sont aisés et ludiques. La méthode permet aussi d’offrir à la clientèle de l’ultra-fraîcheur : le produit est cueilli (avec ses racines pour les salades) bien vivant et ayant encore toutes les vitamines, arômes et principes actifs (anti-oxydants notamment) non dégradés pour des légumes des plus propres. « Le “plein air” rend la feuille plus colorée, plus épaisse et solide par le fait des contraintes du climat qui renforcent la plante et sa rusticité », indique Éric Stöcklin. Enfin, le temps de rotation est quasi-inexistant. Dès qu’un pied de salade est retiré de la rampe, il est directement possible d’en repiquer un nouveau. Dans ces conditions, la durée moyenne de pousse d’une salade est de 8 semaines au printemps et de 5 semaines en été. Quarante sortes de salades sont plantées ici vers le 15 mars, pour les premières, et jusqu’à la fin du mois de novembre. Face à la réussite de ses jardins suspendus, Éric Stöcklin garde les pieds sur Terre. Pour lui, l’avenir de l’hydroponie se trouve dans les villes. « C’est peut-être la solution pour nourrir les métropoles, avec peu d’espace nécessaire et de plus petites tables, il est possible de cultiver sur les toits des immeubles ».


Simon Playoult

Une technique vieille comme le monde

Vous rappelez-vous les jardins suspendus de Babylone, considérés comme l’une des sept merveilles du monde antique et conçus 600 ans avant Jésus-Christ ? Bien qu’il ne s’agisse pas réellement d’hydroponie, c’est à cette époque qu’apparaît l’idée de culture hors-sol. 400 ans plus tard, dans les Andes, on cultivait les potagers à la surface du lac Titicaca.
De leurs côtés, les Aztèques avaient construit dans les marécages des sortes de radeaux sur lesquels les agriculteurs jardinaient. Les Chinois emploient encore ces techniques millénaires de culture sur gravier.

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