Le Syndicat Agricole 25 octobre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Crucifères - Crucifères adventices du colza : ne pas se laisser déborder

Lutter contre ces adventices tout au long de la rotation est primordial pour éviter les infestations à moyen ou long terme.

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Les crucifères adventices, dotées d’un important système racinaire et d’une croissance rapide, sont souvent très préjudiciables pour le rendement du colza.
Les crucifères adventices, dotées d’un important système racinaire et d’une croissance rapide, sont souvent très préjudiciables pour le rendement du colza. - © C. Gazet

Ces dernières années, le retour plus fréquent du colza dans les rotations et le développement des techniques de préparation de sol simplifiée ont accentué les infestations de crucifères dans les colzas. Les graines des crucifères, que ce soit celles des adventices ou celles du colza, se conservent longtemps dans le sol. À cela s’ajoute la faible efficacité des herbicides (notamment en colza) rendant certaines situations difficiles à gérer, en particulier en sanve et ravenelle. Lutter contre ces adventices tout au long de la rotation est donc primordial pour éviter les infestations à moyen, voire long terme.


Un impact important sur le rendement mais aussi sur la rotation
Les crucifères adventices, dotées d’un important système racinaire et d’une croissance rapide, sont souvent très préjudiciables pour le rendement du colza. Elles exercent une compétition directe précoce (jusqu’à 50 % de perte de rendement en cas d’infestation massive) et impactent également la qualité de la récolte (augmentation des impuretés et de la teneur en glucosinolates). La nuisibilité des ravenelles est accrue les années où le gel est peu marqué, ou sur la façade maritime.
Ces deux adventices sont également hôtes d’insectes, de nématodes et de maladies.


Reconnaître les différents types de crucifères
La ravenelle préfère les sols riches et acides (limons, sols argilo-siliceux), alors que la sanve se plaît davantage dans les argilo-calcaires. La sanve est sensible au gel, la ravenelle un peu moins. Mais son apparition précoce dans les colzas lui permet de passer l’hiver sans encombre. La sanve est davantage un problème dans les systèmes de production où le sol est bouleversé régulièrement à 15 cm ou plus de profondeur. La ravenelle colonise plus facilement les cultures à faible densité qui s’installent lentement.
Les plantules des crucifères possèdent des feuilles disposées en rosette. Il faut 100 jours à la sanve et la ravenelle pour couvrir leur cycle de développement.


Prévention et lutte agronomique préventive
Tous les leviers agronomiques sont à combiner pour obtenir une efficacité optimale, à l’échelle de la rotation. Chaque mesure utilisée seule n’a qu’une efficacité limitée. C’est le colza le premier désherbant : une levée précoce, rapide et homogène favorise la concurrence du colza vis-à-vis des mauvaises herbes. Les crucifères étant facilement maîtrisées dans le blé, c’est préférentiellement dans cette culture qu’il faut agir. En cas de pollution à la récolte, le triage des semences est recommandé.
• Rotation des cultures : la sanve et la ravenelle ne sont pas sensibles à l’alternance des dates de semis en raison de leur capacité à lever à l’automne et au printemps. Il faut être vigilant à la production de graines dans les cultures de printemps. Une rotation plus chargée en céréales d’hiver tendra à limiter le développement de ces adventices. L’allongement de la rotation entre deux colzas limite leur progression.
• Labour : le labour a peu d’effet car les graines ensevelies restent viables dans le sol très longtemps.
• Déchaumages et faux semis : le faux semis est la meilleure des solutions préventives. Il est efficace sur la plupart des crucifères. Il doit être réalisé à 5 cm de profondeur maximum. Il est à répéter tout au long de la rotation, dans chaque interculture. Les faux semis réalisés avant les cultures de printemps tardives sont à privilégier en raison d’une marge de manœuvre plus importante et d’une dormance faible de la sanve à cette époque de l’année, mais ils sont également propices entre un colza et un blé.
• Lutte directe mécanique : la lutte mécanique n’est intéressante qu’à condition de pouvoir intervenir très tôt sur des adventices faiblement enracinées : stade fil blanc-cotylédon (désherbage à l’aveugle en prélevée) pour le hersage. Il faut tenir compte, lors du semis du colza, d’une perte de pieds oscillant entre 9 et 15 % à chaque passage de herse. Le passage de houe est plus sélectif et peut intervenir au stade de germination du colza à 2-3 feuilles. Au-delà de 2-3 feuilles, seul le binage est rentabilisé. Il peut être combiné à une localisation de l’herbicide sur le rang, et intervient à 4 feuilles du colza, voire 3 avec des protège-plants.


Lutte chimique de prélevée
Le contrôle des crucifères est possible en chimique, mais il nécessite souvent des rattrapages couteux et de positionnement délicat.
Les produits actuels de post-semis pré-levée ont une efficacité satisfaisante sur certaines espèces de crucifères. La famille des chloroacétamides (métazachlore, dimétachlore) a un rôle sur des crucifères simples, type capselle ou passerage, mais sur sanve et ravenelle leur efficacité est très insuffisante. Malgré son efficacité limitée, la clomazone est incontournable sur crucifère et doit être associée à d’autres matières actives dans un programme herbicide de post-semis puis prélevée.
Par exemple : Axter, Nimbus ou Colzor Trio, voire Butisan S sur sanve.


Lutte chimique de rattrapage
En post-levée, peu de solutions existent :
• Cent7 est très efficace sur sanve si de fortes gelées suivent dans les 15 jours/3 semaines, moyennement efficace sinon. L’efficacité sur ravenelle est mauvaise, car la plante croît très vite au stade jeune. Ce produit à action essentiellement racinaire (absorption au niveau du collet) est efficace sur jeune plante (3-4 feuilles). Au-delà, la crucifère est trop vigoureuse et le produit détoxifié. L’efficacité peut chuter de 80 % entre le stade 4 feuilles du colza et 6-8 feuilles. Il faut traiter dès 4-6 feuilles sur un colza en bon état végétatif. Le facteur limitant reste la sélectivité : traiter sur feuillage sec et sol ressuyé, en dehors de période de fortes chaleurs, seul à 0,4 l/ha, dans une cuve parfaitement propre. Un délai minimum avant et après traitement doit être respecté pour appliquer un autre produit. Une deuxième application peut être envisagée.
• Callisto est efficace sur sanve, en simple ou double application à 0,15 l/ha sans mélange à d’autres substances actives. L’efficacité sur ravenelle est mauvaise. Un gel intense après l’application facilitera la destruction. Son utilisation est de 6 feuilles du colza, jusqu’au stade rosette. Les colzas doivent être en bon état végétatif, légèrement endurcis par les premiers froids. Le colza présente une forte décoloration sans réduction de vigueur durant 3 à 4 semaines. L’efficacité décline sur des stades trop développés, en l’absence de gel.
Sur des adventices difficiles à maîtriser comme les crucifères, c’est l’agronomie qui doit entrer en jeu, car les solutions chimiques n’ont qu’une efficacité partielle, ou un risque de mauvaise sélectivité. La lutte à l’échelle de la rotation est nécessaire car les mesures agronomiques et chimiques combinées en colza ne sont parfois pas suffisantes.

Marion Renaud
Conseillère Productions Végétales
Chambre d’Agriculture de Région Nord-Pas de Calais

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