Le Syndicat Agricole 28 mars 2013 à 11h32 | Par Le Syndicat Agricole

Congrès FNPL - « Il est temps de redonner au lait sa vraie valeur »

Stéphane Le Foll a annoncé la mise en place d’une nouvelle aide couplée en faveur de l’élevage laitier pour 2013.

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Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.
Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture. - © Actuagri
« J’ai dégagé pour 2013 une enveloppe de 20 millions d’euros pour les jeunes installés et les récents investisseurs », a indiqué le ministre de l’Agriculture lors du congrès de la FNPL, qui s’est tenu le 21 mars dernier à Nantes. La mise en place de cette nouvelle aide couplée est rendue possible par la Commission, qui a ouvert la possibilité de redéployer des ressources budgétaires du 1er pilier pour 2013. L’annonce de Stéphane Le Foll a néanmoins reçu un accueil glacial de la part des producteurs de lait. Ces derniers, pris à la gorge par des charges durablement en hausse et un prix du lait qui tarde à se redresser, n’ont cessé de le marteler: l’urgence est à la réévaluation des revenus des producteurs. « Il est temps de redonner de l’oxygène à nos élevages, et pour certains, de les sauver! Il est temps de redonner au marché un fonctionnement normal! Il est temps de redonner au lait sa vraie valeur », a assené Thierry Roquefeuil. D’ailleurs, le président de la FNPL en a directement appelé à la responsabilité de la filière: « Je le dis à nos entreprises de transformation et aux grandes enseignes de distribution: nous voulons, dès le prochain trimestre, une traduction concrète des charges sur le prix du lait ».

Producteurs et distributeurs refusent de céder
Mais les transformateurs n’augmenteront pas le revenu des éleveurs sans répercuter cette hausse sur la distribution. Et la distribution s’y refuse. « Si la LME (Loi de modernisation de l’économie, ndlr) a bénéficié à quelqu’un, ce n’est certainement pas à la distribution », a plaidé, sous les huées des éleveurs, Mathieu Pecqueur, chef du service agriculture et qualité à la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution). « Les marges n’ont cessé de baisser pour les distributeurs, ce qu’on ne peut pas dire des marges de la transformation », a-t-il continué. Et il est toujours hors de question pour la distribution de faire payer au consommateur le prix des variations des matières premières sur le marché mondial, même si cette répercussion ne représenterait que 2 à 3 centimes par litre de lait. « Le consommateur ne veut pas débourser un centime de plus », croit Thierry Pecqueur, et « sans consommateur il n’y aura plus de producteurs », a-t-il tenté de menacer. Mais pour les producteurs, cette politique pourrait rapidement se retourner contre la distribution. « À long terme, la filière va aller mieux parce que les Chinois vont acheter plus cher », lance à son tour André Bonnard, trésorier à la FNPL. « C’est à vous de choisir, a-t-il interpellé, acceptez une hausse du revenu, ou les transformateurs se tourneront vers la Chine. » Et cette fois, la fédération attend un engagement concret de la part de la distribution. « Lorsque nous sommes allés les rencontrer en région pour négocier une hausse de leur prix d’achat, tous les distributeurs nous ont dit “OK, si tout le monde le fait” », raconte André Bonnard, avant de préciser que ces mêmes distributeurs « rigolent sous cape en disant que ça ne pourra pas se faire car il s’agit d’une entente commerciale. Il va falloir arrêter avec ce double discours », a-t-il prévenu.

Les actions syndicales vont se poursuivre
« Il faut mettre un peu de raison et de bon sens dans ce que la distribution nous assène quotidiennement », a indiqué Xavier Beulin, président de la FNSEA. Et seule la révision de la LME permettra de mettre un terme au « système mafieux » mis en place par la grande distribution, a-t-il attaqué.
La centrale agricole prépare des « actions syndicales dans les jours et les semaines qui viennent » pour que les éleveurs puissent retrouver un revenu décent le plus rapidement possible. Même mouvement chez les Jeunes Agriculteurs. « Nous projetons des actions syndicales à l’encontre des GMS », a annoncé Jérôme Chapon, vice-président des JA. Quant à Thierry Roquefeuil, il a directement interpellé le ministre pour qu’il organise « dans les prochains jours une table ronde nationale avec la filière et le commerce, afin d’examiner les modalités concrètes d’une répercussion des charges sur le prix du lait ».
Stéphane le Foll s’est pour sa part engagé à « réunir début avril une table ronde entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs à ce sujet ». Il a aussi rappelé l’engagement du gouvernement de rééquilibrer les discussions entre les transformateurs et la grande distribution, via des modifications de la LME. Il s’agira notamment d’introduire des mécanismes de révision des prix liés aux prix des matières premières, et de renforcer la transparence et les sanctions. « Ce rééquilibrage devra avoir un effet sur le prix payé au producteur », a-t-il insisté.

zoom sur... « Mieux orienter la PAC au profit de l’élevage »

Lors de son discours, Stéphane Le Foll a souligné les résultats positifs importants obtenus en début de semaine à Bruxelles sur la réforme de la PAC, et notamment la possibilité de majorer les aides découplées payées aux 50 premiers ha de chaque exploitation, et l’augmentation à ce stade à 12 % du taux de couplage. « Ces outils vont nous permettre de mieux orienter la PAC au profit de l’élevage » a-t-il insisté.
Sur la fin du système des quotas laitiers, il a mis en avant l’obtention d’un rendez-vous à Bruxelles en septembre prochain pour discuter de l’après-quota: « Nous allons travailler activement avec d’autres États membres pour faire émerger d’ici là une proposition concrète de dispositif d’intervention en cas de déséquilibre sur le marché. Nous devons aborder l’après-quota avec une stratégie claire et partagée. »

Vers une révision de la LMA
Concernant la contractualisation entre producteurs et transformateurs, le ministre de l’Agriculture a évoqué les principales mesures qui seraient prises, suite aux conclusions issues des groupes de travail menés depuis 3 mois: « Nous allons mieux protéger les JA et équilibrer les clauses en incluant, comme dans la LME, une obligation de révision des prix quand les indicateurs de prix des matières premières fluctuent fortement. Je demanderai aux coopératives de me rendre compte des engagements qu’elles ont pris pour appliquer réellement les principes de la contractualisation.
Il faut aussi consolider progressivement les organisations de producteurs (OP) ».
Il a également annoncé la constitution d’une cellule de veille au sein du CGAAER, pour anticiper et traiter les situations des producteurs sans collecteurs.

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