Le Syndicat Agricole 24 juin 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Chaîne des terrils : du noir au vert

Le bassin minier fête en juin le 4e anniversaire de son inscription au patrimoine mondial de l'Unesco. Ses terrils devraient être labélisés « site classé » avant la fin de l'année.

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 © DDTM Le terril Saint-Éloi d?Ostricourt (59) est entièrement boisé et permet le maintien d?une flore et d?une faune atypiques. © DR David Mascret, garde départemental aux Espaces naturels sensibles du Nord. © DR Comme ici à Ostricourt, des mares sont réaménagées autour des terrils pour préserver la biodiversité et attirer le public. © DR

Gigantesques accumulations de déblais engendrées par les travaux de creusement et d'exploitation de la houille, les terrils sont les témoins directs de l'histoire et de l'identité minière du Nord-Pas de Calais. Désignant initialement un mont, un stock de terre, ils sont l'amoncellement des roches et des résidus issus du triage du charbon. Depuis le classement du bassin minier sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 2012, une Mission interservices de l'eau et de la nature (Misen), sous l'égide de l'État via la DDTM, a été spécialement créée pour assurer la protection et la mise en valeur de ces terrils. Nous avons rencontré ses équipes sur le terrain.

Maintenir un site visible « comme paysage patrimonial »
Symbole de l'activité des houillères, le terril Saint-Éloi (patron des agriculteurs), situé sur la commune d'Ostricourt (59), est sous la surveillance de David Mascret, garde départemental aux Espaces naturels sensibles du Nord. « Le terril est de forme "parfaite" et il convient de le maintenir visible comme paysage patrimonial », indique-t-il. Depuis la cessation de l'activité minière, la nature a repris ses droits sur cette terre composée principalement de schistes, et en plus petite quantité de grès carbonifères. « Les bouleaux sont les premiers arbres à avoir poussé ici. Aujourd'hui, le terril est entièrement boisé, explique le responsable du site de 62 ha divisé en plusieurs dizaines de parcelles. Nous rencontrons régulièrement les propriétaires pour les informer d'une gestion appropriée de l'endroit. Il faut absolument éviter l'érosion et les glissements de terrains afin de préserver sa silhouette. » La pente, la composition, la granulométrie, l'orientation, l'environnement naturel et le mode de mise en terril sont autant de paramètres qui interviennent dans la formation des terrils. On observe, sur un même terril, une grande diversité de milieux et d'espèces.

Un terril « connecté » aux autres milieux naturels
La nature du terrain et les habitats spécifiques (certaines zones sont parfois régulièrement en échauffement) permettent à des plantes et à des animaux (papillons, oiseaux, lézards, crapauds, criquets, etc) de retrouver dans les terrils les conditions de vie qu'ils ne trouvent habituellement que dans les régions plus méridionales. « Nous avons recensé une espèce unique d'orchidée, quatre espèces de tritons ou encore la présence d'oiseaux migrateurs », énumère David Mascret. Les terrils, ainsi protégés, apparaissent comme des îlots d'une biodiversité à part dans le Nord-Pas de Calais. Celle-ci varie également en fonction de la connexion du terril avec d'autres milieux naturels tels que les bois, les champs ou les zones humides. « Plusieurs mares ont été recréées en périphérie du terril, souligne Isabelle Doresse, responsable du service eau et environnement de la DDTM du Nord. L'enjeu est de maintenir un écosystème au sein de ces terres autrefois dénuées de faune et de flore. » Un environnement et des aménagements complémentaires (chemins de randonné, passerelles) qui permettent d'attirer et d'accueillir le public. Car bon nombre de terrils sont désormais utilisés comme supports d'activités de loisirs (bases de loisirs, parcs urbains ou aquatiques, activités sportives et artistiques). Des atouts et des caractéristiques atypiques qui devraient peser dans la balance pour le classement des terrils au titre de « site classé » français, comme le sont déjà les sites des Deux caps ou des Dunes des Flandres.

Le classement des montagnes noires
Afin de garantir la pérennité et la bonne gestion sur le long terme des « montagnes du Nord », il a été décidé de hisser leur niveau de protection réglementaire. « Le Conseil d'État étudie actuellement le projet de référencement de 47 terrils en tant que "site classé" et devrait se prononcer avant la fin de l'année 2016 », assure John Bruneval, chef du pôle sites et paysages de la Dreal Nord-Pas de Calais - Picardie et membre de la Misen. Un site classé ou inscrit est un espace ou une formation naturelle remarquable français dont le caractère historique ou pittoresque appelle, au nom de l'intérêt général, la conservation en l'état. « Les terrils seraient alors régis par le Code de l'environnement et nécessiteraient un suivi plus qualitatif », affirme John Bruneval. Une autorisation préalable devra notamment être requise pour tous travaux susceptibles de modifier l'état ou l'apparence du territoire protégé. Le classement des terrils du Nord-Pas de Calais est le premier volet d'une campagne de classement de sites sur le bassin minier. Elle sera suivie d'une seconde phase visant à classer les « paysages miniers » (étangs d'affaissement, franges agricoles...), auxquels les espaces cultivés et les marais seront ponctuellement intégrés.

Simon Playoult

Le bassin minier : 225 terrils sur 120 km de long

Le bassin houillier du nord de la France s'étend d'Est en Ouest de Fresnes-sur-Escaut (59), près de la frontière belge, à Ligny-les-Aires (62), sur 6 à 12 km de large pour 120 kilomètres de long. On dénombre actuellement 225 terrils, de tailles et de formes variées, sur les 330 qu'a compté, au total, le bassin minier. Une diversité typologique qui s'explique essentiellement par l'évolution technique des modes de « mise à terril » mais également par la disponibilité et la nature des surfaces sur lesquelles ont été édifiés les terrils. La dernière mine a été fermée définitivement en décembre 1990. Nombre de terrils ont disparu car ils ont servi de réserve de matières premières, notamment pour les travaux publics. En réaction à la disparition progressive des terrils miniers, diverses institutions publiques et associations privées oeuvrent depuis pour la préservation de ce patrimoine particulier.

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