Le Syndicat Agricole 21 février 2014 à 08h00 | Par C.D.

CETIOM - Techniques : des marges de progrès pour le colza

Lutte contre le sclérotinia, optimisation de la récolte du colza, les sujets techniques à l'honneur lors des réunions.

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Le sclérotinia reste la principale maladie du colza avec des pertes qui peuvent atteindre 30 % !
Le sclérotinia reste la principale maladie du colza avec des pertes qui peuvent atteindre 30 % ! - © Cetiom

De toutes les cultures de nos assolements régionaux, le colza est probablement celle où les fluctuations de rendement sont les plus importantes, sans pour autant pouvoir toujours bien les expliquer. Ainsi, le Cetiom a mis en évidence qu'entre 1976 et 2013, la productivité fluctuait entre 30 et 44 quintaux à l'hectare. Si des outils de prévision de rendement existent depuis quelques temps pour les blés par exemple, il faut bien reconnaître que pour les colzas, estimer un potentiel de rendement est un exercice bien périlleux. Dans la construction de ce modèle de prédiction, l'Institut technique a mis en exergue 10 variables significatives qui peuvent expliquer ces tendances, entre la levée et la récolte du colza. À partir de données climatiques comme la température, la pluviométrie ou encore le rayonnement, différents paramètres favorables sont ainsi mis en avant pour notre région : pluies excédentaires lors de l'implantation du colza, rayonnement et températures déficitaires pour limiter l'élongation et favoriser un démarrage lent de la plante, hiver plus froid que la normale, printemps bien arrosé pour optimiser la reprise de végétation ou encore un mois de juin frais pour allonger la durée et la qualité de remplissage des siliques. Grâce à cette modélisation, le Cetiom a pu ainsi valider son outil, avec un écart moyen entre les données et les prévisions, de l'ordre de 1,26 qx/ha et une variable maximale de 3 qx/ha ! Au-delà de ces simulations climatiques, il reste tout un volet d'expertise et de données recueillies sur le terrain qu'il reste à affiner comme le comptage des siliques, la détermination du PMG, mais aussi la fertilité des graines.
Mais, à terme, comme les cartes de prévisions de rendement du blé proposées par Farmstar, on devrait pouvoir approcher plus efficacement les potentiels de production des différentes pièces de colza d'une même exploitation.

Lutter contre le sclérotinia
Autre cheval de bataille du Cetiom, la lutte contre le sclérotinia, maladie la plus dommageable du cycle de développement du colza. Rappelons que si ce champignon est peu fréquent, ses attaques sont très nuisibles et, à l'image de 2007, 2008 ou 2013, son préjudice peut atteindre, voire dépasser 30 quintaux à l'hectare ! Parce qu'il n'existe aucune solution curative, que la lutte biologique est souvent insuffisante - à l'image du Contans WG - mais aussi parce que la protection fongicide est toujours payante, et ce quelque soit la pression maladie, le choix et le positionnement du produit sont essentiels. En effet, avec un faible niveau d'infestation, comme en 2010, le profit atteint 1,5 qx, mais dès que l'intensité de la maladie augmente, avec par exemple 30 % des pieds touchés comme en 2008, le gain de la protection fongicide ressort à + 6,5 quintaux ! Pour ce qui est des spécialités chimiques présentes, les trois grandes familles fongicides - SDHI, triazoles et strobilurines - sont commercialisées. Avec 85 % des surfaces protégées le boscalid, première SDHI développée, et présente dans des spécialités comme le Pictor Pro, reste la référence contre le sclérotinia sur le marché. Néanmoins, avec l'apparition des premières souches résistantes aux SDHI, en laboratoire, dès 2011, l'heure est clairement à l'alternance des familles chimiques, et mieux encore, à leur association. C'est tout le sens des deux nouveautés proposées sur ce segment, la première pour 2015, la seconde dès cette année. Le Propulse (Bayer CS) disposera ainsi d'un mélange d'une triazole, le prothioconazole, avec une nouvelle SDHI, le fluopyram. Pour sa part, BASF Agro commercialisera Epilor, un mélange de boscalid et de metconazole, une solution toute faite, déjà proposée à travers le mélange Pictor Pro - Sunorg Pro. Au-delà de toute cette panoplie chimique proposée, le Cetiom continue à travailler sur un outil de modélisation et de prévision du sclérotinia pour mieux optimiser l'emploi de ces solutions fongicides.

Réduction des pertes
Dernier axe de travail proposé par l'Institut technique, l'amélioration de la récolte du colza avec, en point de mire, la réduction des pertes avant et après la moisson. Pour ce qui est des pertes avant la récolte, la résistance à l'égrenage des variétés récentes a beaucoup progressé. Dans tous les cas de figure, ces pertes ne dépassent jamais plus de 1 quintal par hectare et ce, même en cas de récolte tardive. Elles ont ainsi diminué de moitié entre des produits anciens et des variétés plus récentes. Autre constat réalisé par le Cetiom, l'égrenage n'a pas tendance à s'accentuer dans le temps : Une variété peu sensible, le reste, par exemple, tout au long de son cycle végétatif. Outre cet aspect, c'est probablement du côté du matériel de récolte que les plus gros progrès sont à faire. Il reste ainsi 30 % des moissonneuses-batteuses non équipées d'une barre de coupe avancée alors que le gain estimé est de 2 qx/ha ! Lors de la récolte, il ne faut pas uniquement se focaliser sur la teneur en eau du grain, la présence de tiges vertes étant responsable de pertes à l'arrière. Les pailles arrivant à maturité bien après le grain, les essais entrepris par le Cetiom montrent que pour une même humidité de la graine, passer d'une teneur en eau de la paille de 40 à 4 % (soit un recul de la moisson de 15 jours) procurerait un gain de productivité de 4 quintaux. La patience et l'observation sont donc de mise à la récolte pour ne pas galvauder un an de labeur !

Désherbage, du « tout-en-post » pour demain...

Alors qu'il n'existait pas de réelles solutions, en post levée, pour venir à bout des adventices, les choses pourraient rapidement changer avec l'arrivée de nouvelles propositions chimiques. Ces palliatifs, pourraient élargir une gamme de solutions que l'on trouve déjà à travers les variétés Clearfield, sans les contraintes de variétés tolérantes aux herbicides. La première, développée par Dupont, est à base d'ethametsulfuron-méthyl, et même si elle doit être renforcée avec du Novall en programme, elle a de nombreux atouts en particulier sur géranium et ombellifères. Pour sa part, Dow AgroSciences proposera pour les semis 2014, une association de propyzamide - un anti-graminée spécifique déjà présent à travers le Kerb Flo - et l'aminopyralide, un anti dicotylédones à large spectre d'action.
Avec ces propositions, le Cetiom espère que le désherbage du colza sera plus « spécifique et raisonné » en phase avec les attentes environnementales. Avec la vulgarisation des semoirs monograines, l'accent pourrait être aussi clairement mis sur des perspectives alliant à la fois le chimique et le mécanique...

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