Le Syndicat Agricole 19 août 2013 à 09h47 | Par Le Syndicat Agricole

Céréales - Stockage à la ferme : les conditions à respecter

Pour une bonne conservation des grains, de nombreux paramètres sont à surveiller.

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Il convient de stocker la récolte dans un lieu minutieusement nettoyé. Les bâtiments (murs, sol, charpentes...) doivent être balayés impérativement ou au mieux passés à l’aspirateur industriel.
Il convient de stocker la récolte dans un lieu minutieusement nettoyé. Les bâtiments (murs, sol, charpentes...) doivent être balayés impérativement ou au mieux passés à l’aspirateur industriel. - © J. C. Gutner

Le principal intérêt du stockage de longue durée est l’autonomie qu’il procure à l’agriculteur. Pour stocker, certaines règles primordiales sont à respecter. En effet, de mauvaises conditions de stockage auront des effets irréversibles sur la qualité du grain. Les enjeux économiques sont donc importants.
Avant la récolte, la première règle est de maintenir, dans la mesure du possible, la culture propre. Il s’agit ensuite de bien choisir le moment de la récolte. Le grain se conserve d’autant plus facilement qu’il est récolté mûr et sec. Il n’est pas recommandé de stocker à plus de 16 % d’humidité (au-delà de 15 °C les moisissures se développent). Le passage dans un nettoyeur-séparateur permet d’éliminer les impuretés et les grains maigres échaudés ou attaqués par des champignons, ce qui améliore fortement la conservation des grains.

Le nettoyage des locaux et du matériel, étape incontournable
Il convient de stocker la récolte dans un lieu minutieusement nettoyé. Les bâtiments (murs, sol, charpente...) doivent être balayés impérativement ou au mieux, passés à l’aspirateur industriel, de même que le matériel de récolte et de manutention (moissonneuse, trémie, vis, remorques, système de ventilation...). Les poussières et déchets recueillis après nettoyage doivent être détruits pour éviter toute contamination.

Des insectes à bien surveiller
Il existe plusieurs familles de ravageurs susceptibles de détériorer les grains. Chez les coléoptères, on retrouvera principalement le Charançon, le Tribolium, le Silvain. Chez les lépidoptères, l’Alucite et la Teigne. Les acariens, comme le Tyroglyphe peuvent également produire de gros dégâts. Au préalable, un insecticide préventif pourra renforcer le nettoyage des locaux. La lutte contre ces ravageurs sera de préférence axée sur la ventilation de refroidissement car des résidus d’insecticides sont parfois retrouvés sur les produits finis. Les Charançons qui sont les plus résistants ne se reproduisent plus en dessous de 12 °C (à la mise en silo, un charançon par tonne devient 10 mois plus tard 1 charançon par kilo !). Trois mois à une température de 5 °C entraîne la mort des adultes et de toutes les formes de développement (larves, nymphes, œufs). Cependant, si les insectes sont présents dès le premier palier de ventilation, il est possible d’intervenir avec un insecticide adapté (à base de cyperméthrine ou chlorpyriphos-méthyl...). Attention aux oiseaux et aux rongeurs, ils ne doivent pas être en contact avec le grain stocké.

Ventilation de refroidissement
Le principal objectif de la ventilation est de refroidir le grain afin d’assurer sa bonne conservation. Le grain stocké perd du poids car il respire, et cela d’autant plus qu’il chauffe. Le plus souvent, le grain est récolté entre 20 et 30 °C (selon les conditions de récolte). Même si la température de l’air diminue, cela reste insuffisant pour refroidir le tas, il faut donc ventiler. En pratique, il faut maintenir le grain en dessous de 12 °C. Pour y arriver, il faut pratiquer des doses de ventilation par palier. Ainsi, une première dose de ventilation sera effectuée dès la récolte (objectif visé : température du grain à 18 °C), une autre en septembre-début octobre (objectif : 10 °C), puis une autre en hiver qui aura un effet de désinsectisation (objectif : 5 °C).
Une dernière dose peut être réalisée pendant les périodes de gel pour un stockage de longue durée (objectif < 5 °C). Il faut cependant veiller à ne ventiler que lorsque l’écart de température entre l’air et le grain est de 5 à 7 °C. Si l’écart est trop fort, cela peut engendrer des phénomènes de condensation sur les parois, bien souvent à l’origine de moisissures. La ventilation de nuit est donc à privilégier (pour une optimisation des déclenchements en période « fraîche », il est possible d’automatiser la ventilation, le grain est alors refroidi 2 fois plus vite que par un système de déclenchement manuel). La ventilation ne pourra être arrêtée que lorsque la température de la couche supérieure du grain avoisine celle de l’air (c’est-à-dire ayant un écart inférieur à 2 ou 3 °C). Accessoirement, la ventilation permettra de sécher le grain (de 2 à 3 points pour 150 à 300 jours de ventilation continue).

Noémie Hertault, Conseillère en Productions végétales
Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais

Zoom sur... Jusqu’à quelle teneur en eau peut-on stocker des céréales ?

Si la teneur en eau du grain ne dépasse pas 15,5 %, une ventilation de refroidissement conduite la nuit suffit à ramener l’humidité aux normes.
Si la teneur en eau est comprise entre 15,5 et 16,5 %, il est nécessaire de pratiquer une ventilation continue (jour et nuit) jusqu’à ce qu’elle soit descendue à 15 %.
Si la teneur en eau du grain est comprise entre 16,5 et 19 %, il est nécessaire de pratiquer dès la récolte une ventilation séchante avec un débit important et un réchauffement de l’air ambiant de quelques degrés (l’air doit être chaud et sec) à l’aide d’un générateur d’air chaud fonctionnant de préférence au gaz. Cette solution n’est valable que pour des hauteurs de grains inférieures à 3 m. Au-delà, il vaut mieux passer le grain au séchoir.
Enfin, si la teneur en eau du grain est supérieure à 19 %, il est indispensable de le passer au séchoir.
Dans tous les cas, une fois la teneur en eau du grain abaissée, il est nécessaire de réaliser une ventilation de refroidissement classique (de nuit) conduite en trois paliers (cf. article ci-dessus).
Pour les oléagineux, le raisonnement est le même : plus les grains sont récoltés humides, plus leur séchage doit être intense pour éviter tout défaut de conservation.


Etienne Losser
Arvalis – Institut du Végétal

À savoir

Pour connaître la teneur en eau de vos cultures, vous pouvez analyser un échantillon de grains avec un appareil portatif ou le faire analyser chez votre organisme stockeur. Les résultats sont immédiats et fiables.

En chiffre

16 %. Il est conseillé de ne pas stocker des céréales avec un taux d’humidité supérieur à 16 % ; cela peut nuire à la bonne conservation des grains.

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