Le Syndicat Agricole 29 novembre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

CÉRÉALES - Les grandes cultures dans l’expectative

Tiraillé entre des prix à la baisse et une refonte des aides qui ne lui semble pas favorable, le secteur des grandes cultures doit se remettre en cause.

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Loin de leurs niveaux les plus bas de 2009, les prix ont cependant perdu environ 50 € la tonne depuis mai 2013.
Loin de leurs niveaux les plus bas de 2009, les prix ont cependant perdu environ 50 € la tonne depuis mai 2013. - © Le Syndicat Agricole

On le sait trop bien, le marché des grains est difficilement prévisible. Entre les éléments fondamentaux que sont le niveau de production, la consommation mondiale ou encore le niveau des stocks, il vient se greffer d’autres éléments impondérables comme la valeur des monnaies, le coût du transport et, peut-être plus encore, le contexte économique et géopolitique. Les prévisions d’évolution de prix relèvent alors, bien souvent, d’une science « occulte ». Par ailleurs, la physionomie des marchés change. Loin de leurs niveaux les plus bas de 2009, les prix ont cependant perdu environ 50 € la tonne depuis mai 2013. Phénomène nouveau également, l’écart blé – maïs, s’accroît au profit du blé. La faute à une production de maïs record pour cette année, avec près de 960 millions de tonnes récoltés. La conjonction des surfaces en hausse et des rendements satisfaisants fait que les stocks devraient se reconstituer et donc peser sur les prix.

Des éléments conjoncturels et structurels pèsent sur les prix
En blé, la situation est beaucoup plus contrastée. Même si la production mondiale atteint, elle aussi, des records avec un peu plus de 700 millions de tonnes, les stocks se reconstituent très peu, avec à peine 90 jours de provision. Malgré le bon potentiel d’exportation de l’UE et, plus encore de la France, la situation exportatrice de l’Ukraine est difficile à appréhender. L’Argentine, autre exportateur majeur, connaît une véritable hémorragie de ses surfaces en blé, à tel point qu’il ne devrait pas pouvoir alimenter le Mercosur. Ces tensions sont aussi exacerbées par le retour de l’Inde aux achats depuis 2012, mais surtout par la situation de la Chine qui, depuis 2010, importe massivement des céréales, devenant ainsi le deuxième importateur derrière le Japon mais devant l’Égypte. Conjoncturelle ou structurelle, cette situation devrait peser lourdement sur les prix dans les années à venir.

Des revenus à l’image de la volatilité des prix
Dans ce contexte de marché baissier mais incertain, la filière française connaît un bilan économique mitigé. Les charges de production sont, par exemple, toujours en hausse : 2,8 % par rapport à 2012, 8,5 % sur 5 ans. Selon les derniers chiffres publiés par Arvalis-Institut du végétal, elles atteignent ainsi 1 670 € par hectare, tirées principalement par les prélèvements MSA basés sur le bon niveau des revenus des années précédentes. Les charges opérationnelles, quant à elles, atteignent 30 % des dépenses totales à l’hectare. Mais le plus frappant depuis 2007 est, sans conteste, la volatilité des prix et donc des revenus. Entre 2012 et 2013, le revenu a par exemple été divisé par trois. Sur 5 ans, l’amplitude atteint même un rapport de 1 à 6 ! Entre 2012 et 2013, l’effet couplé des prix et des volumes devrait entraîner, en moyenne, une baisse de 21 % du chiffre d’affaires pour le blé, 24 % pour les pois et le maïs, mais surtout 40 % pour le colza, conjonction de prix et de rendements en retrait notable.
Autre fait marquant de la filière, la très grande dépendance des exploitations aux aides publiques. Si, dans les bonnes années comme 2012, les aides ne représentent que 50 % du revenu par actif non salarié pour les exploitations de grande culture, ce chiffre atteint 400 % pour les années difficiles comme 2009. Des données qui témoignent de la forte dépendance aux aides de ce secteur, même si cette corrélation s’estompe un peu depuis quelques années, grâce à la bonne tenue des cours des céréales. Dans tous les cas de figure, ces subsides constituent un filet de sécurité indéniable en cas de mauvaise récolte ou de prix fortement dépréciés !

Une baisse des aides à l’hectare en grande culture
Cette dépendance aux aides, explique l’inquiétude des céréaliers par rapport à la nouvelle PAC qui se profile. En euros courants, le budget de la PAC, pour 2014 – 2020, va ainsi diminuer de 3,5 %, une première depuis la création de cette politique commune. Annuellement, cela représente un budget de 52 milliards d’euros, avec une part de plus en plus large pour le deuxième pilier (aide aux zones défavorisées, installation, gestion de la politique des risques, mesures agro-environnementales) au détriment du premier (aides directes à la production). Si toutes les spécificités de la réforme ne sont pas encore connues, beaucoup s’accordent à dire « que le filet de sécurité serait en baisse, avec, à la clé, un changement du calcul des soutiens publics et une baisse des aides à l’hectare pour les grandes cultures ».
La dépréciation pourrait ainsi atteindre 10 € par tonne de blé, soit prés de 100 € par hectare ! Autre constat mis en exergue par ces différentes simulations : plus la région est spécialisée en grandes cultures, plus le manque à gagner est important. Un scénario qui fait de la Picardie et du Nord-Pas de Calais les régions  les plus touchées par cette nouvelle PAC.

C.D.

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