Le Syndicat Agricole 19 août 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Céréales : La mauvaise récolte s’ajoute aux difficultés actuelles du monde agricole

La région affiche une moyenne de 60 quintaux, bien loin des 100 q de l’année dernière. L’heure est au bilan et à la recherche de solutions pour les trésoreries.

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Du côté des variétés, difficile de savoir quelles sont celles qui s’en sortent le mieux : « C’est une année où le coefficient de variabilité est trop fort pour tirer des conclusions techniques. » © V. Marmuse « On a fait un grand bond en arrière », commente Maurice Caillaud, d’Unéal. Dans les archives de la coopérative, il faut remonter à 1987 pour trouver des rendements équivalents. © J.-C. Gutner

«Catastrophique », « un cauchemar », « la pire depuis 30 ans », la récolte 2016 a déjà reçu de nombreux qualificatifs, plus tristes les uns que les autres. Les conditions climatiques ont fait chuter les rendements de 30 à 40 % en moyenne et ont privé les blés de la qualité attendue. L’heure est désormais au bilan. Découvrez les derniers chiffres recueillis auprès des organismes agricoles du Nord-Pas de Calais.
En début de semaine, la coopérative La Flandre avait réalisé 95 % de sa récolte et tablait sur des rendements allant de 60 à 65 quintaux (q), « avec un gradient progressif vers la côte », précise Didier Vereecke, directeur de la structure. « Nous sommes à 74 % de PS en moyenne », ajoute-t-il, et là aussi la zone côtière semble mieux s’en sortir. « En ce qui concerne l’humidité ce n’est pas très bon, dit-il enfin, nous sommes à 16 % en moyenne. » Du côté des variétés, il serait bien difficile cette année, selon le directeur de La Flandre, de savoir quelles sont celles qui s’en sortent le mieux : « Cela varie beaucoup en fonction de la zone, du précédent…etc. C’est une année au cours de laquelle il y a un coefficient de variabilité trop fort pour tirer des conclusions techniques. » Une année « bien triste », souligne Didier Vereecke. Et la façon d’aborder la prochaine campagne doit déjà être étudiée : « On va réfléchir à des solutions de trésorerie. C’est le conseil d’administration qui décidera prochainement. »
Même constat pour le groupe Carré, qui avait réalisé 70 % de sa récolte en début de semaine. Dans le Cambrésis, les rendements atteignent seulement 50 à 55 q ; ils augmentent au fur et à mesure que l’on se rapproche de la côte, où la floraison a été plus tardive, pour passer à 65 voire 70 q. « C’est très hétérogène », souligne Julien Lenoir, responsable achats-céréales pour le groupe Carré. Concernant le poids spécifique, il préfère ne pas avancer de chiffres tant il y a de différences. « En tant qu’organisme stockeur on va avoir un rôle à jouer pour bien alloter, bien nettoyer les grains pour répondre aux cahiers des charges et payer au mieux les agriculteurs. On va faire notre travail au mieux pour valoriser leur production. » Quant aux prix, s’ils ne sont « pas bons pour l’instant, la campagne ne fait que démarrer », estime Julien Lenoir qui espère que les agriculteurs ne vont pas désinvestir dans leur production pour l’année prochaine.
Avec 70 à 75 % de ses blés récoltés, la coopérative Unéal affichait un rendement provisoire de 60 q à l’hectare. « Il est encore un peu tôt pour avoir le chiffre exact », précise Maurice Caillaud, responsable de la récolte céréales chez Unéal. En tout cas c’est atypique, du jamais vu. » Du jamais vu depuis l’année 1987 qui, dans les archives de la coopérative, montre un rendement à 58 q, équivalent à celui des années 1973 et 1978. « On a fait un grand bond en arrière », commente Maurice Caillaud. Le poids spécifique est hétérogène, allant de 65 à 76 %. L’humidité est de 15,5 à 15,8 %. « Ce n’est pas le gros problème, la première punition ce sont les rendements, souligne-t-il. Et les prix ne bougent pas car il ne manque pas de blé dans le monde.
Le colza serait « le moins impacté » dans la région. La récolte qui se termine pour la coopérative Unéal montre des rendements à 37 q à l’hectare. Dans un communiqué, France­AgriMer, Arvalis et Terres Inovia estiment toutefois qu’au niveau de la France, les rendements sont « jugés globalement bons pour la moitié sud et décevants au Nord sur tous les secteurs y compris sur les parcelles à fort potentiel en fin de floraison. »
Alors que les conséquences de ces rendements vont se faire ressentir sur les trésoreries des agriculteurs, les responsables syndicaux se mobilisent d’ores et déjà pour trouver des solutions avec l’ensemble des acteurs concernés.

Laura Béheulière

Les agriculteurs en appellent à l’État

La grande moitié Nord de la France fait partie des zones les plus impactées par les baisses de rendement cette année. À l’invitation de la FDSEA du Pas-de-Calais, le président de la FNSEA Xavier Beulin devait se rendre hier, jeudi 18 août, sur une exploitation en polyculture-élevage à Crequy. L’objectif étant de dresser un état des lieux de la situation de l’agriculture départementale, et par extension régionale, en mesurant les conséquences de la crise économique pour le secteur de l’élevage et des conditions météorologiques sur les cultures pour la récolte 2016.
« Il manque environ 50 000 € de chiffre d’affaires sur la ferme moyenne (environ 70 ha) », calcule Pierre Hannebique, président de la FDSEA 62. « La seule solution, poursuit le responsable, est d’arriver à trouver des moyens bancaires, à travers une année blanche sur l’ensemble des emprunts, pas seulement sur les emprunts à long terme, quelque soit leur forme, qu’ils soient modulables ou non, afin qu’un maximum d’agriculteurs puisse aborder la campagne 2017. » « L’État doit prendre en charge le coût de cette année blanche, précise Laurent Verhaeghe, président de la FDSEA du Nord. Chacun à son niveau doit intervenir pour redonner de l’espoir aux agriculteurs et à leurs familles. Il faut se remettre en route pour redémarrer une nouvelle campagne. »
Le 1er septembre, une réunion exceptionnelle du Conseil de l’agriculture française (FNSEA, APCA et banques, mutuelles, assurances agricoles) est prévue. Le 2 septembre, le sommet européen des ministres de l’Agriculture se réunira à Chambord. Deux dates clés qui devraient permettre de tirer les premières conclusions et d’apporter des réponses. « Les actions des agriculteurs vont redémarrer rapidement s’ils ne voient aucun signe en leur faveur », assure Pierre Hannebique.

L.B.

Zoom sur... « Une panoplie de solutions pour plus de souplesse »

La mauvaise récolte de cette année va impacter la trésorerie des agriculteurs. Il manquerait 400 à 500 € par hectare. La profession se tourne désormais vers les banques et attend une année blanche. Celles-ci sont encore dans l’état des lieux.
« Il y a une grosse inquiétude, d’autant plus qu’au niveau mondial il y a une offre importante, souligne Sébastien Lejosne, responsable des marchés agricoles au Crédit agricole. On cumule les déconvenues. Au regard des estimations, sur les 300 000 ha de céréales dans le Nord-Pas de Calais, il va manquer plus de 150 millions d’euros. Nous sommes conscients des conséquences que cela va avoir sur les trésoreries et nous serons présents pour aider les agriculteurs. Nous travaillons sur toute une panoplie de solutions qui donneront de la souplesse. L’objectif est de boucler la campagne de 2016 et de permettre de préparer celle de 2017. » D’après le responsable, les actions devraient prioriser les plus fragilisés comme les jeunes agriculteurs ou les récents investisseurs par exemple, même s’il ne souhaite pas en dire davantage pour le moment.
Interrogées sur les avances sur récolte et les difficultés de remboursement attendues, les banques disent là aussi être dans la réflexion. « On regarde de plus près pour être plus proactifs sur les solutions », assure Sébastien Lejosne. Pour Mathieu Westerloppe, du Crédit mutuel, « il est encore un peu tôt pour donner une position générale. On va étudier la question au cas par cas. Il existe déjà, en fonction de la nature des investissements, des solutions prévues en cas de difficultés à honorer les engagements, permettant par exemple des reports... Nous n’avons pas encore une vision très nette de l’importance des difficultés mais on a bien conscience que cela va être compliqué dans certains cas. » L’état des lieux complet devrait permettre de mettre en œuvre les mesures les plus adaptées.
Comment aborder la campagne 2017 dans ces conditions ? « On y travaille en concertation avec les OPA et les agriculteurs dont un certain nombre fait partie de nos comités au sein du groupe, rassure Mathieu Westerloppe du Crédit mutuel. On travaille avec eux pour connaître leur perception. On met tout en œuvre pour accompagner les acteurs de l’agriculture ». Pour Sébastien Lejosne, du Crédit agricole, les agriculteurs « doivent être le plus possible dans l’anticipation de leur gestion, ne pas attendre pour se rapprocher de leur centre de gestion, se signaler au plus vite auprès de leurs interlocuteurs habituels. » Et de réaffirmer le soutien de la banque auprès des agriculteurs.

L.B.

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