Le Syndicat Agricole 29 novembre 2012 à 10h43 | Par Le Syndicat Agricole

Céréales - Calculer son prix de revient pour mieux vendre ses céréales

Dans un contexte de marché très volatile, il devient de plus en plus important de savoir déterminer son prix de revient et son seuil de commercialisation afin d’optimiser ses ventes.

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Le seuil de commercialisation est le seuil de vente au-delà duquel toutes les charges sont remboursées (y compris le salaire que s’octroie l’agriculteur).
Le seuil de commercialisation est le seuil de vente au-delà duquel toutes les charges sont remboursées (y compris le salaire que s’octroie l’agriculteur). - © J.C. Gutner

Calculer le prix de revient de vos céréales consiste à calculer combien il vous coûte précisément de produire un quintal de blé, de maïs, de colza... Le seuil de commercialisation est le seuil de vente au-delà duquel toutes les charges sont remboursées (y compris le salaire que s’octroie l’agriculteur). Dans tous les secteurs d’activité, et notamment dans l’industrie, les fabricants d’un produit commencent par calculer combien leur coûte la fabrication de celui-ci pour déterminer ensuite son prix de vente. Idéalement, il devrait en être de même dans toutes les exploitations agricoles vis-à-vis de leurs différentes productions. Nous allons traiter ici des productions céréalières, mais il en est de même pour toutes les autres productions (calcul du prix de revient de la tonne de pomme de terre, de betterave, du litre de lait, du kilo de viande...).

Quelques éléments relatifs au marché des céréales
Après l’année 2009 pendant laquelle les cours étaient tombés au plus bas (- de 100 €/t pour le blé), le marché des céréales est depuis 2010 très porteur, jusqu’à atteindre cette année des niveaux proches des sommets historiques qui avaient été atteints en 2007. Ainsi, au 20 novembre 2012, le blé approche les 250 €/t, le maïs les 230 €/t et le colza les 460 €/t. Différents facteurs permettent d’expliquer ces cours particulièrement élevés :
- la demande est stable. Malgré la hausse du prix des matières premières, l’alimentaire demeure en effet une denrée incompressible ;
- pour cause de sécheresse, les récoltes ont été particulièrement mauvaises l’été dernier aux USA, ainsi qu’en Russie et en Ukraine ;
- actuellement, il subsiste des incertitudes sur les récoltes à venir dans l’hémisphère sud. L’Australie a connu une sécheresse importante, contrairement à l’Argentine où les conditions climatiques trop humides des dernières semaines ont handicapé les semis de maïs ;
- au final, l’état des stocks mondiaux est historiquement très bas. Le ratio stock/consommation est même légèrement inférieur à celui de 2007.
La tendance est donc haussière sur le moyen terme. Sur le long terme, il est très difficile de se prononcer. Il suffirait en effet que les récoltes soient excellentes l’an prochain dans l’hémisphère Nord pour que l’on se retrouve dans une situation d’offre excédentaire et pour que les cours repartent de nouveau à la baisse.

Calculer son prix de revient et son seuil de commercialisation
Pour calculer son prix de revient, il faut s’inspirer des méthodes de la comptabilité analytique et faire l’inventaire des différentes charges de l’exploitation pour les imputer ensuite à chaque quintal produit. On distingue 2 grands types de charges : les charges opérationnelles (imputables à la conduite de la culture) et les charges de structure (imputables à l’exploitation).
• Les charges opérationnelles :
On retrouve ici tous les intrants qui entrent dans l’itinéraire technique d’une culture. Ce sont les semences, les produits phytosanitaires, les engrais...
• Les charges de structure :
- Les charges de fonctionnement : il s’agit des charges d’entretien du matériel, des carburants et lubrifiants, des charges d’entretien des bâtiments, des assurances du matériel, ainsi que des achats d’outillage pour l’atelier.
- Les charges liées aux engagements de l’entreprise : cela comprend les annuités « matériel », les salaires versés aux éventuels ouvriers et les frais financiers court terme.
- Les charges liées aux engagements de l’exploitant : ces charges comprennent les annuités foncières, les fermages, les impôts fonciers, la cotisation MSA, ainsi que le montant de la rémunération du travail que s’octroie l’agriculteur.
- Les frais généraux : on retrouve ici les charges d’eau, de gaz et d’électricité relatifs à l’exploitation, ainsi que les frais de téléphone et de déplacements. On y retrouve aussi les différentes cotisations payées par l’exploitant aux organismes tiers (contrôle laitier, cotisation Geda...).

Sécuriser ses ventes grâce aux marchés à terme
L’exemple ci-dessous s’inspire d’un cas réel. La plupart des exploitations ont un seuil de commercialisation pour le blé compris entre 13 et 17 €/q. Or, comme nous l’avons évoqué en introduction, le marché du blé se situe aujourd’hui au-dessus de 20 €/q. Cependant, comme nous l’avons évoqué, il est difficile d’avoir une vision à long terme de l’évolution des marchés. Une fois le seuil de commercialisation déterminé, il peut être intéressant pour un agriculteur de se positionner sur les marchés à terme. En effet, le cours du jour étant élevé, les cours des marchés à terme le sont aussi, et il est tout à fait possible aujourd’hui pour un agriculteur averti de vendre ses céréales au-dessus de son seuil de commercialisation sur les 3 prochaines campagnes, ou tout au moins une partie de ses futures récoltes. Les marchés à terme constituent en quelque sorte une assurance « prix de vente » pour l’agriculteur et, contrairement à ce que peuvent dire certains détracteurs, il s’agit bien là d’un outil de régulation des marchés.

Yannick COSPEREC, Conseiller d’entreprises grandes cultures
Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais

Exemple

Prenons l’exemple du calcul du prix de revient d’une exploitation avec 100 ha de SAU dont 50 ha de blé (rendement réalisé 85 qx/ha de blé en moyenne). Cet agriculteur a 400 €/ha de charges opérationnelles pour cette culture. Lorsqu’il fait le total de ses charges de fonctionnement, il obtient un montant de 13 000 € pour l’exploitation, soit 130 €/ha. Ses charges liées aux engagements de l’entreprise représentent 25 500 €, soit 255 €/ha ; celles liées aux engagements de l’exploitant représentent 68 000 €, soit 680 €/ha (en incluant un salaire de 20 000 €/an). Enfin, il a 8 500 € de frais généraux sur son exploitation, soit 85 €/ha. Son prix de revient brut pour sa culture de blé est donc de : (400 €/ha + 130 €/ha + 255 € ha + 680 €/ha + 85 € ha)/ 85 qx/ha = 18 €/q. Cela lui coûte 18 € pour produire un quintal de blé.
Une fois le prix de revient net déterminé, on peut calculer le seuil de commercialisation. Pour ce faire, il faut retrancher au prix de revient net les primes perçues à l’ha (primes couplées et découplées). Dans notre exemple, imaginons que l’agriculteur perçoit 340 € de prime à l’ha. Cela représente 340 €/ 85 q = 4 €/q. Le seuil de commercialisation pour cet agriculteur est donc de : 18 €/q – 4 €/q = 14 €/q.
L’intérêt est bien sûr d’avoir des prix de revient et des seuils de commercialisation les plus bas possibles. La Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais travaille beaucoup sur la réduction des charges opérationnelles. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il est également important de faire baisser les charges de structures, et notamment les charges de mécanisation (Cuma, entraide, assolement en commun...).

Vous voulez vous former sur les marchés à terme ?

Des formations sur les marchés à terme vous sont proposées par la Chambre d’agriculture de région les 14, 19 et 20 décembre prochains. Pour vous inscrire, contactez Yannick Cosperec au 03 27 21 46 83 ou Yoann Delaplace au 03 28 50 16 47.

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