Le Syndicat Agricole 30 décembre 2015 à 11h00 | Par Le Syndicat Agricole

Cent ans après, l’honneur aux fraternisations

François Hollande a inauguré le « monument des fraternisations » dans la plaine de Neuville-Saint-Vaast (62).

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François Hollande lors de l’inauguration du momunent. © L. Blevennec, Présidence de la Répub Annie et Georges Barthas (à gauche), le petit-fils de Louis Barthas, accompagnés de leur famille lors de la cérémonie d’inauguration. © DR  © DR  © DR

En décembre 1915, au lendemain d’une fraternisation entre combattants ennemis sur le front du Pas-de-Calais, le soldat Louis Barthas écrit dans son carnet de guerre : « Qui sait ! Peut-être qu’un jour, sur ce coin de l’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre les hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté. » Cent ans plus tard, le vœu de ce jeune caporal français est exaucé quelques jours avant les fêtes de fin d’année. Un monument en mémoire des actes de fraternisations dans les tranchées a été édifié dans la commune de Neuville-Saint-Vaast, près d’Arras. François Hollande est venu en personne l’inaugurer, le 17 décembre dernier.

Un an après Lorette
Douze mois après avoir baptisé l’Anneau de la mémoire de Notre-Dame de Lorette (62), le Président de la République était de retour dans la région pour commémorer la Grande Guerre. Une participation non dénuée de sens pour le chef de l’État. « Je viens sur une terre, le Pas-de-Calais, qui est aussi celle de ma famille puisque mon grand-père est né à Plouvain dans le canton de Bapaume et qu’il y a été lui aussi soldat, avec son frère, a-t-il déclaré. Cette région a été une terre de désolation puisque beaucoup de familles ont été obligées de fuir, la mienne en particulier : des fermiers qui ne pouvaient plus exploiter, qui ne pouvaient plus travailler. » Symboliquement situé à proximité de la nécropole française de la Targette (11 000 tombes), du cimetière britannique et non loin de celui, allemand, de la Maison blanche (44 830 sépultures), le monument des fraternisations qui occupe une surface de 2 500 m2, marque de plus la volonté de l’État français de reconnaître publiquement les actes de fraternisations qui ont eu lieu sur le « no man’s land ».

« Un instant d’humanité » dans « la mémoire universelle »
« Ce site est unique en son genre, il célèbre un acte de paix en temps de guerre, poursuit François Hollande. À l’échelle de la guerre, ce qui s’est passé ici n’est pas un haut fait ni une grande date, simplement un instant d’humanité dans la mémoire d’un homme, aujourd’hui dans la mémoire universelle. »
Un siècle après le terrible conflit mondial, les fraternisations, censurées jusqu’à la fin de XXe siècle, sont aujourd’hui reconnues comme des actes de courage et honorées à Neuville-Saint-Vaast.
« La France accepte enfin ces faits oubliés car occultés, a souligné Christian Carion, fondateur de l’association Noël 14 à l’origine du monument. On ne pourra plus omettre les fraternisations ; dans cent ans des gens viendront encore ici pour se souvenir. » Le réalisateur du film Joyeux Noël (2005), qui évoque pour la première fois les fraternisations au cinéma, porte depuis plusieurs années le projet. Plus de 400 mécènes individuels et partenaires ont participé au financement de l’ouvrage désormais ouvert au public.

Simon Playoult

Zoom sur... Louis Barthas, fervent défenseur du monde agricole

Né le 14 juillet 1879 dans l’Aude (11) et mort le 4 mai 1952, Louis Barthas exerça, avant et après le conflit, le métier de tonnelier dans son Sud-Ouest natal. Militant socialiste, partageant les idées pacifistes de Jean Jaurès et lecteur de Karl Marx, Victor Hugo ou Emile Zola alors qu’il n’a pour seul bagage que le certificat d’étude, l’artisan s’était engagé en faveur du monde agricole. « Mon grand-père ne supportait pas que les ouvriers agricoles ne sachent pas combien et quand ils seraient payés lors des vendanges et dénonçait la mainmise des propriétaires sur les saisonniers, explique Georges Barthas, son petit-fils, présent à Neuville-Saint-Vaast. C’est la raison pour laquelle il a créé le premier syndicat agricole de sa commune, à Peyriac-Minervois en 1904. » Louis Barthas en restera le trésorier durant de nombreuses années. Mobilisé au 208e régiment d’infanterie de Narbonne en 1914, il combat pendant quatre ans dans les secteurs les plus dangereux du front (Verdun, la Somme, l’Artois et le chemin des Dames). Dans ses carnets de guerre, véritable œuvre littéraire à haute valeur historique de 500 pages, il relate ses expériences et réflexions sur le conflit. Édité à titre posthume en 1977, l’ouvrage a été réédité en 1997, 2003 et en 2014. À ce jour, plus de 100 000 exemplaires ont été vendus.

S. PL

Un site en quatre parties

1 – L’entrée d’accès au monument se fait par une longue allée, légèrement pentue, bordée de hautes parois en béton. Elle laissent deviner des empreintes de planches qui évoquent les tranchées.
2 – Une ligne de lumière symbolise la ligne de front. Sous celle-ci est inscrite en quatre langues (français, allemand, anglais, néerlandais) la phrase issue des cahiers de Louis Barthas.
3 – L’œuvre commémorative se compose de six silhouettes de taille humaine (1,80 m) en verre teinté. De différentes couleurs, elles représentent des soldats français, anglais et allemands en uniforme de 14-18. Trois Poilus sont debout, trois autres sont assis (buvant, discutant, partageant).
4 – Enfin, le belvédère est entouré de cultures paysagères de la France (alignement d’arbres), du Royaume-Uni (prairies fleuries) et de l’Allemagne (bosquets) qui s’entremêlent.

Grâce aux QR codes, déchiffrables depuis smartphones, les visiteurs peuvent accéder à des contenus multimédias (images et écrits d’archives, extraits du film Joyeux Noël…) depuis plusieurs secteurs du site.

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