Le Syndicat Agricole 01 juillet 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Ce que le Brexit va impliquer pour l’agriculture française

Le 23 juin, les Britanniques ont voté la sortie de l’Union européenne de la Grande-Bretagne par référendum. Quelles conséquences cette décision aura sur l’agriculture ? Éléments de réponse.

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Le 9 mai, Phil Hogan avait mis en garde contre le Brexit, soulignant que les paiements de la PAC représentent aujourd’hui 53 % en moyenne des revenus des agriculteurs dans l’ensemble du Royaume-Uni. © Stuart Wilson « Oui, le Brexit aura un impact », affirme Michèle Baudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). © DR

Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union européenne ou quitter l’Union européenne ? Les Britanniques sont 51,9 % à avoir choisi la deuxième option lors du référendum du 23 juin. Le pays a maintenant deux ans pour rendre le divorce effectif et couper les ponts avec les institutions européennes.
Peu mobilisée sur l’issue du référendum britannique, l’agriculture française s’interroge néanmoins sur les conséquences du Brexit. La baisse éventuelle de la livre, l’hypothèse de nouveaux droits de douane, la réduction possible de l’offre, la désorganisation du commerce sont sources d’inquiétude pour plusieurs secteurs de production : la production ovine et les pommes sont en première ligne.
Enfant terrible de l’Union européenne, ardent défenseur d’un libéralisme dérégulateur, le Royaume-Uni est pourtant devenu un horizon et un marché familier pour les agriculteurs français. Certains secteurs de production se font du souci. Demandez aux producteurs de pommes ou de fruits en général. Ou encore, au secteur ovin qui s’était tant battu jadis contre les Britanniques dans leur « guerre du mouton ». Aujourd’hui, ils se prennent à regretter l’absence des Anglais.
En fruits et légumes, le Royaume-Uni est largement déficitaire et augmente ses volumes d’importations d’année en année. Il a importé 3,7 millions de tonnes de fruits en 2015, dont 120 000 tonnes de pommes environ venant de France. Il constitue ainsi notre premier client pour ce marché, et représente environ 20 % des exportations françaises en volume et 25 % en valeur.
Le Brexit pourrait avoir des conséquences sur les producteurs de pommes français, estime Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes poires (ANPP). Il craint en effet le « premier effet » à savoir la « tempête sur les marchés » qui pourrait découler de cette décision. Le président de l’association estime qu’une dévalorisation de la livre sterling, et par conséquent, un pouvoir d’achat amoindri du Royaume-Uni, pourrait conduire à une baisse des commandes vers la France. Cela pourrait être un « booster pour la production nationale » britannique, développe-t-il encore.
La deuxième crainte de l’ANPP concerne les contraintes administratives supplémentaires qui pourraient résulter du Brexit et handicaper les échanges.

Accords bilatéraux incertains
Cette hypothèse d’accords bilatéraux nouveaux inquiète. « Dans les deux ans qui viennent, rien ne va changer concernant les dispositions intracommunautaires, estime le président de la FNSEA Xavier Beulin. Mais des discussions intenses vont s’engager pour renégocier des accords bilatéraux. À l’issue des deux ans, cela peut être négatif dans les deux sens. » Pour lui, l’agriculture française « regarde le Royaume-Uni de manière offensive, car c’est un marché de consommation important ».
Avec l’Irlande et les Pays-Bas, la France est le principal partenaire commercial du Royaume-Uni dans le secteur de l’alimentation. Selon les données 2015 du Defra (le ministère de l’Agriculture britannique), l’Hexagone est la deuxième destination pour les exportations d’alimentation humaine et animale du Royaume-Uni, avec 2 milliards de livres (2,5 milliards d’euros), après l’Irlande (3 milliards de livres) et devant les États-Unis. Dans l’autre sens, la France est le troisième fournisseur du Royaume-Uni (3,9 milliards de livres) derrière l’Irlande (3,9 milliards de livres) et les Pays-Bas (4,7 milliards de livres). La France a un solde positif vis-à-vis de la Grande-Bretagne. D’éventuels droits de douane ou dévaluations de la livre pourraient en rendre l’accès plus difficile.
Dans le commerce de la viande, « le Brexit va bouleverser la donne », estime Paul Rouch, directeur délégué du syndicat d’industriels Culture viande, qui s’attend par exemple à la mise en place de barrières douanières. Il associe également cette perspective à « un imbroglio juridique, des conflits à l’OMC ». Le secteur le plus concerné par les échanges entre les deux pays est aujourd’hui la viande ovine : la France est la première destination du Royaume-Uni pour l’agneau et le mouton ; elle représente 54 % des exportations britanniques pour ces produits.
« Oui, le Brexit aura un impact », affirme Michèle Baudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). Déjà en déficit de production en France, elle craint qu’avec l’absence de l’agneau anglais sur le marché, « la consommation ne chute encore plus ». Certes, les Français vont voir un concurrent devenir moins pugnace mais, en première ligne, « l’agneau français risque de devenir très cher », observait Michèle Baudoin. D’où un risque de désaffection du consommateur. Autre hypothèse, un surcroît de compétitivité britannique si le taux de change de la livre continue de dégringoler.

Flux commerciaux désorganisés
Les producteurs et surtout les industriels savent bien qu’une désorganisation des flux commerciaux n’est jamais bonne pour les marchés. C’est pour cela que les inquiétudes ne concernent pas que l’agneau. Le Royaume-Uni est également un gros importateur de viandes porcine, bovine et de volailles. Certes, la France ne compte pas parmi ses principaux fournisseurs. Ses principaux fournisseur sont l’Irlande pour la viande bovine (68 % des importations), pour la volaille, les Pays-Bas (43 %) et la Pologne (15 %) et pour les produits préparés à base de volaille, la Thaïlande (38 %) et le Brésil (13 %). Un éventuel ralentissement de ces flux peut provoquer des reports sur le marché français ou sur les pays clients de la France. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé après l’embargo russe qui a coûté cher, même à ceux qui n’exportaient pas directement en Russie.
Sur de grands secteurs du potentiel agricole français, la sérénité est cependant de mise. Ni les producteurs de lait, ni ceux de légumes ou encore de grandes cultures ne sont vraiment inquiets. Le Royaume-Uni n’est qu’un marché parmi d’autres qui, de toute façon devra continuer à s’approvisionner. Et, par sa proximité ou sa tradition, la France a un avantage indéniable.

Viticulture sereine
Le secteur viticole français, gros fournisseur du Royaume-Uni, est lui-même relativement serein, même si la sortie du Royaume-Uni de l’UE ne va sans doute pas laisser intact le marché britannique des vins et spiritueux : le Royaume-Uni est le deuxième marché de la France pour ce secteur. D’une valeur de 1,4 milliard d’euros en 2015, il représente 11,8 % des exportations françaises, selon la Fédération des exportateurs français de vins et spiritueux (FEVS). Mais il s’agit d’un marché déjà relativement stable en comparaison avec les grands espoirs placés dans les zones asiatiques ou américaines. De plus, les exportateurs français n’entrevoient pas de bouleversement de la politique financière ou douanière de Londres, le pays ne faisant pas partie de la zone euro et ayant déjà une politique relativement autonome.
Même s’il ne faut pas sous-estimer les inquiétudes de certains secteurs, le Brexit ne devrait pas représenter un bouleversement pour l’agriculture française.

Copa : Le président de la FNSEA demande une réunion exceptionnelle

Xavier Beulin a demandé au président du Copa, Martin Merrild, que soit organisée « dans les meilleurs délais, une réunion exceptionnelle des présidents de chacune des organisations représentées au Copa ». Il a appelé les paysans d’Europe à s’exprimer et à « refonder un projet agricole européen qui redonne du sens et de la confiance aux agriculteurs ». La PAC connaît, selon lui, des dérives depuis une vingtaine d’années, devenant à ses yeux, « une politique réglementaire, tatillonne et contraignante, source de distorsions de concurrence entre paysans par un excès de subsidiarité ». De leur côté, les chambres d’Agriculture (APCA) perçoivent cette annonce de départ du Royaume-Uni comme un véritable coup d’arrêt porté à la construction européenne, constituant « la plus mauvaise nouvelle pour l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale ». L’incertitude plane donc désormais sur les conséquences à venir de cette onde de choc. La FNSEA a rappelé l’importance que revêt le secteur agricole dans la construction européenne : « Avec ou sans les Britanniques, nous devons consolider le projet européen autour d’une vision de long terme, et le secteur agricole, qui a été pendant longtemps un ciment européen, peut et doit être considéré comme un enjeu géostratégique européen ».

Plusieurs options pour le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni pourrait rejoindre l’Espace économique européen (EEE), qui réunit actuellement les Vingt-huit, l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Cette adhésion lui donnerait accès au marché intérieur de l’UE, dont il devrait respecter les règles et normes sans participer à leur élaboration. Le Royaume-Uni pourrait aussi, comme la Suisse, signer plusieurs accords sectoriels avec l’UE, conclure des accords de libre-échange avec cette dernière ou encore une union douanière, comme la Turquie. Sans accord, il deviendra, pour l’Union, un pays tiers.

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