Le Syndicat Agricole 02 décembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Ce que demandent les agriculteurs aux candidats à la présidentielle

La FNSEA et les JA s’expriment sur ce que devrait être, selon eux, la politique agricole pour le prochain quinquennat. La FNSEA devrait adresser un questionnaire aux candidats.

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Les sydicats demandent des dispositifs efficaces face à une situation plus grave que jamais. Les candidats à la présidentielle doivent répondre à leurs questions. © T. Guillemot La FNSEA doit adresser aux candidats à l’élection présidentielle de 2017 un document simple : « 13 mesures pour l’avenir, 200 jours pour réussir ». © G. Perrin

Comment remédier à la crise que subit aujourd’hui l’agriculture ? En lui redonnant une compétitivité perdue, explique en substance Xavier Beulin, le président de la FNSEA. Voilà ce dont, selon lui, ont besoin les agriculteurs pour sortir de problèmes de revenus graves et d’un mal-être profond. Il faut tirer les enseignements du vote des Américains pour Donald Trump. « Il faut écouter les gens, dit-il. Ceux qui sont en charge du pays s’estiment comme des sachants, ils n’écoutent pas. » Jérémy Decerle, à la tête des Jeunes agriculteurs, réclame, lui, un cap pour les agriculteurs. « Si on ne donne pas un cap, une cohérence, les gens se tourneront vers le vote extrême », explique-t-il.
Pour les agriculteurs professionnels que représentent la FNSEA et les JA, le prochain président de la République doit assurer le retour à la compétitivité du monde agricole, celle que les Français avaient avant de céder du terrain face à l’Allemagne notamment. Après la primaire de la droite – remportée par François Fillon – la FNSEA doit adresser aux candidats à l’élection présidentielle de 2017 un document simple : « 13 mesures pour l’avenir, 200 jours pour réussir ». Ces 13 mesures visent principalement à redonner du tonus économique aux exploitations agricoles. Peu après, Xavier Beulin lui-même devrait publier un livre sur la question agricole. « Il ne me manque aujourd’hui que le titre », dit-il. Il reviendra sur l’Europe et le besoin de politiques davantage intégrées (fiscales, sociales), sur la diversité des modèles agricoles, sur ce que doit être une agriculture professionnelle et compétitive.
C’est bien dans ce sens que vont les treize mesures sur lesquelles les candidats à la présidentielle vont être appelés à se prononcer. La moitié d’entre elles sont consacrées à l’allègement des charges des exploitations et à la réduction des distorsions de concurrence entre les agriculteurs européens.
Le credo de la FNSEA est en fait de remettre au premier plan la vocation économique de l’exploitation agricole, plutôt que la mission écologique, souvent privilégiée, aux yeux de la FNSEA, par Stéphane Le Foll.

Pas de charges nouvelles
Si Xavier Beulin évoque Stéphane Le Foll plus qu’il ne nomme le gouvernement, c’est qu’il a aussi le sentiment que, face à la crise actuelle, « le Premier ministre nous a entendus, mais l’administration torpille le dispositif » mis en place le 4 octobre pour venir en aide aux agriculteurs. « Aucun dossier n’est encore traité », dit-on à la FNSEA, évoquant le plan de refinancement des exploitants. Autre critique, les aides PAC qui ne sont toujours pas intégralement payées en 2016. « Nous n’avons aucun grief vis-à-vis de l’administration départementale », insiste Xavier Beulin qui n’en dit pas autant de l’administration nationale et de l’Agence de service et de paiement (ASP). Avec les autres membres du Conseil de l’agriculture française ou Caf (JA, APCA, CNMCCA), la FNSEA a envoyé un courrier le 7 novembre à Manuel Valls, constatant que les délais qu’il avait annoncés pour la mise en place des prêts et des garanties ne seront pas tenus. Le Caf s’étonne aussi que « le ministre de l’Agriculture ait annoncé vouloir augmenter de deux points les cotisations de retraite complémentaire obligatoire ». Ce qui conduirait, selon les organisations, à un prélèvement supplémentaire de 200 millions d’euros auprès des agriculteurs alors que « le président de la République s’était engagé à ce que ce financement fasse l’objet d’une solidarité nationale et non d’une solidarité professionnelle intergénération. »

350 euros par mois
De telles critiques sont cohérentes avec la position générale du syndicalisme vis-à-vis de l’État. La priorité se porte sur l’allègement des charges et les critiques sur toute mesure susceptible de les alourdir. Le syndicalisme majoritaire a tempéré ses demandes sur les prix eux-mêmes, voire sur de la régulation. Ses dirigeants savent que ce type de demande est d’un autre temps. Ce qui n’empêche pas de réclamer des dispositifs efficaces face à une situation plus grave que jamais : selon la MSA, un tiers des agriculteurs auraient un revenu inférieur à 350 euros par mois. Et 60 % pourraient bientôt passer au-dessous de ce seuil. L’agriculture est devenue un parent pauvre des filières alimentaires : sur 100 € de valeur alimentaire payée au détail, seuls 7,50 € reviennent en moyenne à l’agriculteur. Une des treize mesures de la FNSEA porte sur les relations entre les fournisseurs et les distributeurs. « Le droit de la concurrence est appliqué de façon trop stricte, il pénalise les producteurs » face aux transformateurs et aux distributeurs, affirme Patrick Bénézit, président de la FDSEA du Cantal et spécialiste des relations entre fournisseurs et distributeurs à la FNSEA. Le futur président de la République est attendu, poursuit-il, sur un ensemble de mesures donnant « plus de poids aux producteurs dans le droit de la concurrence et à travers une LME (loi de modernisation de l’économie) rénovée ».
Les agriculteurs demandent, en fait, au prochain président de la République, d’enclencher une politique permettant de redonner aux agriculteurs une puissance économique bien affaiblie aujourd’hui.

Zoom sur... Les treize mesures proposées par la FNSEA

Ces treize mesures devraient être appliquées dans les 200 jours de la nouvelle présidence « pour réussir ».
1. Un projet agricole européen repensé, avec une PAC forte, un budget préservé, une agriculture mieux défendue vis-à-vis de l’extérieur et la fin des distorsions de concurrence.
2. Un plan national d’investissements agricoles permettant 6 milliards d’investissements sur le quinquennat, pour améliorer la performance économique, sociale et environnementale des exploitations.
3. Une politique de l’eau passant par le déploiement de l’irrigation et de la capacité de stockage de l’eau.
4. Mise en place d’une TVA sociale permettant de supprimer totalement les cotisations famille et maladie des agriculteurs.
5. Augmentation du taux du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) pour lutter contre les distorsions de concurrence au sein de l’Union européenne.
6. Cessation des surtranspositions de directives européennes et révision des obligations qui pèsent déjà de ce fait sur les agriculteurs.
7. Refondation du cadre réglementaire des relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs pour une juste répartition de la valeur ajoutée.
8. Introduction d’un principe d’innovation dans la charte de l’environnement, permettant notamment à une écologie pragmatique de passer d’une obligation de moyen à une obligation de résultat.
9. Construction d’un statut de l’agriculteur, « personne physique, indépendante, autonome et responsable de l’exploitation ».
10. Calcul de la retraite de l’agriculteur sur les 25 meilleures années et non plus sur toute la carrière.
11. Création d’une réserve de précaution dans les exploitations sous la forme d’un outil fiscal moderne. Avec un impôt axé sur le lissage de trois années de résultat, permettant de faire face à la forte variabilité des résultats agricoles.
12. Mise en place du très haut débit internet sur l’ensemble du territoire.
13. Déclassement du loup dans la convention de Berne pour pouvoir lutter contre la multiplication des attaques de troupeaux.

Inscription sur les listes électorales jusqu’au 31 décembre

Pour pouvoir voter en 2017, les citoyens français et de l’Union européenne doivent être inscrits sur les listes électorales. La date limite d’inscription est fixée au 31 décembre 2016 à minuit. L’inscription sur les listes électorales est possible selon trois modalités :
- soit en se rendant à la mairie de son domicile avec les pièces exigées : formulaire d’inscription disponible sur « www.service-public.fr » (formulaires spécifiques pour les citoyens de l’Union européenne pour les élections municipales et pour les élections européennes), pièce d’identité valide ou expirée depuis moins d’un an et justificatif de domicile de moins de trois mois ;
- soit par courrier en envoyant à la mairie le formulaire d’inscription, une photocopie d’une pièce d’identité et d’un justificatif de domicile ;
- soit par Internet, dans certaines communes, en utilisant le téléservice proposé par « mon.service-public.fr ».

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