Le Syndicat Agricole 02 octobre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Canal Seine-Nord - Le projet se concrétise

Lors d’une visite dans le Pas-de-Calais le 26 septembre, le Premier ministre Manuel Valls, affirme la volonté de l’État d’investir dans le projet.

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Le Canal Seine-Nord doit permettre de relier la Seine à l’Escaut, c’est-à-dire le bassin parisien aux grands ports du Nord de l’Europe comme Anvers et Rotterdam, mais aussi Dunkerque.
Le Canal Seine-Nord doit permettre de relier la Seine à l’Escaut, c’est-à-dire le bassin parisien aux grands ports du Nord de l’Europe comme Anvers et Rotterdam, mais aussi Dunkerque. - © E. Baratte

Les acteurs économiques et les élus du Nord-Pas de Calais poussent un « ouf » de soulagement. Le Canal Seine-Nord (CSN) pourrait finalement sortir de terre d’ici quelques années. En déplacement dans le Pas-de-Calais vendredi 26 septembre, le Premier ministre Manuel Valls a annoncé formellement la participation financière de l’État à la construction de l’ouvrage, aux côtés des collectivités locales et des acteurs économiques du territoire. « C’est un engagement ferme du gouvernement », a-t-il martelé. Le projet, dans les tuyaux depuis plus de 20 ans, offre de belles perspectives de développement pour la région. « C’est un grand projet structurant pour le territoire », a affirmé le Premier ministre. Il a rappelé les enjeux qu’il représente en termes d’économie, d’emploi et d’environnement. Le chantier de construction pourrait créer entre 12 000 et 14 000 emplois directs et indirects et redonner une nouvelle dynamique aux territoires situés le long du tracé. Il doit aussi permettre de désengorger le trafic de l’autoroute A1. Pour rappel, le Canal Seine-Nord doit permettre de relier la Seine à l’Escaut, c’est-à-dire le bassin parisien et les ports du Havre et de Rouen aux grands ports du Nord de l’Europe comme Anvers et Rotterdam, mais aussi Dunkerque. « Les travaux pourraient débuter en 2017 avec une mise en service prévue en 2023 », a précisé Manuel Valls.


Une aide déterminante de Bruxelles
Le projet a été remis sur les rails par le gouvernement en 2013, lorsque Frédéric Cuvillier, alors ministre des Transports, a confié à Rémi Pauvros, député du Nord, la lourde tache de reconfigurer le CSN. Pour le Premier ministre, le premier projet (ndlr : celui proposé sous la présidence de Nicolas Sarkozy), basé sur un partenariat public-privé, menait à une impasse au vu des sommes colossales à engager pour construire le canal. Le travail de Rémi Pauvros a eu notamment pour but de rendre le projet compatible avec les objectifs européens en termes d’infrastructures et de transports. « Pour prétendre à un niveau de subventions européennes plus élevé, le projet devait être global et s’accompagner de plateformes d’activités », a précisé Rémi Pauvros. Les modifications apportées ont porté leurs fruits puisque l’appui possible de l’Europe est passé de 6 à 40 %, le projet étant considéré à « forte valeur ajoutée » par la Commission. Le Premier ministre s’est montré très confiant quant à l’obtention de cette subvention. La réponse définitive de Bruxelles devrait être connue en début d’année prochaine et le montant de l’aide pourrait dépasser 2 milliards (Mds) d’euros. D’après le rapport Pauvros, le coût global du projet est estimé à 4,5 Mds d'€. Les collectivités prévoient une participation de 1 Md d’€ des collectivités (Conseils régionaux du Nord-Pas de Calais, de Picardie et d’Île-de-France, Conseils généraux du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de l’Oise). L’État, lui, prévoit de participer à hauteur de 1 Md d'€, complété par 700 000 millions d’euros d’emprunt auprès de la Banque européenne d’investissement.
Rémi Pauvros se voit désormais confier une mission de mise en œuvre et va poursuivre le travail de concertation auprès des collectivités. Pour lui, les annonces du Premier ministre offrent une lisibilité aux acteurs économiques qui vont pouvoir réfléchir à une réorganisation de leur logistique, notamment les entreprises de la distribution. « La réussite du projet passe par la mobilisation effective de tous les partenaires », conclut-il.

Virginie Charpenet

Zoom sur... De nouvelles opportunités pour l’agriculture régionale ?

Concernant l’agriculture, c’est surtout l’export de céréales qui pourrait le plus bénéficier de la construction du Canal Seine-Nord. Nord Céréales, entreprise spécialisée dans le chargement de céréales en haute mer et qui regroupe négociants et coopératives céréalières du Nord-Pas de Calais, a toujours soutenu le projet et se félicite des annonces faites par le Premier ministre. « Grâce au Canal Seine-Nord, cela deviendrait plus intéressant, en termes de coûts logistiques, de faire monter les céréales à Dunkerque », explique Joël Ratel, directeur de Nord Céréales. Et d’ajouter : « L’entreprise pourrait gagner des parts de marché dans des zones où elle est déjà implantée mais encore peu présente comme en Picardie ou dans la Marne ». Le directeur l’assure : « Avec notre capacité de déchargement qui peut atteindre 10 000 t/jour, nous sommes prêts à accueillir le Canal Seine-Nord ». Mais il met en garde par rapport aux nouvelles infrastructures que pourraient mettre en place les collecteurs de céréales : « Il ne faudra pas que cela vienne alourdir les charges et nuise à la compétitivité ».
De leur côté, au delà des annonces, les collecteurs attendent surtout la concrétisation du projet. « Le canal pourrait modifier l’organisation des marchés à l’échelle régionale, des régions au sud de Paris vont avoir accès aux ports du nord de l’Europe et venir concurrencer les céréales du Nord-Pas de Calais et de Picardie », souligne Frédéric Carré, PDG du groupe Carré. Malgré tout, il voit dans le canal une opportunité de développement : « Tout ce qui est mis en œuvre pour optimiser la chaîne logistique et la compétitivité est positif ; ce projet est un espoir pour l’emploi et le fret fluvial ».

V.CH.

Comment l’État va financer le projet ?

Avec un objectif de réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’euros, l’État doit trouver de nouvelles ressources pour financer les infrastructures de transport. Au départ, c’est l’Écotaxe qui devait permettre à l’État de s’engager à hauteur d’un milliard d’euros pour financer la construction du canal. Finalement le dispositif sera remplacé par le « péage de transit poids lourds ». Mais comme il devrait rapporter moins d’argent, le gouvernement a annoncé le 1er octobre qu’il procèderait à une augmentation de 2 centimes par litre de la taxe sur le diesel, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2015.


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