Le Syndicat Agricole 28 février 2013 à 15h23 | Par Le Syndicat Agricole

Canal Seine-Nord Europe - « Personne ne dit que Seine-Nord ne se fera pas, mais tout le monde le craint »

Le gouvernement donnera-t-il un « nouveau départ au projet » ?

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L’Europe pourrait mettre au pot environ 1,5 milliards d’euros pour le canal Seine-Nord Europe.
L’Europe pourrait mettre au pot environ 1,5 milliards d’euros pour le canal Seine-Nord Europe. - © DR
« Si nous nous taisions, le canal Seine-Nord Europe mourrait. Donc, nous parlons pour qu’il vive », lance Daniel Percheron, président de la Région. L’association Seine-Nord Europe a organisé vendredi dernier un nouveau rassemblement au siège de la Région Nord-Pas de Calais, afin de réunir les forces vives économiques et politiques, mobilisées autour du projet Seine-Nord Europe. Le 15 février, dans une lettre de René Vandierendonck (sénateur du Nord) et Stéphane Demilly (député de la Somme), la quasi totalité des parlementaires du Nord-Pas de Calais et de Picardie, toutes tendances confondues, ont demandé audience auprès du Premier ministre, afin de lui expliquer ensemble pourquoi le canal – un « enjeu majeur » pour les 2 régions – doit être réalisé « sans plus tarder ».

Révision du financement
« Personne ne dit que Seine-Nord ne se fera pas mais tout le monde le craint », admet Daniel Percheron. L’année dernière, le gouvernement avait annoncé la remise à plat complète du dossier, le devis de départ de 4,6 milliards étant largement dépassé. De nouvelles études de faisabilité sont en cours. « Le contexte économique a changé, le coût a changé, les modalités de financement ont changé », souligne le ministre des Transports Frédéric Cuvillier, qui souhaite faire passer la participation de l’Union européenne de 6 % (400 millions d’euros) à 20 %, voire 30 % du total dans le cadre de la nouvelle programmation budgétaire 2014-2020. Reste au gouvernement à en faire la demande auprès de Bruxelles (cf. encadré). Le ministre des Transports est venu à Lille rassurer les partisans du Canal, sans pour autant leur apporter des gages sur sa réalisation. « Tous les obstacles ne sont pas encore franchis », indique-t-il.

« Une question de volonté politique »
La commission parlementaire Duron, chargée de faire le tri dans les 245 milliards de projets inscrits dans le Schéma national d’infrastructures de transports (Snit), doit prochainement rendre ses conclusions. D’après Philippe Marini, président de l’association Seine-Nord Europe : « D’ici juin, les conditions seront remplies pour donner un nouveau départ au projet ». Et d’insister : « Dans cette période de stagnation de l’économie, le Canal Seine-Nord Europe est un élément de croissance, un signe d’espoir et un outil concret de développement. Il ne faut pas renoncer à un tel investissement d’avenir même en ces temps difficiles. » De son côté, Michel Delebarre, sénateur maire de Dunkerque et membre de la commission Duron, y voit une véritable ambition d’aménagement du territoire : « C’est un cas particulier, il n’y a pas beaucoup de projets de cet ampleur qui présentent autant d’avantages et d’atouts, affirme-t-il. Celui-ci peut changer le paysage en matière d’aménagement du territoire, de développement économique et d’environnement, de tout ce cœur de l’Europe. »
Quant à Daniel Percheron, il est convaincu que la réalisation du canal est avant tout une question de volonté politique : « La République a les moyens de faire Seine-Nord, si elle ne le veut pas, elle n’a aucune excuse ». Et de révéler que Jean-Marc Ayrault vient de valider la future rénovation du palais de justice de Paris, estimée à 2 milliards d’euros. Soit l’équivalent de la participation attendue de l’État pour le projet Seine-Nord.

MDS

Zoom sur... L’Europe attend la demande de subvention de la France et soutient le canal

« La volonté de l’UE de s’investir dans le canal Seine-Nord ne peut être mise en question, a déclaré Jean-Éric Paquet, directeur en charge des réseaux transeuropéens de transport à la Direction générale Mobilité et Transport de la Commission européenne. Il s’agit du dernier grand maillon manquant dans l’infrastructure fluviale. Il fait partie de la politique européenne de transport, bien consciente que la route et le rail ne peuvent absorber l’augmentation des besoins en transport de fret. Le Conseil de l’Europe a adopté un accord le meilleur possible à ce moment-là, quoique éloigné de nos positions : son budget de 17 milliards d’euros est réduit à 13 mds €. C’est donc maintenant aux États de l’UE de faire des choix. Il faut soutenir les grands projets européens transnationaux. Je suis donc optimiste, mais la balle est maintenant dans le camp français ainsi que belge. »

Le plus grand projet fluvial mondial
Philippe Grulois, membre du Comité de direction de European Barge Union (EBU), affirme de son côté : « Nous soutenons ce projet, qui a une haute priorité au sein de la Commission européenne. C’est le plus grand projet fluvial mondial, il a une importance énorme. Il a une réelle efficacité logistique et contribuera à réduire la consommation d’énergie, ayant ainsi un impact incontestable sur l’environnement. » Pour Philippe Vasseur, président de la Chambre de commerce et d’industrie de région Nord-Pas de Calais, « l’accord de l’UE n’est plus une question d’argent, c’est une volonté politique : donner un coup de pouce à la croissance. Par le partenariat public-privé, on accroît la compétitivité au niveau environnemental, au niveau des territoires par la création de flux d’activité, et au niveau des entreprises grâce à une logistique plus économe. N’oublions pas que la moitié de la production des céréales en France est concernée par ce projet. »
Rémi Haquin, président du conseil spécialisé des céréales de FranceAgriMer, abonde dans le même sens : « C’est un projet structurant et fédérateur. Dix coopératives agricoles se sont réunies dans une “Union Canal Seine-Nord”. La moitié des 65 millions de tonnes de céréales produites en France vont à l’exportation, dont 40 % dans l’UE. Nos premiers clients sont la Belgique (4,5 Mt) et les Pays-Bas (3,9 Mt). La filière céréalière veut produire mieux et plus. Le canal permettra de diminuer le nombre de camions sur les routes et entraînera une logique de silos de chargement à quai. »
Pour sa part, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier s’est montré beaucoup moins enthousiaste : « Profitons de l’année et demie qui s’offre à nous pour optimiser le projet et le remettre dans la bonne direction ». Il annonce demander, à la mi-2014, au moins 1,5 milliard d’€ d’aide financière européenne. Et ne semble pas croire à la possibilité d’un partenariat public-privé « dans le contexte économique actuel »...

Paul FROISSART

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