Le Syndicat Agricole 06 novembre 2016 à 08h00 | Par Le syndicat agricole

Bruno Le Maire : « Préserver nos terres agricoles est un pan important de mon contrat présidentiel »

Ministre de l'Agriculture de Nicolas Sarkozy, le député Bruno Le Maire reste attaché au monde agricole auquel il consacre de nombreuses pages de son programme. Le candidat à la primaire de la droite et du centre fait de l'agriculture et de la ruralité l'une de ses priorités. Il souhaite faire de la PAC un véritable outil d'accompagnement des producteurs, avec notamment un mécanisme de garantie des prix.

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L'agriculture et la ruralité occupent une place importante dans le programme de Bruno Le Maire.
L'agriculture et la ruralité occupent une place importante dans le programme de Bruno Le Maire. - © Actuagri

En amont de l'élection présidentielle de 2017, nous avons choisi de traiter les primaires (de la droite et du centre, ainsi que les primaires du PS et de ses alliés) en recueillant les propos des candidats sur les questions relatives à l'agriculture et à la ruralité. Bruno Le Maire a répondu à nos questions.

Quelle place accorder à l'agriculture française dans une société de plus en plus urbaine et mondialisée ?
L'agriculture est une chance pour la France. Elle est inhérente à sa culture, elle est inscrite dans son ADN. Les paysages de l'Hexagone sont façonnés par les champs, il suffit de prendre le train depuis Paris pour se rendre compte que 10 minutes après la sortie de gare, la verticalité du béton fait immédiatement place à l'horizontalité et à l'immensité de nos campagnes. À l'heure où le monde s'apprête à faire face à un nouveau défi, celui de la démographie, il y a une impérieuse nécessité de préserver ces espaces qui permettent tant de dessiner les somptueux paysages que nous connaissons et qui font de la France un pays si singulier, que de préserver notre autonomie agroalimentaire. Préserver nos terres agricoles est un pan important de mon contrat présidentiel. C'est pourquoi l'agriculture française doit demeurer une absolue priorité.

Les agriculteurs ont le sentiment d'être de plus en plus délaissés par les politiques à tous les niveaux, du niveau local jusqu'à l'échelon européen. Pensez-vous qu'il soit possible de les reconnecter avec leurs élus ? De quelle manière ?
Et les agriculteurs ne sont, malheureusement, pas les seuls à partager ce sentiment à l'égard de la classe politique. Le monde rural est globalement confronté à cette perception d'abandon et de ras-le-bol. Il y a une véritable urgence de responsabilité et d'honnêteté. Soit les élus acceptent un changement de méthode et d'attitude. Soit nous prenons le risque réel que le pays puisse un jour être dirigé par les extrêmes. Trop de promesses ont été faites ces dernières années sans jamais être tenues ou sans obtenir de résultats concrets. Il faut changer de méthode. C'est ce que je propose et ce que je m'applique d'ores et déjà. Les élus doivent donner l'exemple en s'imposant d'abord des changements qui seront nécessaires si nous voulons que chaque Français accepte aussi de participer à l'effort national utile au redressement du pays. Reconnecter avec les élus n'est pas une possibilité, c'est une obligation.

Vous êtes prêt à faire de la PAC une priorité française : quelles doivent en être selon vous les principales orientations ?
La Politique agricole commune est un socle fondamental pour la vitalité de la filière agricole française. Néanmoins, le contexte a bien changé depuis sa mise en place et il y a désormais une nécessité de modifier les orientations de cette politique européenne. Et particulièrement en ce qui concerne la régulation des marchés et l'assurance climatique. Aujourd'hui, la crise des prix se superpose avec une crise des volumes qui elle-même est bouleversée par des événements climatiques ou sanitaires. Il faut pouvoir répondre à ces enjeux tout en simplifiant les démarches pour les exploitants. Par ailleurs, la France devra retrouver une voix et une influence à Bruxelles. La diplomatie agricole n'est pas un artifice, c'est un sujet fondamental et qui de mieux qu'un ancien Ministre de l'agriculture pour porter ce message comme Chef d'État à nos amis et partenaires européens.

Une des mesures novatrices de votre programme concerne la mise en oeuvre d'une garantie de prix en cas de crise. Pouvez-vous la détailler en quelques mots ? Est-il réellement possible de mettre en place un tel dispositif au sein de l'Union européenne ?
La garantie prix éleveur est un mécanisme d'accompagnement en cas de crise des prix et/ou des volumes qui pourra être déployé au niveau européen. Ce dispositif repose sur un système indiciaire, et non à euro constant, de sorte à ne pas déséquilibrer les différences de prix d'un pays à l'autre. Très concrètement, il y aura trois phases distinctes selon lesquelles des mesures différentes seront déployées : si le marché baisse légèrement, une alerte sera émise par l'Agence européenne chargée de la surveillance des marchés agricoles, en cas de situation à nouveau aggravée le stockage privé sera autorisé. En situation de décrochage réel du marché, un mécanisme de compensation des prix sera engagé de sorte à ce que chaque éleveur puisse recouvrer un prix d'équilibre. Un fonds de roulement permettra le financement de ladite compensation. C'est technique, mais c'est utile. L'action politique doit être concrète et pragmatique, en voilà un bon exemple.

Vous avez été ministre de l'Agriculture : quels sont les freins que vous avez rencontrés ? Auriez-vous pu mettre en place ces mesures plus tôt ?
Comme chaque responsable politique, je peux exprimer certains regrets mais j'ai aussi des fiertés et surtout de vrais résultats. Je pense que la contractualisation a été mal comprise et sa mise en place n'a pas été assez aboutie. Pourtant je reste convaincu que c'est une bonne chose. Néanmoins, aujourd'hui, chaque acteur des filières ne joue pas un rôle équilibré, ce qui est pourtant nécessaire pour que la contractualisation fonctionne. Plus globalement, la régulation des marchés a été un chantier malheureusement inachevé. C'est pourquoi je souhaite que les producteurs puissent plus facilement se regrouper en organisations de producteurs et peser dans les négociations tant avec les transformateurs qu'avec les grandes et moyennes surfaces (GMS). Ministre de l'Agriculture, j'ai beaucoup oeuvré pour le développement des circuits courts et c'est une réussite qu'il faut encourager encore pour demain. Tout comme au niveau des revenus, de vrais résultats avaient été obtenus à l'époque : doublement du revenu moyen des producteurs ainsi que pour le solde commercial agricole entre 2009 et 2012, et ce malgré des écarts importants entre les différentes filières.

La ruralité est souvent un sujet relégué au second plan. Vous proposez la création d'une agence, l'ANRural : comment les territoires seront-ils associés pour que le dispositif soit efficient ? Plus globalement, comment prendront-ils part à l'élaboration des politiques qui les concernent ?
Jean-Louis Borloo, à qui je souhaite rendre hommage, a mis en place un dispositif assez novateur et exceptionnel avec l'ANRU. Cette grande idée de donner de véritables moyens pour rénover et vitaliser les quartiers défavorisés de la République a permis de reconstruire des bassins de vie avec des logements dignes, une vie commerçante et une animation locale. Néanmoins, si les zones urbaines ont été les enfants chéris de ces dernières années, la ruralité a été quelque peu mise à l'écart. Il faut le reconnaître, l'assumer et désormais rebondir. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus regarder avec passivité ces villes et villages de nos campagnes qui connaissent des situations sensibles. Il s'agit du patrimoine territorial, de la dynamique de vie d'un pays et sans oublier que près d'un Français sur trois vit au quotidien en milieu rural. L'objectif de l'ANRural sera donc de bénéficier de l'expérience de l'ANRU, notamment en matière d'ingénierie territoriale, tout en mettant la priorité sur la mobilité, l'accès aux services publics et marchands, la santé et le déploiement du numérique. La France est une immense zone blanche et a accumulé beaucoup de retard en matière de connexion à la fibre comme au réseau mobile. Un plan 300 villages permettra dans un premier temps de diagnostiquer les besoins réels et d'expérimenter cette politique publique qui sera fondamentale pour l'aménagement et la revitalisation de nos territoires.

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