Le Syndicat Agricole 28 mars 2013 à 11h44 | Par Le Syndicat Agricole

Bovins viande - Des prix historiquement élevés, mais une rentabilité toujours aussi faible

La hausse des cours de la viande de bœuf en 2012 a été gommée par l’explosion des coûts de production.

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En 2014, l’association va mettre en place une cotisation évolutive par rapport au nombre d’animaux enregistrés dans l’inventaire d’étable : 140 € pour les adhérents possédant moins de 100 bovins ; et 150 € pour ceux possédant 100 bovins et plus.
En 2014, l’association va mettre en place une cotisation évolutive par rapport au nombre d’animaux enregistrés dans l’inventaire d’étable : 140 € pour les adhérents possédant moins de 100 bovins ; et 150 € pour ceux possédant 100 bovins et plus. - © L. Brémont
« L’année 2012 a été marquée par une spectaculaire remontée des prix provoquée par la chute de 5 % des abattages en France », a indiqué Freddy Bertin, président de l’Association des éleveurs bovins du Nord-Pas de Calais (AEB 59-62), lors de l’Assemblée générale qui s’est déroulée le 22 mars dernier à Ecques. Ce phénomène s’explique essentiellement par la décapitalisation d’une partie du cheptel, ainsi que par l’exportation de jeunes bovins vivants finis vers la Turquie jusqu’en décembre dernier. « Depuis la naissance de l’association d’éleveurs en 1986, nous n’avions jamais vu des cours de la viande bovine aussi élevés, souligne Bernard Lebel, président du collège acheteurs. La hausse des cours mondiaux, conjuguée à la baisse de production, a favorisé l’augmentation des prix payés aux producteurs ».

Développement de nouvelles filières avec la grande distribution
Selon lui, ce sont les producteurs de viande bovine qui ont repris la main sur le marché. « D’ailleurs, au niveau de l’association d’éleveurs, nous voyons les industriels afin de garantir leur approvisionnements et mettre en place des filières locales en viande de qualité avec des compléments de prix. » En plus des filières « Carrefour », « Bœuf de nos régions », « SVA » et « Cora », l’AEB 59-62 a ouvert une nouvelle filière « Leclerc » avec la mise en place des « Alliance locales » qui privilégient un approvisionnement en viande très haut de gamme en races Blanc Bleu, Blonde d’Aquitaine et Charolaise (160 t livrées). Un partenariat a aussi été créé en août 2012 avec Carré des Halles pour un approvisionnement en femelles Blondes d’Aquitaine pour leurs rayons traditionnels (16,5 t livrées) ; tandis qu’un rapprochement est en cours avec Simply Market (groupe Auchan) pour un approvisionnement en vaches Charolaises.

Une trop faible rentabilité des élevages
Pour sa part, Freddy Bertin confirme que « les cours des broutards se sont bien tenus ». Et de préciser : « Il est à noter qu’un mâle sur deux né en France est exporté vers l’Italie, l’Espagne ou les pays du Maghreb ». Ce dernier insiste néanmoins sur l’explosion des coûts de production : « La hausse du prix du blé a entraîné avec elle toutes les matières premières utilisées dans la fabrication d’aliments, les sous-produits, la pulpe de betterave, ainsi que les fourrages, constate le président Bertin. Les intrants et les charges de main-d’œuvre ont également fortement augmenté, notamment avec la suppression de l’aide sur les bas salaires. » D’après le président de l’Association des éleveurs bovins du Nord-Pas de Calais, cette production reste le « parent pauvre » en termes de revenus. « Ils sont 4 fois moins élevés que ceux des céréaliers, rappelle-t-il. L’élevage, c’est beaucoup d’investissements et un gros capital pour une trop faible rentabilité. Nombreux sont les éleveurs dont le travail n’est même pas rémunéré au Smic. Comment voulez-vous installer des jeunes agriculteurs avec des revenus aussi bas, alors qu’1 producteur sur 2 partira en retraite d’ici 10 ans ? » Les entreprises de transformation à l’aval de la filière ont d’après lui « bien des questions à se poser ».

Améliorer les marges de production
En parallèle du prix payé au producteur, l’association entend explorer des pistes d’amélioration des marges : « L’efficacité alimentaire et les performances des éleveurs peuvent y contribuer, détaille Freddy Bertin. L’expérience initiée autour du pâturage tournant dynamique répond tout à fait à ces critères. Le choix de la race est également primordial, afin qu’elle soit adaptée aux systèmes d’élevage ; sans oublier l’amélioration des bâtiments d’élevage, des conditions de travail et les économies en frais vétérinaires. » Et de poursuivre : « Tout ceci se mesure par l’analyse technico-économique, ceux qui la pratiquent ont fait en quelques années de réels progrès. Notre région est très en retard comparée aux autres bassins de production du Charolais ».

« Un nouveau coup dur pour la filière viande »
Enfin, le scandale des lasagnes de cheval qui a éclaté en début d’année restera pour Freddy Bertin et Bernard Lebel « comme un nouveau coup dur pour la filière viande ». Les éleveurs ne comprennent pas comment une telle chose a pu se produire, alors que la France dispose d’un cheptel important et de qualité, élevé dans des conditions toujours plus exigeantes et contrôlées. « Aujourd’hui, la cascade d’intermédiaires en viande bovine peut ouvrir la voie à des tentatives de fraude et de malversations. Les industriels sont-ils pour autant les seuls responsables ?, s’interroge Freddy Bertin. Sans vouloir les disculper entièrement, il faut reconnaître que le mal est plus profond : la guerre des prix entre les enseignes et un consommateur qui répond à ces prix d’appel. » Avant de conclure : « Cette affaire, c’est l’opportunité pour nous de valoriser nos bonnes pratiques en matière de traçabilité, et peut-être de proposer aux acteurs de la filière viande de rémunérer le sérieux des éleveurs adhérents à la Charte des bonnes pratiques d’élevage (CBPE). Quelques centimes en bas de facture seraient les bienvenus. »

MDS

À savoir... Une nouvelle directrice pour Elvéa Nord-Pas de Calais

Mélanie Santune devient la nouvelle directrice de l’Association des éleveurs bovins du Nord-Pas de Calais. Celle-ci prend le relais de Lore Pichaud, qui a passé un peu plus d’une année à la tête de l’association. Titulaire d’un diplôme d’ingénieur ISA Lille, Mélanie Santune a travaillé au GIE Lait-Viande de Bretagne et effectué une année dans la coopération internationale en Afrique.

L’AEB Nord-Pas de Calais devient Elvéa Nord-Pas de Calais

Le Conseil d’administration d’Elvéa France a demandé à toutes les associations d’éleveurs qui adhérent à la fédération nationale de changer leur dénomination, afin d’optimiser la communication. L’AEB Nord-Pas de Calais s’appelle donc désormais Elvéa Nord-Pas de Calais. « Le mot Elvéa est la contraction d’éleveurs et acheteurs associés, explique Freddy Bertin. L’association regroupe en son sein à la fois des éleveurs et des acheteurs. Ce schéma n’existe dans aucune filière agricole. » Et d’ajouter : « Il est important que nous continuions de travailler ensemble, dans un intérêt commun ».

MDS

EN CHIFFRES

1 127
Le nombre d’adhérents éleveurs.
54
Le nombre d’adhérents acheteurs.
62 459
Le cheptel de production en 2012, dont 28 088 vaches allaitantes (principalement des Charolaises) et 34 371 vaches laitières.

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