Veau nouveau-né: ne rien laisser au hasard
70 % du taux de mortalité en bovin correspondent à des veaux âgés de moins de 6 mois. C’est en rappelant ce chiffre que le Dr Flahaut, vétérinaire praticien à Frencq (62) et intervenant du réseau Vet’el, a débuté la formation des éleveurs des Groupes lait du Geda d’Avesnes-le-Comte en décembre dernier. Avant d’exposer les différentes dominantes pathologiques du veau, il a mis en évidence l’importance d’une bonne connaissance du veau nouveau-né pour optimiser ses chances de survie.
Optimiser l’adaptation du veau à la vie extra-utérine
Les premiers mois de vie du veau correspondent à une période de fragilité. La présence de l’éleveur, la surveillance du vêlage et des premières 24 h de vie (les premiers soins, etc.), sont primordiales pour optimiser l’adaptation du veau. Si celle-ci échoue, les conséquences peuvent être lourdes : échec partiel ou total du transfert d’immunité colostrale, susceptibilité aux maladies néonatales infectieuses, lésions irréversibles, mortalité.
Prévoir l’heure du vêlage
Cela permet de se préparer et de se rendre disponible dans les meilleurs délais, non pas pour intervenir systématiquement au vêlage, mais pour veiller à la bonne adaptation du veau dans ses premières heures de vie et lui prodiguer les soins adaptés.
Dans les jours qui précédent le vêlage, il y a chez la vache une hyperthermie physiologique persistante. Puis, dès que la température chute sous 38,5°, le vêlage est alors à prévoir dans les 24 h. Le relevé de température est une méthode de prévision fiable et pratique, surtout lorsque l’éleveur ne réside pas à proximité de la stabulation.
Surveiller les insuffisances respiratoires
Dès la naissance, le veau doit déclencher le réflexe respiratoire. Une mauvaise oxygénation des centres nerveux sur une durée de 3-4 minutes entraîne des lésions irréversibles, souvent suivies de la mort dans les jours qui suivent. Lors de tout vêlage difficile, il est important d’évaluer le passage pelvien avant d’engager une extraction risquant d’entraîner une trop forte compression de la tête et du thorax du veau. En cas d’insuffisance respiratoire, il faut agir vite : il est conseillé de suspendre le veau par les postérieurs (de 30 secondes à 1 minute) pour permettre l’évacuation et le dégagement manuel des glaires présentes dans les voies respiratoires. Un stimulant (analeptique) respiratoire peut être administré avant de redescendre le veau sur le sol et de l’allonger sur le côté droit. On peut pratiquer des compressions régulières des côtes de 3 secondes environ, séparées par le même temps. Pendant le relâchement, on peut envoyer de l’air dans une narine en soufflant, tout en veillant à tenir fermées la bouche et l’autre narine.
Assurer une bonne acquisition de l’immunité passive
Le veau naît avec un faible taux d’anticorps, son système immunitaire n’est pas efficace et il n’acquiert une immunité dite active qu’à partir de 5 mois. La seule possibilité pour lutter contre les éventuels agresseurs dans les premières semaines de vie est l’immunité passive (dite colostrale) : c’est l’immunité maternelle qui passe entièrement par le colostrum.
L’aptitude du veau à absorber les anticorps disparaît dans les 12 à 24 h après le vêlage, et la concentration en anticorps dans le colostrum diminue avec le temps. Le colostrum doit donc être distribué rapidement, à raison de 1,5 à 2 litres dans les 2 h qui suivent la naissance, et 4 à 5 litres dans les 24 premières heures.
La qualité du colostrum peut être mesurée grâce au pèse-colostrum. Un colostrum de qualité doit contenir plus de 80 g/l d’immunoglobulines. Seuls 20 % des colostrums sont considérés comme bons et très bons. La conduite du tarissement (alimentation, durée) ou l’âge de la vache sont des facteurs influençant la qualité du colostrum. Une « banque de colostrum » peut être constituée : il est alors conseillé de congeler des colostrums de vaches multipares de bonne qualité.
Afin de réduire la fréquence et la gravité des diarrhées, il est possible d’augmenter la concentration du colostrum en anticorps spécifiques de certains virus ou bactéries responsables en vaccinant les gestantes (exemple courant de la vaccination contre les coronavirus).
Assurer un confort thermique...
Le veau nouveau-né doit lui-même adapter sa thermorégulation, afin de maintenir sa température centrale autour de 39 °C. S’il n’y parvient pas, en une dizaine d’heures, le veau peut mourir d’hypothermie. L’exposition du veau au froid et aux courants d’air favorise ce risque et est donc à proscrire.
Le veau dispose d’une réserve énergétique qui va lui permettre de faire face à une basse température pendant les 5-6 premières heures de vie. Au-delà, c’est l’énergie contenue dans le colostrum qui prend le relais, à condition qu’il soit ingéré dans les meilleurs délais. Lorsque la température extérieure est faible, le veau pourra être réchauffé par un radiant ou une lampe infrarouge. Ce qui ne remet pas en cause la nécessité d’une prise de colostrum en temps et en heure.
...et sanitaire
La bonne santé du veau nouveau-né passe par un certain confort hygiénique, il ne faut donc pas négliger son environnement pour limiter la pression infectieuse. Malgré une bonne prise colostrale et donc un bon système passif de défense contre les pathogènes sur les 3 premières semaines de vie, il existe autour de cette 3e semaine un creux immunitaire. Ce creux s’explique par une immunité colostrale qui diminue et une acquisition de l’immunité active progressive mais pas encore complète. Plus la charge infectieuse sera limitée dans l’environnement du veau, surtout sur cette période de creux, plus la santé du veau sera optimisée.
En pratique, en bâtiment, le box de vêlage peut constituer la solution la plus adaptée, mais n’a d’intérêt que s’il est maintenu en parfait état de propreté (dans l’idéal : curé, désinfecté et paillé après chaque vêlage). Sinon, il deviendra vite un lieu de contamination. Il est recommandé de loger les veaux en cases individuelles sur les 2 à 3 premières semaines de vie afin de permettre un isolement sanitaire. Ces cases doivent être impérativement nettoyées et désinfectées entre chaque veau. Côté hygiène, mieux vaut bien nettoyer sans désinfecter plutôt que de désinfecter sans nettoyer ! Enfin, l’ombilic est un lieu d’entrée des microbes responsables de diarrhées. On réalisera d’ailleurs une désinfection ombilicale à la naissance dans une solution iodée.
Comme beaucoup d’autres problèmes en élevage laitier (reproduction, mammites...), c’est une accumulation de facteurs de risques et rarement un seul facteur qui est à l’origine des problèmes de santé du veau. Il convient donc de réaliser une analyse globale de la situation. Il ne faut pas vouloir tout changer dans son système ou sa conduite lorsque ça se passe plutôt bien. Cependant, la santé du veau avant sevrage semble rester une préoccupation dans la majorité des élevages, et l’état des lieux des pratiques permet de mettre en évidence des pistes de progrès.
VIRGINIE HALIPRÉ, Conseillère Productions Animales
Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais
Zoom sur... Dominantes pathologiques des veaux et pratiques d’élevage : quelques chiffres*
• 95 % des élevages interrogés sont concernés par les problèmes de diarrhées sur les veaux (problèmes qui toucheraient en général une faible proportion de veaux sur l’élevage mais parfois jusqu’à 1⁄4 des veaux voire 3⁄4 (10 % des éleveurs).
• Les pathogènes mis en cause sont les plus connus, à savoir : Coccidiose, Cryptosporidiose, Coronavirus E. Coli.
• La coccidiose toucherait près de la moitié des élevages interrogés.
• Les affections respiratoires sont moins présentes et moins fréquentes (quelques cas isolés).
• 80 % des éleveurs disent être embêtés avec les omphalites (infection du cordon ombilical), mais généralement sur une faible proportion de veaux.
* Enquête auprès d’une vingtaine d’éleveurs laitiers du GEDA d’Avesnes-le-Comte, décembre 2011.
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