Analyser ses résultats de reproduction pour s’améliorer
Alimentation et état de santé contribuent majoritairement aux échecs de mise à la reproduction. - © A. Conté
Au niveau national, si les performances de production et de qualité du lait s’améliorent, la reproduction voit quant à elle ses indicateurs passer au rouge. Or, elle a une place primordiale dans la rentabilité de l’atelier lait. Les éleveurs des groupes Lait du GRDA d’Avesnes-le-Comte ont donc souhaité travailler ensemble sur le sujet en constatant que leurs résultats corroboraient la tendance nationale. Ainsi, chaque année, une enquête passe en revue leurs indicateurs de fertilité et de fécondité. La mise en parallèle de ces résultats avec les pratiques de conduite d’élevage, ainsi que les nombreux échanges en groupe, permet de mettre en évidence des pistes d’amélioration de la reproduction dans les troupeaux. Et généralement, les problèmes des uns trouvent leurs réponses dans l’expérience des autres. Cette année, l’enquête sur 29 troupeaux montre une variabilité des résultats entre élevages, et notamment des écarts importants d’IV-IAf* pour des délais identiques de mise à la reproduction IV-IA1**. Le nombre d’inséminations nécessaires pour la fécondation vient expliquer ces écarts. Alimentation et état de santé contribuent majoritairement aux échecs de mise à la reproduction.
Alimentation : contrôler l’état corporel et la balance énergétique
Le plus gros risque est de mettre à la reproduction des vaches vues en chaleur, mais pas toujours dans l’état optimal pour une bonne fertilité. Le déficit énergétique en début de lactation est inévitable, compte tenu de la faible capacité d’ingestion de la vache fraîche vêlée et de ses besoins élevés. Cependant, un mauvais état corporel après vêlage et un déficit énergétique trop important conduisent à de l’anoestrus (absence d’ovulation). Ainsi, pour qu’une vache soit fertile, elle doit revenir à l’équilibre énergétique, ce qui est indiqué par la remontée du TP.
Sur la période de tarissement, les vaches ne doivent ni perdre, ni prendre d’état, c’est donc 100 jours avant le tarissement qu’il faut travailler sur l’état corporel des vaches afin de faire en sorte qu’elles soient en bon état pour la mise à la reproduction. On visera alors une note au tarissement de 3,5.
Pour limiter le déficit énergétique de début de lactation, les vaches taries doivent être séparées du reste du troupeau. On veillera à leur apporter une ration allégée en énergie (0,7 UF/kg MS ingéré) mais encombrante avec, par exemple, un fourrage de type paille pour préparer le rumen à une ingestion maximale après vêlage. La transition en fin de tarissement doit permettre à la vache de passer progressivement d’une ration 0,7 UF à 0,95 UF/kg MS ingéré, donc plus énergétique. La règle principale est d’éviter les à-coups dans la ration, qui ne sont jamais sans conséquences ! En pratique, une vache qui a vêlé dans de bonnes conditions et sans complication, dont l’état corporel est satisfaisant, dont la courbe de TP est en phase ascendante, qui produit, mange bien, et dont on détecte bien les chaleurs, peut être inséminée à partir de 50 jours après vêlage.
Détection des chaleurs : mettre toutes les chances de son côté
L’enquête des groupes Lait indique également des écarts importants, entre élevages, de délais de mise à la reproduction : IV-IA1. L’analyse des pratiques met en évidence l’importance d’une détection des chaleurs efficace (cf. encadré).
La vigilance sanitaire autour du vêlage est de rigueur
Même si la contamination de l’utérus est inéluctable au moment du vêlage, il faut la limiter et soigner en cas de lésions. Attention aux interventions systématiques au vêlage, qui entraînent bien souvent des complications. Les infections utérines viennent compromettre la reproduction en entraînant un blocage du cycle. En cas de non-délivrance, l’intervention manuelle doit se faire avec toutes les précautions d’hygiène (gants, gel antiseptique...). Elle ne doit se faire que si les 2 premiers cotylédons viennent facilement et doit être suivie d’un traitement local. Lors de vêlages difficiles, se référer aux préconisations du vétérinaire reste le plus sûr !
Virginie Halipré
Conseillère Productions Animales
Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais
* IV-IAf : Intervalle vêlage-Insémination fécondante
** IV-IA1 : Intervalle vêlage-1re insémination.
Précision
Détecter les chaleurs : observer, noter, agir !
La détection des chaleurs reste un des facteurs limitants de la fécondité qui semble le plus simple à résoudre. La durée des chaleurs est de l’ordre de 18 heures. L’acceptation du chevauchement n’est pas le seul signe à surveiller. En effet, l’intérêt porté à la zone arrière est un des signes les plus fréquemment observables, puisqu’il est répété toutes les 5 minutes par l’animal en chaleur. Pour être efficace, chaque période d’observation doit durer 20 minutes, en dehors des périodes d’activité régulière, telles que l’alimentation, la traite... ! Avec un planning donnant une vision globale du troupeau, on anticipe alors les événements plutôt que de les constater, puisqu’on sait qui surveiller. Il faut toutefois laisser toutes les chances aux vaches d’exprimer leurs chaleurs. Manque d’espace, de luminosité, boiteries, parasitisme et bétons glissants sont autant de freins à l’expression des chaleurs. Le suivi de la cyclicité à 35 jours après vêlage permet de vérifier que tout est fonctionnel. En cas d’absence de chaleurs, il faut ne pas attendre mais faire vérifier si l’animal est cyclé. Même si l’augmentation du temps d’observation est la solution la moins coûteuse pour améliorer l’efficacité de la détection, les outils d’aide à cette détection (dispositifs révélateurs de chevauchements, détection électronique, traitement de maîtrise de l’œstrus) peuvent également être appréciables. Comme il est difficile de déterminer le début de la chaleur, si la détection se fait avant la traite du matin, la vache doit être inséminée le jour même, entre 12 h et 18 h. Si les chaleurs sont observées dans la journée, il faut inséminer le lendemain matin tôt.
Une discipline au quotidien
L’amélioration de la reproduction dans les troupeaux laitiers n’a pas de solution miracle. C’est par le choix de l’éleveur, selon sa situation et stratégie, d’appliquer au quotidien un ensemble de règles techniques, qu’on y arrive concrètement !
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