Bien plus encore que les autres années, sauf cas particuliers, il est important de ne pas dépasser les 40 unités d’azote. - © DR
Des semis précoces, suivis d’un automne et d’un début d’hiver inhabituellement doux : nous voilà en janvier avec des blés particulièrement avancés et drus. Dans cette situation, comment envisager le premier apport d’azote ? Conséquent et précoce pour accompagner ce fort développement, ou au contraire léger et plus tardif ?
Combien apporter ?
L’apport de sortie d’hiver a pour rôle d’assurer les besoins du blé jusque la fin du tallage. Les besoins durant le tallage sont faibles. En effet, c’est une période durant laquelle il s’élabore peu de matière sèche. Il s’agit donc d’un apport d’attente qui permet d’arriver en bonnes conditions au début montaison où là, les besoins de la plante deviennent bien plus importants. La bonne dose sera donc en moyenne peu élevée : 40 unités suffisent dans la majorité des cas. Il est même des situations à fort reliquat d’azote où ce 1er apport n’est pas nécessaire.
Tout ceci est encore plus vrai cette année, car si les parties aériennes du blé sont bien développées, on peut penser qu’il en est de même du système racinaire, qui sera d’autant plus apte à capter l’azote déjà présent dans le sol.
Effets du 1er apport sur le tallage
On le sait, et les comptages dans les essais le confirment : le 1er apport favorise le tallage. Dans certaines situations de pertes de pieds à la levée ou durant l’hiver, ce petit coup de pouce au tallage est le bienvenu. La majeure partie du temps et dans la majorité des cas, le tallage est suffisant. Il n’est alors pas utile de le stimuler. Sur ce plan, cette année est tout à fait particulière, et on peut dire que le tallage est bon, très bon, pour ne pas dire trop bon. Dans cette situation, le stimuler encore pourrait être dangereux, en accentuant un futur risque de verse déjà bien réel. Les talles excédentaires pourraient régresser ou donner lieu à des tardillons, ce qui ferait travailler la plante pour rien. Enfin, une végétation trop forte favorisera certaines maladies. Alors, bien plus encore que les autres années, sauf cas particuliers, il est important de ne pas dépasser les 40 unités évoquées précédemment.
Quand faire l’apport ?
Le rôle du 1er apport est d’accompagner le redémarrage du blé. Or, lorsque des gelées ont lieu début février, certains ne résistent pas à la tentation de sortir le centrifuge. La plante, pour redémarrer, a bien sûr besoin d’avoir un minimum d’azote à sa disposition, mais l’azote ne suffit pas. Le temps doit également être un peu poussant, ce qui n’est quand même pas courant début février. Ainsi, une partie de l’azote apporté trop tôt risque fort d’être perdu. Attendez donc que l’hiver soit derrière vous pour sortir l’épandeur à engrais. En moyenne, on ne devrait pas voir d’azote apporté sur blé avant la mi-février pour les plus pressés, la période la plus favorable étant souvent fin février, tout début mars.
Un autre argument allant dans ce sens et remis en évidence par Arvalis dans un essai récent, est que si l’azote stimule la culture, il stimule également les adventices qui seront d’autant plus difficiles à détruire. L’idéal est donc de désherber avant l’apport d’azote, ou au plus tard au moment de ce 1er apport, ce qui sera d’autant plus facile que cet apport ne sera pas trop précoce.
Patrice DESMARESCAUX
Chambre d’agriculture
de région Nord-Pas de Calais
Et l’impasse ?
L’impasse est une technique qui consiste à ne pas réaliser le 1er apport. Les unités qui ne sont pas mises à ce moment-là sont alors réparties sur les 2 apports suivants, de façon à ce que la quantité totale apportée reste identique à celle d’une technique en 3 passages. C’est une pratique qui a fait ses preuves, elle ne nuit pas au rendement, il y a même parfois un petit plus, et le taux de protéines s’en trouve amélioré.
Mais, attention, pour cela, il faut :
- la réserver aux sols profonds de limons et de limons argileux ;
- ne l’envisager qu’après des précédents riches ayant laissé de bons reliquats ;
- et enfin, il ne faut pas exagérément retarder le 1er apport effectif. En clair, dans les situations à 3 apports, le 2e se situe aux alentours du stade épi 1 cm ; en situation d’impasse, le 1er apport effectif doit être réalisé plus tôt, soit 8 à 10 jours avant le stade épi 1 cm.
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