Le Syndicat Agricole 15 décembre 2016 à 10h00 | Par Le Syndicat Agricole

Blé : Vers des itinéraires techniques plus « rustiques » ?

Face à des aléas climatiques plus fréquents et un environnement économique plus volatil, Arvalis réfléchit à des itinéraires techniques plus « robustes ».

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Face à deux années avec des résultats opposés, Arvalis a tenté de chercher le meilleur accompagnement technique pour tirer parti du potentiel des meilleures années tout en limitant les pertes des années difficiles.
Face à deux années avec des résultats opposés, Arvalis a tenté de chercher le meilleur accompagnement technique pour tirer parti du potentiel des meilleures années tout en limitant les pertes des années difficiles. - © S. Leitenberger

Entre la récolte 2015 et 2016, les céréaliers ont connu les deux extrêmes passant d’une moisson pléthorique à des rendements catastrophiques, avec, dans la majeure partie des cas, les mêmes itinéraires culturaux. Face à tant d’adversité, Arvalis a tenté de mettre en parallèle ces deux années, en cherchant le meilleur accompagnement technique pour tirer parti du potentiel des meilleures années tout en limitant au maximum les pertes des années plus difficiles, à l’instar de la moisson écoulée.
L’exercice est périlleux, car c’est clairement la météo qui fait bien souvent la différence. La climatologie permet ainsi d’exprimer, ou non, un potentiel de rendement existant. Il y a très peu de réponses techniques pour maximiser cette productivité, hormis peut-être les fongicides. Pour ce qui est de l’azote, c’est la composante de rendement la plus importante, mais aussi celle ou la marge de manœuvre est la plus étroite. Pour la même dose optimale, en 2015, les apports ont permis une valorisation quasi-parfaite et donc des rendements à la clé. Pour 2016, ces mêmes apports ont amplifié la fusariose et fragilisé les plantes. Seule, là aussi, la météo a fait la différence. Même avec des itinéraires techniques moins intensifs, la variabilité finale sur le rendement est la même. Difficile donc d’établir des programmes spécifiques, sachant que la météo de fin de cycle est toujours le juge de paix !
Néanmoins, en étudiant attentivement les différentes composantes du rendement sous nos latitudes, on remarque que plus de 60 % de la productivité régionale s’explique par le simple remplissage du grain. Contrairement à d’autres régions, le nombre d’épis au mètre carré, n’est quasiment jamais un facteur limitant. L’Institut technique démontre ainsi « qu’il n’y a aucune corrélation entre le nombre d’épis et le rendement dans nos régions ». Un constat d’autant plus vrai que les variétés actuelles expriment leur potentiel avec moins d’épis qu’il en fallait auparavant. En étudiant les rendements sur une longue période, on s’aperçoit que les extrêmes ont tendance à devenir plus fréquents, et que ce sont souvent les fins de cycle qui sont le plus affectés. Réchauffement climatique ou pas, la courbe de productivité a tendance à se tasser, voire à régresser, depuis une dizaine d’années. Au total, dans 4 années sur 10, la fin de cycle est altérée par des phénomènes climatiques (excès d’eau, canicule) qui empêchent la plante d’exprimer son potentiel. A contrario, dans 1 ou 2 années sur 10, le début de cycle peut être pénalisé par de fortes gelées pendant l’hiver ou un manque d’eau stade 1 cm. En début comme en fin de cycle, les ingénieurs d’Arvalis soulignent « l’aspect pénalisant des biomasses, et donc du nombre d’épis, trop importants, préférant des densités de semis plus faibles, moins sujettes aux aléas climatiques ».
Ainsi, en 2016, la forte biomasse présente ne s’est pas concrétisée en rendement, la pluviométrie importante et l’asphyxie des plantes en ont décidé autrement. Avec moins de densité, le scénario aurait probablement été différent, comme en 2005 (échaudage en fin de cycle) ou en 2007 (excès d’humidité en fin de cycle) où, dans les essais entrepris, les faibles densités ont toujours tiré leur épingle du jeu. Des constats d’autant plus importants qu’il semble qu’on ait surestimé l’incidence des densités et des dates de semis sur le rendement. Les pertes de productivité ne seraient ainsi que 2 à 3 % en semant à 150 grains/m² en limon en semis précoces et bonnes conditions ! Pour les dates de semis, la pénalisation de rendement ne serait que d’environ 5 % entre une implantation de début octobre ou de début novembre. S’il existe très peu de marge de manœuvre sur le poste azote, la combinaison d’une date de semis plus tardive et d’une densité moindre, impactent grandement le poste phytosanitaire. C’est d’abord une économie substantielle sur le désherbage en limitant considérablement la pression des vulpins ou du Ray Grass. Pour ce qui est des fongicides, la conjugaison d’une variété plus tolérante, d’un recul de la date de semis et d’une moindre densité peuvent amener de 50 à 100 euros d’économies par hectare.
Dans tous les cas de figure, c’est dès l’implantation de la culture que des économies sont possibles. « Penser faire des économies et limiter les risques climatiques sur un blé comme Bergamo semé début octobre, à une forte densité est certainement plus aléatoire que pour un Rubisko implanté, fin octobre, à 180 grains m² » concluent ainsi les expérimentateurs d’Arvalis.

C.D.

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