Le Syndicat Agricole 13 novembre 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Biogaz : la profession agricole réfléchit à l'injection, plus rentable

L'injection dans le réseau pourrait être étendue aux petites unités de méthanisation par le transport du biogaz dans des bonbonnes jusqu'aux stations d'injection.

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« La cogénération n'est pas le débouché le plus porteur : en été, la chaleur est en général inutile pour le chauffage des bâtiments ». © F. Carbonell Dans la région, deux unités injectent  le biogaz directement dans le réseau. © DR Olivier David, sous-directeur du système électrique et des énergies renouvelables au ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, et Fabien Billet, chargé de mission p © DR

Il y a tout juste un an, le gouvernement annonçait son ambition de développer 1 500 installations de méthanisation dans les trois ans, réparties dans les territoires ruraux. Afin de répondre à cet objectif et pour dynamiser la filière, des pistes sont actuellement à l'étude pour valoriser de différentes manières le biogaz produit par le méthaniseur. Souvent plus rentable que la cogénération, l'injection du biogaz dans le réseau est une solution qu'examinent les Chambres d'agriculture, comme dans le Nord-Pas de Calais. Pour cela, il faut rendre l'injection accessible aux petites unités de méthanisation.

L'injection du biogaz français en question
La cogénération est la production conjointe d'électricité et de chaleur issues de la combustion. Valoriser l'électricité ne pose pas trop de difficultés : elle est envoyée dans le réseau électrique. Pour valoriser la chaleur, l'agriculteur méthaniseur peut l'utiliser pour chauffer ses propres bâtiments, ou bien dans un atelier d'élevage de veaux ou de séchage du foin. Il peut aussi être situé à côté d'une industrie qui a besoin de chaleur (une conserverie par exemple), d'un hôpital ou d'une maison de retraite. « La cogénération n'est, en revanche, pas le débouché le plus porteur : en été, la chaleur est en général inutile pour le chauffage des bâtiments », indique Jean-Marc Renaudeau, référent « énergie et climat » à l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (APCA) et président de la Chambre d'agriculture des Deux-Sèvres. Or, un générateur électrique ne récupère qu'un tiers de l'énergie sous forme électrique, le reste étant de la chaleur. Ainsi, pendant toute une période de l'année, une grande part de l'énergie produite n'a pas de valeur économique. Les professionnels cherchent donc à creuser la question de l'injection du biogaz. Jusque-là cette solution s'est heurtée aux coûts élevés du raccordement au réseau de gaz. « Il faut non seulement rejoindre une canalisation approvisionnant une station, mais aussi purifier le biogaz, et au besoin, l'enrichir », précise Nassim Hamiti, chargé de mission pour les agroéquipements à l'APCA. De plus, pour justifier un branchement, il faut produire de grandes quantités de biogaz.

Transporter le biogaz vers des stations collectives
Pour étendre l'accès de l'injection à un grand nombre de candidats, l'APCA envisage une formule qui consisterait pour les agriculteurs à comprimer le biogaz en bonbonnes, qui seraient ensuite transportées dans des stations collectives d'injection ou de carburant de biométhane pour les véhicules. Cette solution existe en Finlande, pays qui pratique aussi l'autoconsommation de biogaz à la ferme (pour les tracteurs et les véhicules de ferme), détaille Jean-Marc Renaudeau. L'autoconsommation est une voie à laquelle songe également l'APCA.
« Ces solutions aideraient la filière du biogaz, qui traverse des difficultés », a commenté Jean-Marc Renaudeau. « Certaines installations existantes ne vont pas bien, poursuit-il. Elles sont confrontées à des problèmes de coûts croissants et il ne faudrait pas qu'on entende dire que des installations ferment ». Les obstacles, ce sont les actions juridiques fréquentes de riverains « à chaque fois qu'un projet d'élevage est mis sur la table, et l'augmentation de la cotisation foncière des entreprises (la CFE, qui remplace la taxe professionnelle) qui s'applique aux installations de biogaz depuis environ deux ans », indique Jean-Marc Renaudeau. À cela s'ajoute la complexité administrative des études d'impact : « Il faut deux ans de procédure d'instruction en France, là où six mois suffisent chez nos voisins », a d'ailleurs déploré le député Jean Grellier, lors des seizièmes « Rencontres parlementaires de l'énergie », le 4 novembre à Paris. Une partie des taxes foncières des installations dues au titre de la CFE est exonérée depuis 2015, mais les bâtiments de stockage des digestats et du biogaz restent, eux, taxés.

Une hausse annoncée du tarif d'achat

Publié le 1er novembre au Journal officiel, un arrêté confirme la revalorisation du tarif d'achat de l'électricité issue d'unités de production de biogaz en France. Le texte précise que le nouveau montant s'élève à 16,5 cEUR/kWh pour les installations de puissance égale ou supérieure à 300 kW. De même, le tarif est de 18 cEUR/kWh pour les unités de puissance inférieure ou égale à 80 kW. En plus, 4 cEUR/kWh (maximum) de prime sont à joindre au tarif. Les prix intermédiaires seront déterminés par interpolation linéaire.
Peuvent bénéficier des tarifs revalorisés :
- les installations nouvelles pour lesquelles un dossier complet d'identification Ademe a été déposé avant le 15 octobre 2015 ;
- les installations bénéficiant au 1er novembre 2015 d'un contrat d'achat.

Zoom sur... Le Nord-Pas de Calais doit conforter sa position de leader

Avec 18 unités de méthanisation construites en huit ans et 10 projets enregistrés en 2015, le Nord-Pas de Calais affirme sa volonté de devenir la première région européenne productrice de biométhane réinjecté. « Notre territoire a su anticiper l'émergence de cette énergie renouvelable pour être en position de leader en France, un rang qu'il faut aujourd'hui conserver », a souligné Patrick David, adjoint au secrétaire général des affaires régionales à la préfecture du Nord-Pas de Calais, lors d'une matinée consacrée à la méthanisation, le 6 novembre à Lille. Un an après le lancement du programme de développement Méthania, porté par la CCI au sein du projet de la troisième révolution industrielle, les acteurs de la filière ont réalisé un point d'étape en région.

Le « droit à l'expérimentation » sollicité
« À la veille de la COP21, la France s'est engagée à utiliser 32 % d'énergies renouvelables dans sa consommation globale d'ici à 2030, dont 10 % par le gaz, rappelle Olivier David, sous-directeur du système électrique et des énergies renouvelables au ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie. L'injection doit être privilégiée, si possible, pour tout projet de méthanisation ». Dans le Nord-Pas de Calais, 4 unités, dont 2 agricoles, envoient déjà le biométhane directement dans le réseau de distribution de gaz naturel. Mais plusieurs porteurs de projet présents ont fait part de la difficulté à concevoir et gérer une installation face à l'application du droit et aux différentes mesures administratives. « Dans ce contexte, il y a un certain nombre de choses à faire évoluer, indique Jean-Bernard Bayard, président de la Chambre d'agriculture de région. Pour concrétiser des projets, être réactif et concret, il faut que nous puissions avoir droit à une certaine forme d'expérimentation, au nom de la troisième révolution industrielle ». « Il ne s'agit évidemment pas de laisser tout faire, mais de continuer à avancer et d'éviter de se faire rattraper », poursuit-il. Concernant la cogénération, le représentant du ministère a annoncé qu'un nouveau cadre des mécanismes de soutien à la production énergétique à partir de biogaz entrera en vigueur au 1er janvier 2016. « Un producteur qui vend sa production électrique sur le marché pourrait toucher une prime proportionnelle à l'énergie produite, explique Fabien Billet, chargé de mission pour la Dreal Nord-Pas de Calais. Dans certains cas, le bénéfice de ce système serait attribué par un dispositif de guichet ouvert et, dans d'autres cas, par appels d'offres nationaux ». Afin d'anticiper une éventuelle concurrence entre méthaniseurs, notamment avec la Belgique, une réflexion est actuellement menée pour mieux contrôler les transferts transfrontaliers de déchets.

Simon Playoult

La méthanisation dans le Nord-Pas de Calais en chiffres

- 1re région française en injection dans le réseau.
- 4 unités d'injection dont 2 agricoles sont implantées dans la région sur les 8 installations - nationales.
- 3 000 GWH/an mobilisables.
- 18 unités construites depuis 2007.
- 3 ans de montage moyen pour un projet.
- 55 à 70 % de gaz vert dans le réseau d'ici à 2050.
- 15 unités devraient être cons-truites par an d'ici 2030 (Ademe).

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