Le Syndicat Agricole 17 avril 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Biodiversité - Observation des oiseaux : une affaire de bénévoles

L’observation des oiseaux migrateurs sur le littoral du Pas-de-Calais est le travail de quelques passionnés commencé depuis l’après-guerre.

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L’observation des oiseaux est faite par des bénévoles amateurs. © Parc naturel régional des caps et marais Fou de Bassan. © Parc naturel régional des caps et marais Si les conditions d’observation sont parfois agréables, les ornithologues passent de temps en temps des  journées sans apercevoir un seul oiseau, et sous la pluie. © Parc naturel régional des caps et marais

Le cap Gris-­Nez, dans le Pas-de-­Calais, est l’un des meilleurs sites d’observation de la migration littorale des oiseaux. Des passionnés venus ­d’Angleterre, de ­Belgique mais aussi de France et ­d’Allemagne y viennent en nombre observer le ballet des migrateurs. C’est non loin de là, dans la ville ­d’Ambleteuse, que le Parc national des caps et marais ­d’Opale organisait, les 4 et 5 avril derniers, deux journées d’échanges sur le sujet. Ce rendez-vous était l’occasion de découvrir un ouvrage fraîchement édité, synthèse des données locales issues du ­seawatch (l’observation de la côte vers la mer), du baguage et du suivi de la migration active terrestre depuis des années. Un ouvrage dédié à la transmission de la connaissance.


L’observation, une affaire de bénévoles
L’observation au cap Gris-­Nez a débuté après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 70, ils étaient des centaines d’observateurs ou ornithologues, à profiter du spectacle des petits animaux ailés. Ils ne sont aujourd’hui, sur le terrain, plus qu’une dizaine de bénévoles assidus. « L’observation est faite par des amateurs bénévoles, des passionnés, précise Christophe ­Lucsak, chercheur au CNRS et membre du Groupe ornithologique et naturaliste du Nord de la ­France (GON). Ils observent dans des conditions qui sont parfois sympathiques, mais qui peuvent être aussi très difficiles au regard des conditions climatiques. » S’ils n’ont pas les moyens d’assurer un suivi plus rigoureux, leurs données collectées enrichissent les connaissances et permettent la publication de synthèses, comme l’ouvrage présenté lors de ce rassemblement. Leur travail est remarquable : ­labbe pomarin, ­bernache cravant, ­puffin des ­Baléares ou encore ­macreuse noire, il faut savoir reconnaître chacune des nombreuses espèces d’oiseaux, ce qui demande tout de même quelques années d’expérience.
Ce sont des scientifiques qui recueillent et analysent ensuite leurs données récoltées avec soin. Christophe ­Lucsak exprime son souhait concernant ce travail d’observation, important pour la connaissance de la biodiversité et sa protection : « Ce travail d’amateurs ornithologues doit se poursuivre, mais l’idéal serait la création d’un observatoire avec des permanents, afin d’obtenir plus de données. Il faudrait également une collaboration plus importante, une mise en commun des données, avec d’autres régions ou pays, qui permette une vision plus large. » Ludovic ­Scalabre, ornithologue bénévole de la Station ornithologique du cap Gris-­Nez (SOCGN), insiste et lance un appel : « Il y a un noyau dur d’observateurs extrêmement restreint. Le suivi est fragile, nous avons besoin de bras et de yeux pour continuer ! Les bénévoles ont une vraie pierre à apporter à l’édifice. Il y a encore beaucoup de choses à apprendre sur la migration des oiseaux. »
L’observation des oiseaux sur le littoral, en plus du seawatch, c’est aussi le baguage. Les deux techniques sont complémentaires. Frédéric ­Caloin, de Cap-­Ornis baguage (COB), nous en dit plus : « Le baguage en Nord-Pas de Calais est assez ancien, mais très peu de données existent. Il y a 32 bagueurs en région et 30 000 à 40 000 oiseaux sont bagués par an. » Contrairement à l’observation, le baguage nécessite un permis. « Les oiseaux sont capturés dans de grands filets qu’il faut installer avant l’aube, poursuit Frédéric ­Caloin. Nous effectuons un marquage individuel grâce à une bague métallique sur laquelle un code sert d’identification. »


Agriculteurs et migration
Depuis plus de 20 ans, les agriculteurs des alentours du cap Gris-­Nez contribuent au confort des oiseaux migrateurs de passage dans la région. En installant des haies, pour des questions liées à l’érosion, au paysage ou à l’environnement, ils créent en effet un habitat ou un lieu de chasse pour les ovipares. En retour, ces oiseaux qu’ils attirent représentent des auxiliaires dans la lutte contre les ravageurs.
« Depuis deux ans, nous avons augmenté les plantations, explique Mathieu ­Boutin du Parc national, en charge du programme de plantation avec les agriculteurs. Nous avons planté 20 000 arbres et environ 5 km de haies. 15 km de haies vont être plantés cette année. » 25 exploitants agricoles ayant un projet de plantation de haie ont ainsi été accompagnés, techniquement et au niveau du budget grâce au fonds ­Feder. « Si les agriculteurs ne participent pas de manière officielle à l’observation, cela pourrait être quelque chose à développer », estime Mathieu ­Boutin. Leurs plantations permettent en tout cas de renforcer les possibilités d’accueil des grives, fauvettes et autres rouges-gorges.


Laura Béheulière

Zoom sur… Une journée de seawatch

Pour un suivi plus régulier et rigoureux du passage des oiseaux migrateurs au cap Gris-Nez, les ornithologues amateurs attendent de nouveaux bénévoles sur les côtes. Des yeux supplémentaires. Mais avant de se lancer dans l’aventure, voici, pour se préparer, le résumé d’une journée de seawatch. Levés tôt, les ornithologues sont aux aguets dès 5 heure du matin. Les premières heures du jour sont en effet primordiales pour l’observation. Pour cela, il faut être bien équipé : jumelles, cirés et parapluies sont de mise. Une séance de seawatch peut durer de 5 à 6 heures, voire plus. Un ornithologue seul ne pourra tout observer : il faut être en nombre suffisant, une équipe de 3 à 4 personnes. Parfois, les journées s’écoulent sans que beaucoup d’oiseaux ne passent… ce qui peut être frustrant. D’autres jours, le passage est intense et mérite une grande attention !

L’ouvrage « La migration des oiseaux sur le littoral du Pas-de-Calais » est gratuit et disponible sur demande auprès du Parc naturel régional des caps et marais d’Opale, contre frais de port.
Contact : 03 21 87 90 90.

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