Le Syndicat Agricole 31 juillet 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Biodiversité - Carré se mobilise aussi contre la faim des abeilles

Jachères et haies apicoles, des aménagements qui présentent aussi un intérêt pour les pollinisateurs.

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Environ 150 m de haies apicoles ont été plantés à la place d’une ancienne rangée de peupliers.
Environ 150 m de haies apicoles ont été plantés à la place d’une ancienne rangée de peupliers. - © DR

Depuis 2012, le groupe Carré conduit, en partenariat avec le Réseau biodiversité pour les abeilles, un essai sur sa ferme pilote située à Gouy-sous-Bellone (62).  « Ce programme a pour objectif d’évaluer l’impact de la connexion des jachères apicoles, des haies, ainsi que des bandes tampons sur l’état sanitaire des abeilles, explique Rémi Humez, responsable de la SCEA du Bois d’Haussy. Nous voulions également voir si la présence de pollinisateurs dans les parcelles cultivées améliorait les performances agronomiques ». Et de poursuivre : « On peut ainsi parler de connectivité des milieux : la présence de pollinisateurs étant moins importante lorsqu’il n’existe pas d’aménagements susceptibles de jouer le rôle de réservoir alimentaire ».


La pollinisation : un service agrosystémique majeur
En transportant le pollen de fleur en fleur, les pollinisateurs assurent la reproduction des plantes. Sans eux, les fruits et légumes disparaîtraient et les rendements de certaines grandes cultures comme le colza ou le tournesol diminueraient. La flore naturelle serait elle aussi menacée si les populations continuaient à décliner. D’après une étude internationale parue en 2007, on estime que 35 % de la production agricole mondiale dépend des pollinisateurs. Ils constituent un chaînon de base de la vie, qu’il serait bien difficile à remplacer s’ils venaient à réellement disparaître. Outre les pathologies (varroase, nosemoses, virus, bactéries) et le frelon asiatique, le manque de ressources alimentaires est responsable de l’affaiblissement des colonies d’abeilles. « La nutrition entre en interaction avec d’autres facteurs d’affaiblissement, précise Philippe Lecompte, agriculteur bio et président du Réseau biodiversité pour les abeilles. Des ouvrières insuffisamment nourries vivent moins longtemps, résistent moins bien aux pathogènes et aux pollutions d’origines diverses ».


80 m2 de jachère apicole
D’où la volonté d’inciter les agriculteurs à réaliser des aménagements du type jachères apicoles. Le but étant de garantir aux abeilles et aux autres pollinisateurs un bol alimentaire équilibré tout au long de l’année. Aussi le groupe Carré a planté cette année une bande de 80 m2 de jachère apicole. Composée de phacélie, sainfoin, de mélilot blanc, de trèfle violet et de fétuque rouge traçante, la jachère doit permettre de couvrir les besoins alimentaires des quatre ruches installées sur l’exploitation par un apiculteur voisin. À noter que toutes les jachères avec des fleurs n’ont pas les mêmes intérêts. Alors que les jachères apicoles (à base notamment de légumineuses fourragères) répondent aux besoins des pollinisateurs, les jachères dites fleuries (à base d’espèces plus horticoles) ont principalement un intérêt esthétique, leur production de pollen étant très faible (cf. tableau). Par ailleurs, les surfaces à mobiliser pour avoir un impact significatif sur la biodiversité varient en fonction de l’objectif recherché. « Quand le but des actions est de permettre aux abeilles de trouver davantage de nourriture, indique Philippe Lecompte, valoriser seulement 0,5 % de leur aire de butinage (plus de 2 800 ha) avec l’implantation d’espèces fortement pollinifères peut leur suffire pour trouver jusqu’à 90 % de leurs apports quotidiens en pollen ».
Il s’agit de valoriser des surfaces qui n’ont pas ou peu d’intérêt agronomique tels que les pieds de pylônes électriques ou d’éoliennes, les pointes, les bordures de fossés ou encore les courts tours. « L’agriculture de précision nous a permis de mettre en évidence des aberrations économiques, souligne Johann Loobuyck, directeur général du groupe Carré. L’agriculteur fait des économies d’intrants et cultive son image ». Et d’ajouter : « Notre volonté est d’accompagner les exploitants dans ce raisonnement. D’autant qu’avec la nouvelle PAC, ils devront, à compter du 1er janvier 2015, veiller à ce que 5 % de leur SAU soient en surface d’intérêt écologique (SIE) ». Ce taux pourrait même passer à 7 % en 2017. Le groupe de Gouy-sous-Bellone propose d’ailleurs à ses clients la réalisation d’un diagnostic de biodiversité sur leur exploitation. « Il faut compter environ une demi-journée pour dresser un état des lieux et ensuite proposer des solutions adaptées, mais surtout dans les clous des dernières évolutions réglementaires ».

MDS

Les SET vont devenir des SEI en 2015


La ferme pilote du groupe Carré (SCEA du Bois d’Haussy) à Gouy-sous-Bellonne fait figure d’exemple de mise en pratique des surfaces équivalentes topographiques (SET). Plus de 10 % de sa SAU est ainsi consacrée aux SET (bandes tampons, haies, bosquets, fossés et cours d’eau). Dans le cadre du verdissement de la PAC, ces SET vont se transformer en SEI, c’est-à-dire des surfaces à intérêt écologique. Au-delà d’une surface de 15 ha (cultures arables hors-prairies permanentes), les agriculteurs devront à partir du 1er janvier 2015 mettre en place des SEI sur 5 % de leur SAU. Ce taux pourrait passer à 7 % en 2017.

En chiffres... La SCEA du Bois d’Haussy à Gouy-sous-Bellone (62)


- 10 % de la SAU est consacrée aux SET.
- 3 133 mètres linéaires de bandes tampons, soit 4,5 ha de SET.
- 645 mètres linéaires de haies, soit 6,5 ha de SET.
- 586 mètres linéaires de bosquets et d’arbres en groupe, soit 5,9 ha de SET.
- 3 278 mètres linéaires de fossés et cours, soit 3,2 ha de SET.


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