Le Syndicat Agricole 11 décembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Bilan - Céréales : cap sur 2015

Analyser la campagne écoulée est toujours riche d'enseignements pour mieux comprendre et anticiper celle à venir.

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En 2014, après un début de campagne chaotique, tous les facteurs de productivité étaient réunis pour donner une très bonne récolte, qui s'établit à un peu plus de 90 q de moyenne pour la région.
En 2014, après un début de campagne chaotique, tous les facteurs de productivité étaient réunis pour donner une très bonne récolte, qui s'établit à un peu plus de 90 q de moyenne pour la région. - © R. Lombard

Météo capricieuse, pression maladie hors normes, problèmes qualitatifs jamais rencontrés, font de la récolte écoulée un cru de nouveau « atypique ». Le scénario commence par un hiver record en termes de douceur et de pluies. C'est ainsi qu'on constate un excès d'eau de plus de 700 mm sur la frange littorale, entre octobre et février, et que la station météorologique de Saint-Quentin a enregistré son hiver le plus doux, après le record mémorable de 2007, depuis l'existence de ses relevés. Corollaire de ces excédents, les semis se sont étalés sur une très longue période avec trois vagues successives : début octobre, fin octobre et mi-novembre.
C'est avant tout l'enracinement et le développement végétatif qui ont pâti de ces conditions. Beaucoup de problèmes de structure ont ainsi été signalés, avec comme conséquence, une mauvaise absorption de l'azote mais aussi une minéralisation compliquée de cet élément.
Les ingénieurs d'Arvalis mettent ainsi en évidence « un CAU (coefficient d'utilisation de l'engrais) en net diminution et une nitrification ralentie par l'anoxie du système racinaire de la plante ».
Si au sortir de l'hiver, l'Institut technique notait une avance « du stade 1 cm » d'environ 3 semaines, une baisse des températures au tallage et à début montaison a diminué l'ardeur des céréales avec, finalement, un délai remarquablement long pour sortir les dernières feuilles.
À noter également, une très forte variabilité des stades des plantes et de leur développement, avec ainsi une nécessité de mettre en place des stratégies de fertilisation et de protection fongicide à la parcelle.
Sur le plan des composantes de rendement, le nombre d'épis au m2 a été en retrait de 6 % par rapport à la moyenne, conséquence d'une forte régression de talles. « Avec 512 épis au m2, l'année 2014 se situe dans la fourchette basse sans pour autant être un facteur limitant, l'optimum se situant entre 450 et 550 épis au m2 », illustrent ainsi les ingénieurs d'Arvalis.
A contrario, l'excellent rayonnement conjugué à des températures douces, a permis une très bonne fertilité de l'épi avec en moyenne 43,6 grains par épis, soit 8 % de plus que la moyenne. Même constat pour le nombre de grains au m2, qui se situe, lui aussi, dans la fourchette haute avec près de 10 % de plus que la moyenne pluriannuelle.
Restait donc la dernière composante pour établir le potentiel de rendement : le remplissage.
Avec des températures douces et non limitantes, celui-ci s'est déroulé de manière très satisfaisante, avec 5 % de plus que la moyenne pluriannuelle pour atteindre un PMG de 48 grammes. Après un début de campagne chaotique, tous les facteurs de productivité étaient donc réunis pour donner une très bonne récolte, qui s'établit à un peu plus de 90 q de moyenne pour la région. Côté qualité, si les poids spécifiques (PS) sont plutôt corrects pour les premiers blés récoltés, Arvalis estime à 5 voire 10 points, les pertes de PS dues aux récoltes tardives. Soit environ un demi-point par tranche de 10 mm de pluie. Le taux de protéines s'établit quant à lui à 10,6 pour la région Nord. Un chiffre décevant lié à une dilution de la protéine dans le rendement mais peut-être plus encore par un mauvais fonctionnement racinaire et donc une alimentation contrariée de la plante. Une année remarquable sur le plan de la qualité également, puisque l'alternance de températures élevées puis basses, conjuguées à de fortes pluviométries en fin de cycle ont largement hypothéqué le temps de chute d'Hagberg (TCH) et donc la valeur marchande des blés incriminés.
Mais ce que l'on retiendra plus encore de la campagne 2014, c'est la pression parasitaire inédite. Jamais en effet, la rouille jaune n'avait été aussi présente avec une nuisibilité de près de 45 quintaux, voire même plus de 60 quintaux sur des variétés comme Trapez, Alixan ou Altigo. La septoriose est restée plus discrète avec une nuisibilité dans la moyenne de ces dernières années, soit un plus de 20 quintaux. In fine, le coût de la protection fongicide n'a jamais été aussi élevée avec, il est vrai, l'emploi de familles chimiques comme les SDHI toujours plus onéreuses.

C.D.

À savoir... Des coûts de production en hausse et un marché en berne

Avec une production record en blé et quasi-record en maïs, une offre, pour la deuxième année consécutive, supérieure à la demande et des stocks à des niveaux record, il n'en fallait pas plus pour « plomber » le marché des céréales.
Une chute brutale qui s'explique par le manque de qualité des blés hexagonaux, puisqu'un tiers d'entre eux sont de qualité fourragère. Fin septembre, le prix des blés revenait au niveau de septembre 2008.
Mais en parallèle, sur la même période les coûts de production ont augmenté de 200 euros, pour s'établir, selon Arvalis, à quelques 1 700 euros par hectare. Selon une étude conjointe d'Arvalis-Unigrains, à partir des données du CER pour la grande région Nord, le coût de production du blé, pour un rendement moyen de 82 q/ha, s'établirait ainsi à plus de 200 euros/t. Un prix qui, malgré la hausse récente des céréales, reste inférieur au prix du marché, primes comprises. Une année qui s'annonce donc compliquée pour les céréaliers, proche, probablement, des plus bas mémorables rencontrés en 2009.

Zoom sur... Les premières tendances pour la récolte 2015

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le synopsis de ce début de campagne ressemble étrangement à celui de l'année écoulée. À tel point que le mois d'octobre 2014 a été le plus chaud enregistré par Météo France, avec 3 à 4 °C de plus que la moyenne. Ce véritable été indien a permis des semis d'une grande qualité, et un niveau de désherbage d'automne jamais atteint avec environ 2 parcelles sur 3 traitées. Une bonne nouvelle dans un contexte de résistances aux différentes familles chimiques, sulfonylurées en particulier, toujours plus pressant. Mais ces conditions exceptionnelles se sont aussi traduites par une pression inégalée de ravageurs. Les limaces ont rarement été aussi présentes, et le retrait programmé du methiocarbe (Mesurol Pro) ne devrait pas faciliter leur gestion. Les pucerons, quant à eux, ont été largement observés dans notre région avec jusqu'à 70 % de pieds porteurs. Un chiffre éloquent, quand on sait, selon Arvalis, que plus de la moitié des parcelles implantées dans le Nord-Pas de Calais ne reçoivent pas de traitements de semences spécifiques contre ces insectes.
Pour ce qui est de la rouille jaune, si tous les feux sont au rouge de par l'importance de l'épidémie en 2014, les conditions favorables de cet automne et l'utilisation de nouvelles variétés sensibles, rien n'est joué. Un hiver rigoureux réduira d'autant la production d'inoculum. Mais ce sont surtout les températures douces et la présence systématique d'eau qui pourrait faire exploser la maladie au printemps. En effet, ce pathogène connaît son optimum de développement avec des températures comprises entre 10 et 16 °C, au-dessus de 20 °C son expansion est ralentie, et elle stoppée au-dessus de 25 °C. Pour l'eau, celle-ci est nécessaire pour la sporulation, un printemps sec avec des vents desséchants d'Est, par exemple, pourrait donc constituer le meilleur fongicide pour éradiquer la rouille jaune !
À suivre donc...

Temps de Chute d'Hagberg : un facteur qualitatif essentiel

Avec près de 60 % de blés destinés à la meunerie et à l'exportation, les facteurs qualitatifs comme le temps de chute d'Hagberg sont devenus essentiels pour accéder à ces marchés.
Celui-ci mesure l'activité des amylases dans le grain. Mesuré en seconde, il témoigne donc de l'activité enzymatiques du grain. Plus celui-ci est rapide, plus le grain a été dégradé, la valeur souvent retenue pour accéder à ces débouchés étant de 220 secondes.
Pour obtenir cette mesure, on broie des grains qu'on mélange avec de l'eau bouillante. Ce liquide est alors placé dans un agitateur, l'indice obtenu reflète ainsi le temps que met la suspension à descendre au fond du tube.
Le TCH se dégrade en fonction de la quantité et de la fréquence des pluies, de la verse, mais aussi et surtout, du degré de germination de la plante.
À noter également que si toutes les variétés partent d'un même niveau (entre 300 et 400 secondes), elles ne se dégradent pas à la même vitesse. Il y a ainsi près de 150 secondes entre une variété tolérante (Expert, Bermude, Expert...) et une autre lignée très sensible (Armada, Bergamo...). Autre facteur important, le TCH ne suit pas « la loi des mélanges ». Difficile donc de « noyer » un mauvais lot, avec un autre de qualité.

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