Le Syndicat Agricole 18 octobre 2012 à 14h42 | Par Le Syndicat Agricole

Bière - Taxe sur la bière: toute la filière va trinquer

Le gouvernement prévoit d’augmenter la fiscalité. Comme dans toute la France, les brasseurs du Nord-Pas de Calais font entendre leur voix.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Avec cette mesure, le gouvernement espère récupérer 480 millions d’euros par an.
Avec cette mesure, le gouvernement espère récupérer 480 millions d’euros par an. - © P. Cronenberger

« C’est un coup terrible porté au milieu de la bière », « le Nord est en deuil » : les brasseurs régionaux ont exprimé leurs vives inquiétudes lors d’une conférence de presse mardi dernier, en réaction à l’annonce du gouvernement sur la hausse de la fiscalité de la bière. Inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2013, la mesure prévoit une augmentation de la taxe d’accise qui devrait apporter 480 millions d’euros (M€) par an à l’État. Les accises sont des taxes indirectes calculées sur une quantité et non sur une valeur. L’objectif, souligne le texte, est aussi de « désinciter la consommation de produits dont l’abus est notoirement nocif pour la santé ».
« La brasserie s’acquitte déjà de 380 M€, rappelle Jean-Paul Vandenbroucke, président du syndicat des Brasseurs du Nord. Multiplier la taxe par 2,6 est du jamais vu pour un secteur d’activité. » Le taux d’accise classique pour une bière à 5° est aujourd’hui de 13,75 €/hl. Si la loi entre en vigueur, il sera de 36 €/hl. Pour les consommateurs, cela se traduirait par une hausse de 20 à 40 cts sur le demi consommé au café, et une augmentation de l’ordre de 20 % du prix pour les achats en grande surface ou boutique spécialisée. Le risque est de voir le consommateur se reporter vers d’autres boissons alcoolisées comme le vin. La consommation de bière a déjà diminué de 38 % depuis 1976 ; en moyenne, elle est de moins de 30 l/an/habitant (moins de 70 l dans le Nord-Pas de Calais). « L’objectif du gouvernement est de faire baisser la consommation, mais la bière ne représente que 16 % de la consommation d’alcool en France », rappelle Jean-Paul Vandenbroucke. Et de souligner : « Le vin est taxé à 3,60 €/hl, alors que la bière pourrait être taxée à 7,20 €/hl/°, soit 24 fois plus qu’un vin de 12°). Les brasseurs s’interrogent sur l’équité d’une loi qui ne vise que la bière et non l’ensemble des boissons alcoolisées.

Les brasseurs espèrent une mobilisation
Et les conséquences ne se feront pas ressentir qu’au niveau du consommateur. « C’est toute une filière qui est en danger », martèlent les brasseurs et distributeurs. Le Nord-Pas de Calais compte 40 brasseries, 120 marques de bières, environ 5 500 000 hl produits par an et près de 1 000 salariés. « C’est une filière innovante et dynamique ; 2011 et 2012 ont été marquées par l’ouverture de nouvelles brasseries et la création de nouvelles bières. De plus, la bière est ancrée dans notre culture, notre patrimoine », poursuit M. Vandenbroucke. Le risque encouru est une baisse des volumes de 15 % avec des conséquences sur les recettes, sur l’emploi et sur la pérennité des petites brasseries, parfois lourdement endettées et touchées par une montée des prix des matières premières telles que l’orge. Les cafés, hôtels et restaurants sont également menacés. « Je suis très inquiet pour les bistrots, confie Gérard de Poorter, directeur de l’UMIH Lille, le syndicat des métiers de l’hôtellerie. Chaque jour en province, 2 bistrots mettent déjà la clef sous la porte. La consommation de la bière représente 30 % de notre chiffre d’affaires. »
Des parlementaires soutiennent la filière : ils sont 54 à avoir déposé un amendement visant à supprimer l’article 23 du projet de loi. Les brasseurs espèrent maintenant une mobilisation de la rue, des consommateurs, pour renforcer leur action ; ils sont déjà plus de 8 000 à les soutenir via le réseau social Facebook. La décision du gouvernement devrait être prise mi-décembre, avant une application début janvier, laissant peu de temps aux brasseurs pour s’adapter.


Laura Béheulière

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui