Le Syndicat Agricole 14 novembre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Betteraves - «Nous avons trouvé la bonne formule»

La simplification des réceptions a été testée au lancement de la campagne 2013. Xavier Laude nous livre les premiers retours.

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L’expérimentation devrait se poursuivre lors de la prochaine campagne dans les deux usines concernées.
L’expérimentation devrait se poursuivre lors de la prochaine campagne dans les deux usines concernées. - © DR

La campagne betteravière est fortement ralentie par les conditions météorologiques. Dans le Nord-Pas de Calais, la moitié seulement des arrachages a été réalisée. Mais cette année, la campagne est également marquée par l’expérimentation de la simplification des réceptions, mise en place par Tereos et à laquelle a été associée la Commission interdépartementale betteravière (CIB). Les usines de Lillers et d’Attin ont ainsi accueilli les premiers essais et appliqué le principe de forfaitisation de la tare collet. Le décolletage manuel étant supprimé, c’est la betterave dans son entier qui est achetée; une réduction de 7,1 % par rapport à la betterave net lavée est alors réalisée sur le prix d’achat. Ce chiffre prend en compte la moyenne des taux de tare collet des 5 dernières années, l’écart de richesse entre les betteraves entières et décolletées et le taux de betteraves malades. Environ deux mois après l’ouverture des usines, Xavier Laude, président de la CIB Nord-Pas de Calais, nous livre les premières observations de cette expérimentation.

Comment se sont déroulés les premiers essais?
Tout s’est très bien passé. Je pense que la bonne formule a été trouvée.

En cas de défaut de qualité de la livraison, une pénalité est prévue. Comment est-elle définie?
Nous sommes parvenus à définir un critère pour juger la qualité d’une récolte. Ce critère serait la présence de plus de 2 cm de pétioles sur une betterave. C’est un critère qui nous semble idéal, clair et peu sujet à discussion, mais il faut bien insister sur le fait que ce n’est pas l’objectif à réaliser aux champs, cet objectif étant toujours une betterave très légèrement scalpée. Ce critère permettra de définir un ou deux seuils au-delà desquels il y aura pénalisation, le niveau de ces seuils devant être affiné en fin de campagne.
Deux seuils, qui restent à affiner, ont été retenus : un premier, de 18 à 25 betteraves avec pétioles, serait peu pénalisant et constituerait une sorte d’avertissement pour le planteur. Le second, supérieur à 25, le serait davantage.
La pénalité ne se fera pas au camion mais au silo (moyenne de tous les camions), car on sait bien que certains passages peuvent être difficiles et présenter des betteraves abîmées; on peut se permettre une marge d’erreur. Le but affiché par Tereos, et défendu par la CIB, n’est pas de pénaliser à outrance les agriculteurs mais bien de fixer des limites. Nous en reparlerons lors du bilan de fin de campagne. En cours de campagne (vers la fin octobre, ndlr) moins de 1 % des silos était pénalisable. Pour l’instant, les agriculteurs ont seulement été avertis.

Quel sera le gain final en sucre?
C’est difficile à évaluer. Aujourd’hui nous menons cette expérience pour se préparer aux années à venir, à la fin des quotas et à la concurrence brésilienne. C’est aberrant de laisser du sucre dans les champs. Tout ce que nous pouvons faire pour gagner en compétitivité, nous devons le faire.

Que reste-t-il à perfectionner dans ce système?
Il y a encore des détails à régler, en particulier le sort des betteraves malades, qui sont éliminées sur la table de triage et donc pour l’instant comptabilisées comme de la terre. Il semble normal que l’agriculteur ne soit pas rémunéré pour du sucre qui n’est pas exploitable; le problème est que cela fait remonter son taux de tare terre et qu’il est pénalisé pour ça. En parallèle de la simplification des réceptions, une expérience est menée par Tereos et la CGB pour voir dans quelle mesure on peut laisser passer les betteraves malades jusqu’à la mesure du taux de sucre. Ca serait plus juste comme ça. L’expérimentation est d’ores et déjà lancée par la CGB et Tereos devrait suivre.
Globalement la simplification est sur la bonne voie; mais la CGB souhaiterait que les questions du lavage et de la tare terre soient également débattues.

Propos recueillis par Laura Béheulière

Zoom sur... La fin des quotas et ses conséquences

À l’issue d’une visite de l’usine d’Escaudœuvres organisée le vendredi 8 novembre (cf. article p. 38), le président de la CGB Éric Lainé est intervenu sur la suppression des quotas et ses conséquences pour la filière. « Le règlement sucre actuel est reconduit jusqu’en 2017, a-t-il rappelé, soit pour 3 récoltes: 2014, 2015 et 2016. La suppression des quotas et du prix minimum garanti intervient pour les semis 2017. Il faudra trouver une nouvelle politique contractuelle d’ici l’été 2016. » La suppression des quotas va libérer l’offre du sucre, a-t-il également rappelé, ce qui entraînera plus de compétition entre les différents opérateurs et la libéralisation de la mise en marché. Le droit de douane et le cadre interprofessionnel et contractuel sont, quant à eux, maintenus.
« Le modèle choisi va amener à certaines distorsions de concurrence, estime-t-il, notamment avec nos voisins allemands pour qui l’impact sera moindre. »
La suppression des quotas devrait entraîner une augmentation de la production de sucre, et la demande en sucre dans l’UE devrait réduire du fait du développement de l’isoglucose, créant un déséquilibre qui pèsera sur les prix inté-rieurs du sucre.
« Mais notre niveau de compétitivité agricole est élevé, nous avons les armes pour relever ce défi », a encouragé Éric Lainé en conclusion. Christian Spiegeleer, responsable des affaires européennes et relations institutionnelles chez Tereos, estime, quant à lui, que si « la bataille des quotas a été perdue, il faut surtout que nous ne perdions pas la bataille de la protection des marchés. Une baisse des droits de douane serait dommageable. C’est le dernier rempart pour le maintien d’un minimum de protection agricole. »

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